Non au démantèlement de l'assurance invalidité !
La révision de l'AI consiste à faire payer son déficit aux invalides et aux gens cassés par le travail. Rejetons-la le 17 juin !

Personne ne conteste la nécessité impérieuse de combler le déficit de l'assurance invalidité. Mais pas n'importe comment. Menacer les invalides de tracasseries et de sanctions sous prétexte d'abus est une intolérable violation des droits fondamentaux. Les partisans de la 5e révision de l'AI voudraient faire porter le poids financier du handicap à ceux qui en sont victimes, bafouant ainsi le devoir de solidarité le plus élémentaire. Les syndicats appellent à voter non le 17 juin prochain à cette loi à la fois injuste, brutale et bancale.

L'Assurance invalidité (AI) souffre d'une dette de 9 milliards de francs et son déficit frise 1,5 milliard de francs par année. La nécessité d'assainir cette situation est une évidence pour tous. Et le seul moyen de le faire est de combiner l'apport de nouvelles ressources à des économies, réalisables notamment par le truchement d'une meilleure insertion des personnes handicapées dans le monde du travail. Or le Parlement fédéral, à majorité de droite, a balayé ces solutions relevant à la fois du bon sens, du réalisme et de la justice sociale. A la place, il veut imposer une 5e révision de l'AI faisant porter tout le poids des économies aux seules victimes de handicap.
L'Union syndicale suisse, les partis de gauche, les organisations des handicapés et des dizaines d'associations combattent cette révision par un référendum qui sera soumis au verdict du peuple suisse le 17 juin prochain.

Menaces, tracasseries, sanctions
Cette 5e révision comporte une accentuation des pressions sur l'assuré. Celui-ci sera tenu «d'entreprendre tout ce qui peut être raisonnablement exigé de lui pour réduire la durée et l'étendue de l'incapacité de travail et pour empêcher la survenue d'une invalidité». Cette exigence très sèche et manifestement soupçonneuse est assortie de pressions et de menaces sévères, comme si le remède aux déficits de l'AI passait par une certaine forme de culpabilisation de l'invalidité. Préconiser la détection précoce des problèmes et l'insertion professionnelle est une bonne chose. Encore faut-il que ce soit faisable. A constater que les personnes handicapées n'occupent en Suisse que 0,8% des postes, contre 3,8% en Allemagne et 4,1% en France, on se demande où est la volonté d'insertion. On peut craindre que l'on assiste plutôt à un mécanisme d'exclusion, d'autant plus que l'office AI détiendra seul le pouvoir de définir les mesures de réadaptation. Pour tenter d'écarter ces craintes, des organisations d'employeurs et d'aide aux personnes handicapées ont créé ce début mai «Job-Passerelle», un dispositif qui a pour objectif la réinsertion de 1000 personnes dès l'année prochaine. Mais comme ce n'est pas une obligation comme dans les pays cités, cela n'aura qu'une portée limitée. Car le Parlement a non seulement écarté les propositions d'incitation financière pour l'engagement de handicapés mais également balayé toute amélioration de la protection de la santé au travail ou de la protection contre le licenciement.

Invalides pénalisés
Si elle était acceptée par le peuple, la 5e révision de l'AI priverait également les invalides d'un montant annuel d'environ 380 millions de francs. La suppression des rentes complémentaires versées aux conjoints des handicapés toucherait 80000 familles en les amputant de 400 francs par mois. Quant aux jeunes frappés par l'invalidité au moment où ils étaient en formation, ils perdraient le supplément qui leur était versé pour combler leur revenu faible ou inexistant.
Autre souci majeur: la redéfinition de l'invalidité rendra plus difficile l'accès à la rente. «On peut craindre que de nombreuses personnes handicapées, en particulier celles souffrant de problèmes psychiques, ne soient victimes de ces définitions imprécises et exclues arbitrairement de la rente», note l'Union syndicale suisse, dans son argumentaire. En effet: «Qui peut définir correctement ce qui est objectivement surmontable et ce qui ne l'est pas, surtout lorsque de graves problèmes psychiques sont en cause.» L'AI «continue encore et toujours à servir de voiture-balai aux travailleurs et travailleuses atteints dans leur santé dont les entreprises et le marché du travail ne veulent plus».

Unia au front
Aujourd'hui déjà, les secrétariats syndicaux voient affluer un nombre croissant de personnes cassées par le travail et ballottées d'une assurance à l'autre ou exclues de l'AI sans pouvoir retrouver un reclassement. Avec des injustices parfois surréalistes, comme celle de cet ouvrier du bâtiment jurassien, doté d'une hanche artificielle et qui s'est vu bouté hors de l'AI à l'âge de 64 ans! (voir L'Evénement syndical du 7 mars 2007). «L'AI impose des reclassements à des personnes qui n'ont aucune chance de trouver du travail: c'est une manière de s'en débarrasser», déplore Fabien Vuillème, secrétaire Unia Région Neuchâtel, souvent confronté à des cas sinon désespérés, du moins inextricables. «De plus, les décisions sur l'invalidité sont prises au final par des juristes qui n'ont même pas vu les gens sur lesquels ils statuent. On ose à peine imaginer ce qui se passerait si cette 5e révision était acceptée.» En effet. Et c'est pour cela qu'il faut aller voter le 17 juin: pour barrer la route à ce funeste projet.

Pierre Noverraz




L'odieux prétexte des abus

Les blochériens au service d'une machine à broyer les plus faibles

L'Assurance invalidité (AI) est effectivement en déficit et nul ne conteste la nécessité de l'assainir. Mais certains politiciens, à commencer par Christoph Blocher et ses amis, tirent prétexte de cette situation pour brandir le spectre des abus. En mars, ces milieux ont relayé avec fracas et délectation les conclusions hasardeuses d'une étude prétendant que 400 millions de francs seraient versés annuellement pour des prestations indues, ce qui représente 4% des dépenses de l'AI.

Chiffres infondés
En réalité, un certain nombre de responsables cantonaux de l'AI ont démontré que ce chiffre était à diviser au moins par dix. Et pour cause, les neuf dixièmes des prétendus abus sont en fait des prises en charge de personnes brisées par le travail, dont toute reconversion ou reclassement professionnel est impossible. Le cas de ces personnes, au sens strict de la législation, n'est pas toujours du ressort exclusif de l'AI, il est vrai. Mais alors, qui doit s'en occuper? Doit-on les ignorer, les laisser mourir dans la rue?
Tout abus doit être combattu avec fermeté, c'est une évidence. Mais exagérer massivement le nombre de ces abus n'est rien d'autre que de la démagogie au détriment des plus fragiles. En effet, la lutte contre les abus a nettement été renforcée ces dernières années, avec l'entrée en vigueur de la 4e révision de l'AI.

Critères déjà beaucoup plus sévères
Pour justifier leurs accusations, les politiciens blochériens font valoir que de nombreuses personnes s'annoncent pour demander des prestations de l'AI alors qu'elles ne souffrent pas de problèmes de santé immédiatement visibles comme par exemple la dépression, l'anxiété, les troubles somatiques. «Lorsque des personnes s'annoncent pour bénéficier des prestations et qu'elles souffrent considérablement de douleurs difficiles à déterminer ou n'arrivent plus à faire face aux exigences du monde du travail en raison de problèmes psychiques, on ne peut parler d'abus à l'assurance. Utiliser ce mot dans ce contexte est totalement faux et surtout démagogique», relève l'organisation Entraide Suisse Handicap. «Depuis l'introduction des services régionaux médicaux, les critères d'admission à l'AI sont beaucoup plus sévères et il n'y a définitivement plus aucun risque de voir des personnes obtenir indûment des prestations.»

Le vrai problème est ailleurs
Le vrai problème n'est donc pas là mais bel et bien dans les maux d'une société qui peut broyer les plus faibles et fabriquer des exclus tout en nourrissant de lourds préjugés à l'encontre des personnes handicapées qui souhaiteraient trouver un emploi. «En recourant au terme de "faux invalide", l'UDC a créé un prétexte afin de revenir en arrière en matière de prestations AI, voire de les supprimer.»

PN

 

Edition n° 21/22 du 23 mai 2007

 
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