Passer à l'offensive !
Alors que se tient le 11e Congrès de la CES, Vasco Pedrina s'exprime sur la situation en Euroupe

L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy laisse prévoir pour la France de nombreux changements d'inspiration néo-libérale. A quelles mesures les syndicats doivent-il s'attendre? Nous avons posé la question au syndicaliste Vasco Pedrina, qui se trouve ces jours-ci à Séville pour le Congrès de la Confédération européenne des syndicats.

A quelles mesures les syndicats doivent-ils s'attendre après l'élection de Sarkozy?
Les collègues français sont inquiets, car Sarkozy prône une politique antisyndicale qui s'annonce perfide. Premièrement, il entend restreindre le droit de grève dans le secteur des transports. Ensuite il prévoit un système de commissions et de délégués d'entreprise plus étendu, mais dont les membres ne devront pas être affiliés à un syndicat. Ce qui revient à exclure, comme représentants des travailleurs, les personnes susceptibles de constituer un contre-pouvoir social face à l'économie. Le fascisme avait déjà instauré dans la société ce type de régime corporatiste...

Faut-il y voir un signe annonciateur nouveau dans un grand pays européen?
On peut le dire, même si des tendances analogues existent dans d'autres pays d'Europe centrale et orientale. Les collègues français pensent d'ailleurs que l'on s'achemine désormais vers un traité constitutionnel redimensionné. Il est à craindre que le volet de la charte des droits sociaux fondamentaux des travailleurs ne passe à la trappe. La situation est d'autant plus grave que le «non» français et néerlandais au Traité exprimait l'insatisfaction face à une composante sociale insuffisante.

Y aura-t-il des répercussions pour la Suisse?
Indirectement oui, car la Suisse est intégrée économiquement dans l'Europe. Un glissement à droite de nombre de pays européens ne restera pas sans conséquences pour le nôtre. Le climat politique du vieux continent sera toujours plus dur. Dans le passé, il y a eu des phases où nous avons profité du caractère plus social des politiques européennes pour obtenir des avancées en Suisse. Or nous serons désormais contraints de lutter seuls, sans pouvoir nous référer aux progrès accomplis dans l'UE.

Dans ces conditions, que comptent faire les syndicats européens?
L'exécutif de la Confédération européenne des syndicats propose à son Congrès, organisé à Séville du 21 au 24 mai, de passer à l'offensive en renforçant les confédérations syndicales. Nous visons à stopper l'hémorragie des effectifs et à retrouver le chemin de la croissance ces quatre prochaines années, grâce à l'adoption d'un train de mesures ciblées. Sur le plan de la politique économique, nous entendons remettre à l'ordre du jour la politique salariale, en lançant une offensive coordonnée dans le domaine des salaires, mais aussi contre la flexibilisation et la précarisation du travail. Telle est notre réponse à la politique patronale et à celle des autorités européennes sur la «flexicurité», projet visant à accroître la flexibilité du travail tout en démantelant la sécurité sociale.

Concrètement, qu'est-ce qui sera fait dans le domaine salarial?
Les syndicalistes allemands et suisses réclament l'organisation d'une campagne pluriannuelle, concertée sur le plan européen, contre la précarisation du travail. Il s'agit d'augmenter les salaires minimaux, que ce soit au niveau légal (comme en France), au niveau exclusivement contractuel (selon la tradition italienne) ou selon une approche mixte (comme en Allemagne, où dans dix branches à faible présence syndicale les représentants des travailleurs revendiquent un minimum légal de 7,50 euros de l'heure). Si nous obtenons le consensus nécessaire pour mener cette campagne, l'européisation de l'action syndicale ferait un grand bond en avant. Il y aurait en effet un renversement de la tendance actuelle - soit la diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée au profit du capital.

Pourquoi est-il si difficile de trouver un consensus?
Les traditions et les cultures syndicales diffèrent d'un pays à l'autre. Or face à une offensive aussi massive de la part du capital, soit les travailleurs réussiront à surmonter leurs divergences et à trouver une base commune, soit l'action purement nationale n'aura pas l'efficacité voulue.

La volonté de collaborer est-elle plus marquée que dans le passé?
Le slogan de Séville «à l'offensive» indique une volonté accrue, de la part des fédérations nationales, de privilégier l'action européenne. Après la fructueuse campagne menée contre la directive Bolkenstein sur les services (où les manifestations et mobilisations à l'échelle européenne avaient abouti à une directive acceptable), il reste à voir si nous réussirons, ces prochaines années, à mener des actions directement liées aux conditions de travail, en l'occurrence aux salaires.

Propos recueillis par Anna Luisa Ferro Mäder
Traduction de Sylvain Bauhofer



Des syndicats forts face au capitalisme financier débridé

Des syndicalistes de 36 pays réunis à Séville

C'est sous le slogan «A l'offensive pour l'Europe sociale, la solidarité et le développement durable» que la Confédération européenne des syndicats (CES) a placé son 11e Congrès, organisé tous les quatre ans. Il se tient en ce moment à Séville. Des personnalités politiques et scientifiques de premier plan sont invitées comme orateurs ou pour participer aux discussions. Parmi elles, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, José Luis Rodriguez Zapatero, président du Gouvernement espagnol, Tony Blair, premier ministre britannique, ainsi que Franz Müntefering, vice-chancelier allemand. Unia et l'Union syndicale suisse (USS) sont représentés à ce congrès par une délégation de quatre personnes sous la houlette de Vasco Pedrina.

Débat sur les salaires minimaux
Parmi les grands thèmes du Congrès de la CES, il y a l'avenir des systèmes de protection sociale et l'approche de la «flexicurité», la précarisation du monde du travail, les changements du capitalisme spéculateur et l'évolution politique de l'UE, la politique industrielle et le développement durable. Une proposition soumise par Unia et l'USS a déjà suscité de vifs débats avant ce Congrès. Ainsi, les syndicats suisses demandent, conjointement avec la DGB, centrale syndicale allemande, le lancement d'une campagne en faveur d'une politique européenne des salaires minimaux pour combattre les bas salaires et la précarité. Des salaires minimaux atteignant au moins 50% du salaire moyen national doivent être imposés dans chaque pays par la voie législative, par le biais de conventions collectives, voire sur les deux plans. En Suisse, cela équivaudrait à un salaire minimal de 3000 francs. Ce seuil devra être porté à 60% à moyen terme. Certaines unions syndicales ont jusqu'à présent rejeté cette proposition par crainte d'une dilution des salaires minimaux conventionnels existants.

Rôle majeur
La CES, créée en 1973, représente 81 confédérations syndicales nationales dans 36 pays et 12 fédérations sectorielles européennes et réunit en tout 60 millions de membres. En tant qu'unique représentante des salariés européens reconnue par l'Union européenne, elle est directement impliquée dans le processus législatif. Depuis la signature du protocole social de Maastricht, la CES et les organisations patronales européennes peuvent conclure des accords communs qui peuvent acquérir statut de droit sur décision du Conseil et du Parlement européen. La CES a participé à la formulation de directives importantes en matière de droits des salariés.

Unia/USS/L'ES



 

Edition n° 21/22 du 23 mai 2007

 
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