Vendeuses et vendeurs sous stress
Les personnes travaillant dans le secteur de la vente sont durement frappées par le stress

Si les ouvriers du bâtiment souffrent du stress - comme l'a démontré une vaste étude publiée ce printemps par Unia - le personnel de la vente n'est pas mieux loti: voilà l'élément principal qui ressort d'une nouvelle enquête conduite par le syndicat au Tessin. Souvent interpellée sur des questions inhérentes à la santé et la sécurité au travail, la section italienne a en effet décidé de creuser le sujet. Dans ce contexte, elle a mené l'automne dernier une vingtaine d'entretiens approfondis sur ces thèmes en se basant sur une récente publication de la Commission fédérale de coordination de la sécurité au travail («Sécurité au travail et protection de la santé dans les PME du secteur des services»). Ses résultats ont été affinés par l'interrogation de quelque 800 personnes employées dans le secteur de la vente. La sélection a pris en compte tous types de commerces, aussi bien des petits magasins que des grandes surfaces ou des filiales de chaînes. «Bien que limitée au Tessin, la démarche a une portée nationale» déclare Dario Mordasini, secrétaire syndical en charge de la sécurité de la santé au travail chez Unia, précisant que les conditions-cadres dans ce domaine sont plus ou moins les mêmes sur l'ensemble du territoire.

Carences organisationnelles...
Au problème du stress se greffent des carences dans l'organisation du travail. Près de 54% d'interviewés s'en plaignent. Mais, contrairement à certaines idées reçues, les employés les plus affectés par ces situations ne remplissent pas des fonctions supérieures ou de cadres. «L'enquête démontre que moins le personnel a la possibilité d'intervenir sur le déroulement du travail et les processus de décisions plus le stress augmente.» 39,7% des vendeurs interrogés relèvent par ailleurs des conditions de travail rendues pesantes en raison de la température dans les magasins. Trop chaud. Trop froid. Soumis sans cesse aux courants d'air... L'absence de lumière naturelle dans nombre de commerces pèse aussi lourdement dans la balance des nuisances pour 23,4% des sondés. Un facteur relevé plus souvent dans les grands centres que dans les petits commerces. Et que devraient prendre en compte, dans l'avenir, les architectes et les autorités délivrant les permis de construire.

... et charges trop lourdes à porter
Un peu moins de 40% des interviewés (37,9%) dénoncent également les lourdes charges qu'ils doivent porter. 34,2% souhaitent pour leur part un contrôle renforcé du temps de travail. Une proportion similaire serait aussi favorable à l'adoption de mesures clarifiant les relations avec les clients difficiles. Enfin, la formation est jugée insuffisante par près d'un tiers des personnes ayant répondu au questionnaire. Ces dernières réclament davantage d'informations et d'instructions comme elles demandent que la protection de la santé sur la place de travail soit garantie. Signalons sur ce dernier point, qu'un quart des gérants des magasins qui sont tenus de garantir la protection de la santé des travailleurs se plaint aussi de ne pas disposer d'instruments suffisants en la matière et souhaite être mieux formé.

Discussion ouverte
«Nous allons aujourd'hui discuter des résultats de cette analyse avec les interviewés, les employeurs et les inspecteurs cantonaux du travail dans le but de trouver des solutions communes» relève Dario Mordasini. Parallèlement, le syndicat résoudra des problèmes spécifiques à certains commerces. «Un exemple? Faire installer des toilettes dans un magasin qui n'en compte point.» A noter que 31% des salariés de tous les secteurs confondus estiment que le travail a des répercussions sur la santé. Les maladies y relatives ainsi que les accidents professionnels coûteraient chaque année à la Suisse quelque 15 milliards de francs. De son côté, Unia est de plus en plus sollicité sur des questions de cet ordre. Et si la thématique du stress et du cortège de maux qui l'accompagnent n'est pas nouvelle, elle ne cesse de prendre de l'ampleur. Une bonne raison pour l'affronter et réfléchir à des mesures préventives qui devraient permettre, comme le demande prioritairement plus de la moitié des vendeurs ayant participé à l'enquête, de réduire ce fléau et d'améliorer l'organisation du travail.

Sonya Mermoud


 

Edition n° 23 du 6 juin 2007

 
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