Mexique: le peuple de Oaxaca toujours debout !
Le Solifonds - constitué d'oeuvres d'entraide et de l'Union syndicale suisse - appelle au soutien du soulèvement mexicain

Il y a un an, les enseignants de l'Etat de Oaxaca faisaient grève pour une revalorisation salariale. De là est née une remise en cause profonde de l'Etat et la revendication d'une démocratie radicale. Le Solifonds lance aujourd'hui un appel à la solidarité.

Le 22 mai 2006 débutait la grève des maîtres d'école de l'Etat de Oaxaca au Mexique. Malgré une répression sanglante, la mobilisation a vite pris de l'ampleur. Excédés par l'intransigeance et l'autoritarisme de leur gouverneur Ulises Ruiz, paysans, citadins, indigènes et étudiants ont rejoint les grévistes pour réclamer son départ et exiger un changement radical de société. Réunies au sein de l'Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO), plus de 350 organisations sociales tiennent tête au Gouvernement depuis lors. Aujourd'hui, «ils ont besoin de notre soutien, de toute urgence», assure le Fonds suisse de solidarité pour les luttes de libération sociale dans le tiers monde (le Solifonds) qui a lancé à l'occasion du 1er Mai un appel dans ce sens.

Syndicats suisses solidaires
Concrètement, le Solifonds - constitué d'œuvres d'entraide, de l'Union syndicale suisse, et des partis socialiste et écologiste - rassemble des fonds pour épauler la section 22 du syndicat des enseignants, à l'origine de la mobilisation. Durement touchée par la répression - ses locaux ont été détruits, certains de ses dirigeants emprisonnés - la section 22 est dans le besoin. «L'argent servira principalement à la reconstruction et à financer les frais d'avocats pour faire sortir les militants de prison», explique Urs Sekinger, de Solifonds. Une nécessité d'autant plus urgente que l'Etat fédéral du Mexique a bloqué les financements annuels que recevait chaque année le syndicat. Le pouvoir a désormais créé de toutes pièces une section concurrente pour contourner les représentants légitimes de travailleurs en lutte.
«Aujourd'hui, le mouvement a perdu de la force à Oaxaca», estime Urs Sekinger. La longueur du conflit et l'intimidation de la population à travers assassinats, arrestations massives, tortures et viols ont finalement pesé sur sa capacité de mobilisation. Les enseignants ont toutefois manifesté récemment à Oaxaca pour préserver le système de sécurité sociale, menacé par le nouveau Gouvernement de droite du président mexicain Felipe Calderon. «Et l'APPO a réussi à rassembler plus de 150000 personnes lors de la manifestation du 15 mai dernier», témoigne Gustavo Esteva, l'un des 210 élus de l'APPO, joint par téléphone. Une paille, lorsque l'on sait qu'ils étaient plus d'un million à battre le pavé de la ville de Oaxaca en juin 2006.

Vers la démocratie radicale
Mais pour le militant, là n'est pas l'essentiel: «La vitalité du mouvement ne se manifeste pas tant dans la rue que dans l'organisation sociale qui se crée peu à peu en vue de transformations profondes de la société.» En clair, les communautés indigènes, les organisations paysannes, les comités de quartier ont désormais entrepris un long travail souterrain de création d'alternatives. «Tout un système d'échanges de biens et services parallèle à l'utilisation de monnaie se met en place.» Autre domaine, les organisations populaires ont créé des espaces de réflexions débouchant sur une conscientisation politique de la population et sur des revendications communes: la plus importante, la demande de démocratisation profonde de la société: «Nous assistons à la convergence de trois luttes démocratiques. Celles qui insistent sur l'amélioration de la démocratie formelle: fin de la fraude et des manipulations, transparence, etc. Celles qui réclament une démocratie participative, par le biais d'initiatives populaires, de référendums, de plébiscites, de budgets participatifs... Enfin, un combat pour étendre la démocratie autonome ou radicale, comprise comme l'exercice direct du pouvoir par les gens eux-mêmes, sans passer par des partis politiques.»

Elections sans espoir
Pour l'intellectuel, le rejet du système de représentation démocratique est massif au sein de la société de Oaxaca. Il ne croit pas en la possibilité d'obtenir des changements substantiels à travers les prochaines élections au Congrès de l'Etat. «La majorité des candidats des partis sont des délinquants et des incompétents. Des représentants de la gauche, du Parti de la révolution démocratique (PRD), ont été achetés par le gouverneur. Nous savons qu'il va y avoir fraude, comme c'est toujours le cas.» Seule stratégie possible, faire pression pour que les gouvernants appliquent des projets voulus par le peuple. En 1995, le Parlement adopta ainsi la loi qui permet aux communautés indigènes de se gouverner elles-mêmes. Quatre municipalités sur cinq bénéficient désormais de cette autonomie. Le fol espoir des partisans de la démocratie radicale? Que ces entités se coordonnent jusqu'à constituer une forme de gouvernement à l'échelle de l'Etat de Oaxaca.


Christophe Koessler

 

Edition n° 23 du 6 juin 2007

 
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