Construire un grand syndicat européen de l'industrie
Renzo Ambrosetti reprend la présidence de la Fédération européenne des métallurgistes

Les syndicalistes européens de la métallurgie se réunissent aujourd'hui 6 juin et demain à Lisbonne pour le 3e Congrès de la Fédération européenne des métallurgistes (FEM), un congrès qui se tient tous les 4 ans. La FEM regroupe 72 syndicats et 4 organisations associées, venant de 33 pays d'Europe. Le Congrès doit notamment discuter du renforcement des syndicats à l'échelle européenne, dans une situation où la métallurgie se trouve face à des plans de restructuration menaçant des centaines de milliers d'emplois, chez Airbus avec les 10000 suppressions de postes prévues par «Power 8», chez Siemens-Nokia qui veut diminuer de 15% sa main-d'œuvre, ou encore chez Delphi en Espagne. La FEM a aussi choisi d'élire à sa tête un syndicaliste suisse, Renzo Ambrosetti, coprésident d'Unia. Entretien.

Vous accédez à la présidence de la FEM, une fédération qui représente 6 millions de travailleurs en Europe. Quels sont les défis du nouveau président?
Ce sont les défis qui attendent toutes les fédérations syndicales européennes dans une Europe où le social est remis en question dans les différents pays et par la Commission européenne elle-même. Les objectifs du projet de flexicurité et du «Livre vert» pour l'emploi sont la remise en cause des acquis sociaux. Il est donc nécessaire de renforcer les syndicats dans tous les pays, d'augmenter le nombre de nos membres, et l'un de nos objectifs est de construire un grand syndicat européen de l'industrie.

La FEM veut améliorer le fonctionnement des syndicats en Europe et créer ce grand syndicat de l'industrie. Quelles en sont les raisons?
Dans le cadre de cette toile de fond d'attaques tous azimuts contre le social, il faut qu'il y ait une collaboration plus étroite entre nos syndicats pour que nous puissions opposer une politique forte vis-à-vis des patrons, qui ne sont pas très ouverts au dialogue social, et de la Commission européenne.
Nous avons aussi un problème de diminution des ressources au niveau syndical, il faut les utiliser au mieux. L'idée d'un grand syndicat européen de l'industrie, qui regrouperait en plus des métallurgistes des branches industrielles comme la chimie, le textile, l'habillement, va dans le sens de ce renforcement du syndicalisme européen, tout en laissant à chaque branche son autonomie, comme nous l'avons fait avec Unia. Car l'un des thèmes pour l'avenir est le développement industriel en tant que tel. Pour cela, un grand syndicat de l'industrie pourrait apporter une certaine coordination des politiques conventionnelles. Le congrès de la Confédération européenne des syndicats a par exemple proposé des actions sur les salaires minimaux. Au niveau de l'industrie, nous disposons déjà de points forts, comme une charte sur les 35 heures en Europe et une autre sur la formation qui devraient être élargies à d'autres branches.

La métallurgie en Europe est confrontée à de grosses restructurations. Quelle peut être la réponse de la FEM?
C'est de développer une stratégie de coordination, de solidarité et d'unité entre les salariés des entreprises dans les différents pays afin qu'un site ne soit pas en concurrence avec d'autres. Par exemple, lorsque VW a voulu démanteler son site en Belgique à la fin de l'année dernière, la FEM a mobilisé dans tous les pays où VW a des usines et l'on a pu maintenir des postes de travail à Bruxelles.

L'industrie européenne a perdu énormément d'emplois ces dernières décennies. Elle s'est relevée grâce au développement technologique et à l'augmentation de la productivité. Aujourd'hui, ces avancées sont mises en péril par les marchés financiers et des opérations boursières dont seuls profitent les actionnaires. Comment la FEM entend y faire face?
C'est un des défis importants sur lequel nous devrons travailler. Les spéculateurs vont détruire toutes les connaissances industrielles. Ce qu'il faut, c'est réglementer juridiquement ces groupes financiers afin de les empêcher de prendre la majorité dans une entreprise et de faire n'importe quoi. C'est le même débat que nous avons en Suisse sur les opérations boursières: à partir de quel pourcentage d'actions ces rachats devraient-ils être publiés? Et s'ils ne le sont pas, des amendes très fortes devraient les sanctionner.

Après l'élection en 2005 de Vasco Pedrina à la vice-présidence de l'Internationale du bois et du bâtiment (IBB) et à la présidence de sa fédération européenne, vous accédez aussi à une haute responsabilité internationale. Est-ce une forme de reconnaissance du syndicalisme suisse?
Le fait qu'à la tête de deux grandes organisations internationales il y ait deux représentants d'un pays qui ne fait pas partie de l'Union européenne est une grande reconnaissance pour nous. Il est vrai que les syndicats européens ont toujours eu une grande ouverture vis-à-vis de nous. Et par le passé, tant la FTMH que le SIB étaient déjà présents dans ces organisations. Après la fondation d'Unia, nous voulions renforcer cette présence au niveau de l'Europe car nous ne sommes pas à l'abri de ce qui s'y passe. Nous pouvons beaucoup apprendre des réalités européennes et en même temps apporter l'expérience de notre fusion pour la création du grand syndicat européen de l'industrie.
D'autre part, en tant que Suisse et Tessinois, j'ai l'habitude de la concertation entre plusieurs cultures et de la médiation. La FEM, qui fonctionne sur le consensus, a jugé cela très utile.

Propos recueillis par Sylviane Herranz

 

Edition n° 23 du 6 juin 2007

 
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