Salut l'ami, salut camarade !
Figure légendaire du syndicalisme romand, Gérard Forster nous a quittés. A sa mémoire...

Gérard Forster s'est éteint le 4 juin, à la surprise de tous, foudroyé par une attaque. Agé de 66 ans, cet homme qui a voué sa vie à la lutte syndicale avait pris sa retraite en 2001, après 28 ans à la tête de la section de Lausanne de la FOBB puis du SIB. Son combat pour la défense des travailleurs sur les chantiers, dans l'agriculture, les restaurants, il l'a poursuivi après sa retraite auprès des nouveaux esclaves du Sud de l'Espagne.

Ses compagnons de lutte sont unanimes: Gérard Forster était proche des gens, droit, honnête, juste, et il savait parler aux travailleurs. Des compagnons, il en a tant qu'on ne peut ici leur donner à tous la parole. Et quand ils évoquent les actions réalisées avec Gérard, c'est une anthologie du syndicalisme de terrain que l'on pourrait écrire!
 «Ce qui m'a le plus marqué chez Gérard? Ce sont tous les coups qu'on a faits: on a volé une Jaguar parce que l'employeur ne payait pas ses ouvriers, on a aussi enlevé les roues d'un camion, ce qui nous a valu une condamnation à la prison avec sursis!» raconte Jean-Pierre Stern, ému, qui a côtoyé Gérard Forster depuis ses débuts à la FOBB, en 1973. Ce plâtrier-peintre âgé de 80 ans perd comme bien d'autres un compagnon, un ami, avec qui il venait de rentrer du Tour d'Italie.

Un homme d'action
«Gérard était notre frère, nous avons fait notre vie ensemble», relève Walter Castelli, 78 ans, ancien président des machinistes, qui se souvient de ces entreprises murées pour obliger le patron à payer ses travailleurs, de l'engagement de Gérard auprès des saisonniers ou de son soutien à la mise en place du permis de machiniste, pour qu'il y ait plus de sécurité sur les chantiers. Il évoque aussi l'attention que Gérard portait à sa famille, à ses quatre enfants, à son épouse trop tôt disparue. «J'organisais la fête de Noël des machinistes, il venait avec son troupeau, c'était magnifique!»
 «C'était un homme d'action, quand on devait partir, on partait. Il était toujours en première ligne», se souvient Tarcisio Manca de sa retraite en Sardaigne. Cet ancien maçon, devenu permanent au syndicat où il a travaillé 24 ans avec Gérard, parle de ces 350 briques prises à la coopérative du bâtiment pour murer, de nuit, une entreprise à Oulens, obligeant le patron à rentrer avec une échelle. Et se souvient de ces grandes fêtes pour le départ des saisonniers, qui rassemblaient 2000 personnes.

Baguette magique
«Ce qui m'a frappé, c'est quand on mobilisait pour les manifestations. On se retrouvait à 5 heures du matin à Montbenon pour organiser les tournées sur les chantiers. Gérard nous parlait, nous galvanisait comme s'il avait une baguette magique, c'était un moteur», souligne Bruno Mauro. Ancien président des maçons, qui attend avec impatience la retraite, Bruno salue encore le côté très humain de Gérard, toujours prêt à aider les autres.
Grâce aux actions coup de poing, les pratiques détestables de certains patrons sortaient au grand jour. Comme celui de la Grappe d'Or qui avait renvoyé deux saisonniers sans leur payer les heures supplémentaires. Le syndicat avait fait le siège du restaurant jusqu'à ce que le patron daigne discuter... Avec Philippe Sauvin, qui retrouvera Gérard sous les serres d'El Ejido, de telles actions, à la Fête des vignerons de 1999 ou dans les locaux du service de l'emploi, ont permis de faire connaître la misère des employés agricoles dans le canton et de faire bouger les autorités. «Pour Gérard, l'exploitation de l'homme par l'homme n'était pas une phrase en l'air, mais la réalité. C'était un homme de bon sens, et il avait une capacité d'indignation plutôt rare chez les dirigeants syndicaux», dit-il.

Coups de gueule...
Parmi ces hommes, une femme, Claudine Minacci qui était «administrateur» de la section lorsque Gérard a débuté à la FOBB. «Moi aussi, j'avais ma tronche. On s'est beaucoup bagarré au début, mais un jour, on s'est expliqué, et on a fait la paix. Ca valait la peine, pour la cause que nous défendions, et parce que ça a débouché sur une grande amitié!» Une amitié partagée par Jean-Marc Cuany, secrétaire syndical à Unia, qui a été le bras droit de Gérard Forster et qui salue la complicité qu'il générait. Et son statut d'«intouchable» au syndicat, d'où vient-il? «Il disait tout haut ce que les gens pensaient tout bas, mais il avait des résultats, c'était un bosseur, il faisait ce qu'il disait», répond Jean-Marc.
Une figure légendaire, un ami, un père, s'en est allé. Mais Gérard reste bien vivant dans les esprits. Son combat est aujourd'hui porté par ceux qui l'ont côtoyé.

Propos recueillis par Sylviane Herranz



 

Edition n° 24 du 13 juin 2007

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page