Le français, outil d'intégration
Dans le canton de Vaud, le syndicat Unia permet aux migrants de se familiariser avec le français et la culture helvétique

Passer de la parole aux actes. Tel est le créneau du syndicaliste Amilcar Cunha qui se bat pour que l'intégration des migrants ne soit pas un vain mot. Soutenu par Unia, il a mis sur pied, dans le canton de Vaud, des cours de français pour les migrants, cours qui sont bien fréquentés et fort appréciés.

«L'apprentissage de la langue française est le premier pas vers une intégration sociale et professionnelle réussie. Si l'on ne connaît pas la langue du pays, on reste manoeuvre toute sa vie». Pour le syndicaliste Amilcar Cunha, d'origine portugaise, cette affirmation est une véritable conviction. Et fort de cette conviction, il se bat pour que tous les migrants et toutes les migrantes du syndicat Unia qui le souhaitent puissent bénéficier de l'apprentissage de la langue française. Avec la région Unia Vaud et le groupe des migrants du syndicat, il a rendu possible la tenue de cours de français gratuits destinés aux employés du secteur du nettoyage et ouverts aux autres branches comme la construction ou la restauration. Ces cours, qui existent depuis l'automne 2005, sont financés par le syndicat, la Commission fédérale des étrangers (CFE) et le fonds paritaire de la CCT vaudoise du nettoyage. Alors qu'Unia organise aussi de tels cours dans quelques villes de Suisse allemande comme Bâle, Zurich, Lucerne ou Berne, ils sont encore trop peu nombreux en Suisse romande, estime le syndicaliste. Qui espère bientôt en ouvrir à Aigle et à Nyon.

Plus de 70 bénéficiaires
Dans le canton de Vaud, de septembre 2006 à juin 2007, plus de 70 migrants ont suivi ces cours dispensés par deux enseignantes de l'association Français en Jeu, Marie-Claude Dénervaud et Valérie Buchenel, à Lausanne et à Vevey. Dans chaque ville, des classes de niveaux débutants et avancés ont été formées. Les cours, qui débutent à l'automne, sont donnés le soir ou le samedi. Cette année, plus de la moitié des participants, originaires d'Amérique latine, du Portugal, d'Italie, du Kosovo, du Maroc, de Turquie, du Kurdistan ou encore d'Ethiopie, les ont terminés et ont obtenu une attestation, remise à l'occasion d'une petite fête organisée dans les deux villes.
A Vevey, elle s'est déroulée le 27 juin dans les locaux de l'association La-ti-nos.ch, qui accueille les cours de français. Une fête animée par la chanteuse colombienne Raquel Bernal. Une douzaine d'élèves, dont une majorité de femmes, ont reçu leur attestation lors de cette soirée marquée par la grande solidarité qui unit désormais ces migrantes et ces migrants, ainsi que leur enseignante, Valérie Buchenel, dont tous reconnaissent le très grand engagement. «Une prof qui donne plus que ce qu'elle doit faire», souligne une participante.

Sylviane Herranz



Travailler l'oreille!

«L'objectif du cours est l'intégration par le biais du français, et mon objectif personnel est de donner à ces personnes une certaine estime d'eux-mêmes.» Valérie Buchenel, enseignante de Français en jeu, donne les cours de français d'Unia à Vevey, ainsi qu'à Lausanne pour les débutants. Elle offre aux migrants des outils précieux pour aborder une langue difficile. «Le problème avec le français est que les graphèmes - ce qui est écrit - ne correspondent pas aux phonèmes - ce qui est dit.» Et de donner l'exemple du son «en» qui, dans le mot «chien», ne se prononce pas de la même manière. «J'essaie de conscientiser l'élève sur le fait que le français est une langue complexe, à la différence d'autres langues. Si on ne la comprend pas bien, on ne peut pas bien l'écrire.» Sa démarche, c'est le travail sur l'oreille, pour entendre correctement le son. Elle raconte l'exemple de ce maçon, d'un pays du Sud, qui ne fait pas la différence entre dessus et dessous et qui lui dit qu'il doit être bête. Car il fait tout à l'envers lorsque son patron lui demande de poser quelque chose dessus ou dessous. «Avec lui, j'ai travaillé le son «u», car ce n'est pas une question d'intelligence, mais une question d'oreille.» Et travailler l'oreille permet, ajoute-t-elle, d'améliorer l'orthographe, la compréhension orale et la façon de parler.
Ce travail sur la discrimination auditive s'effectue sur différents thèmes et au travers de supports divers, qui vont des textes de Ramuz à la rédaction de lettres ou de curriculums. «L'objectif est aussi de pousser ces personnes à l'autonomie. Pour moi, l'essentiel est que chacun aille à son rythme, selon son parcours, sa langue d'origine. Il n'y a pas de concurrence entre les élèves, les vitesses d'apprentissage sont différentes et chacun fait son chemin.»

SH






 

Edition n° 32/33 du 8 août 2007

 
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