Les ferblantiers règnent sur les toits
Méconnu, le ferblantier nous protège des intempéries. Des dizaines de places d'apprentissage sont à pourvoir

Alors qu'il manque des milliers de places d'apprentissage en Suisse pour que les jeunes puissent se former dans la profession de leur choix, quelques métiers restent peu prisés. En général, ils sont manuels. Reportage sur les toits, dans les environs de Lausanne.


«J'aime monter sur les toits et surplomber la ville. On peut tout voir», s'émerveille Steve Bolomey, 18 ans, qui va commencer sa 3e année d'apprentissage de ferblanterie. «On est les premiers à voir le soleil, la pluie aussi...», sourit-il. Ironie du sort, en ce lundi matin de juillet, alors que le soleil brille enfin après deux semaines d'averses ininterrompues, Steve est confiné dans le garage d'une villa, dans une banlieue chic de Lausanne. On n'imagine pas la place que prend la météo dans la vie d'un ferblantier. Qualité première pour entrer dans le métier? «Ne craindre ni le chaud, ni le froid», résume Jean-Louis Marmillod, directeur de l'entreprise de ferblanterie et sanitaire qui porte son nom. Une société fondée en 1950 par son père Charles, «très engagé dans les syndicats», qui a aussi participé à la création de la coopérative Cofal. Deux entreprises qui, avec Borio SA, cherchent aujourd'hui des apprentis sur Lausanne.

«Maître à bord»
«Tape-tôle», un métier d'avenir? Les prétendants ne se bousculent en tout cas pas au portillon. Alors qu'il manque environ 5000 places d'apprentissage en Suisse, il reste encore au cœur de l'été quelques dizaines de postes à pourvoir chez les ferblantiers. La profession est pourtant loin d'être ingrate, défend Jean-Louis Marmillod. «Nous sommes victimes de la mauvaise réputation des métiers du bâtiment», assure le patron de la petite entreprise de huit personnes. Plus créatif que dans d'autres métiers du bâtiment, le travail a ses attraits: «Vous êtes maître à bord sur votre toit. Vous concevez en toute indépendance les solutions techniques à apporter, la façon de fabriquer vos pièces.» Le ferblantier crée en effet lui-même les différents éléments dont il a besoin pour protéger les bâtiments des intempéries. Il installe les chéneaux - vulgairement appelées gouttières -, les revêtements de façades en tôle, les toitures métalliques et les paratonnerres. En Suisse romande, il complète en général son cursus par la formation de couvreur et dispose donc aussi les tuiles sur les toits.
Autre avantage du métier: «On travaille avec ses mains, mais aussi beaucoup avec sa tête», assure l'apprenti. Le dessin technique occupe une part non négligeable de son temps de travail. Toutes les pièces, même les plus compliquées, se font à partir de feuilles de tôle plates, qui se métamorphosent une fois pliées. Visualiser en trois dimensions: tout un art pour le ferblantier. Bien sûr, tout n'est pas rose. «Il faut que les jeunes sachent que c'est parfois pénible. Cela reste un travail de chantier. Il faut charger les tuiles, c'est physique», prévient Jean-Claude Jossevel, ferblantier qualifié.

Œuvres impérissables
Sur un autre chantier, à Froideville, dans la campagne proche de Lausanne, trois ouvriers sont occupés à remplacer le toit d'un collège, à quelque 30 mètres du sol. Le soleil cogne à midi et les travailleurs arrachent des tuiles en éternit, qui contiennent de l'amiante. Une substance cancérigène contre laquelle il convient de se protéger. «Les masques? Ils sont dans le bus», lance l'un d'eux. «Sous la chaleur, leur port se révèle plus qu'inconfortable», expliquent-ils. Et connaissent-ils réellement les risques encourus?
Quoi qu'il en soit, satisfaits de leur travail, les ferblantiers-couvreurs oeuvrent malgré tout dans une atmosphère chaleureuse: «On bosse en équipe. Le plus important, c'est l'ambiance au boulot», explique Emiliano Gomes, aide ferblantier. Et la fierté d'avoir réalisé certaines œuvres: «A chaque fois que je passe devant l'Hôtel de la Navigation ou le clocher de Cugy, par exemple, je regarde le toit et je me dis, hé, c'est beau, c'est nous qui avons fait ça! Et cela existera encore bien après notre mort!», s'enthousiasme Christophe Buffat, ferblantier-couvreur qualifié.
Mais les deux ouvriers n'imaginent pas faire ce métier toute leur vie. Christophe voudrait passer une maîtrise et devenir contremaître: «En tant qu'ouvrier, il faut être en pleine forme physique tous les jours.» Et le danger est tout de même présent. Emiliano est déjà tombé deux fois. Heureusement, les échafaudages l'ont retenu, deux mètres plus bas... Les accidents graves sont toutefois rares dans le métier: lorsqu'il n'y a pas d'échafaudages, il est en effet obligatoire de s'attacher avec un harnais.
Un métier certes difficile, mais d'avenir. La profession permet aussi des évolutions. Après trois ans d'expérience, on peut se lancer dans un diplôme de contremaître, puis diriger une équipe. La maîtrise fédérale, passée en quatre ans, donne le titre de maître ferblantier. A partir de là, pourquoi ne pas se mettre à son compte? «C'est une voie très courante», assure Jean-Louis Marmillod.

Christophe Koessler




Il manque 5000 places d'apprentissage

Début juillet, l'Office fédéral de la formation professionnelle a confirmé qu'il manquait 5000 places d'apprentissage en Suisse, ce qui correspond à l'évaluation faite par l'Union syndicale suisse (USS). La faîtière syndicale demande que les entreprises créent ces places, mais réclame qu'elles soient aidées par l'ensemble des branches. Les financements contributifs au sein de celles-ci existent d'ores et déjà. Il sont alimentés par toutes les entreprises pour veiller à la relève professionnelle. Mais ceux-ci se révèlent insuffisants selon l'USS. En outre, de nombreuses branches n'en disposent pas, comme celle du commerce. Les fonds cantonaux pourraient compléter l'offre existante. Grâce à l'engagement des autorités cantonales, ces fonds se sont développés ces dernières années. Une petite cotisation patronale de 0,05% permet déjà de former de nombreux apprentis. Mais elle n'existe pour le moment qu'en Suisse romande...

CK



 

Edition n° 32/33 du 8 août 2007

 
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