La sécurité au travail commence en classe
Le risque d'accidents professionnels est nettement plus élevé chez les apprentis que parmi le personnel qualifié. La Suva réagit

Chaque année, sur les 180000 apprentis que compte la Suisse, 60000 d'entre eux sont victimes d'un accident. Dans 38% des cas, l'accident survient sur le lieu de travail. Profitant de la Journée internationale de la jeunesse célébrée le 12 août dernier, la Suva a rappelé aux employeurs qu'elle dispose d'une série d'outils pédagogiques ciblés sur les apprentis. Ces modules visent à augmenter leur sécurité durant leur formation, le risque d'accidents professionnels étant 1,7 fois plus élevé chez les jeunes qu'auprès du personnel qualifié exerçant le même métier. Faut-il dès lors en déduire que l'aspect sécuritaire est négligé durant l'apprentissage? «Non!», répond catégoriquement Nicole Demierre Rossier, chargée des relations publiques à la Suva, qui explique cet état de fait par d'autres raisons. «Il y a d'abord la fougue de la jeunesse et une connaissance moins large, par manque d'expérience professionnelle, des contraintes et des risques liés à la nouvelle place de travail.»

Supports en nombre
La timidité peut aussi desservir les jeunes. «A 15 ou 16 ans, on se gêne parfois de poser des questions.» De leur côté, les «anciens» n'ont plus nécessairement conscience des difficultés que représentent certaines tâches pour des personnes qui ne les ont jamais exécutées. «Ils risquent alors d'omettre certaines explications, les choses allant de soi pour eux.» Quoi qu'il en soit, la Suva souhaite que la sécurité au travail soit déjà systématiquement abordée durant la formation et met à disposition des intéressés 150 listes de contrôles et modules d'apprentissage. Des thèmes généraux comme l'ergonomie, les substances engendrant de la dépendance ou les équipements de protection y sont traités. A cette offre s'ajoute de la documentation relative à l'utilisation d'outils dangereux comme les scies circulaires de chantier, les presses... Autant de supports propres à contribuer à une sécurité accrue sur le lieu de travail, en transitant par les salles de classes.

Sonya Mermoud



Apprenti, défendez vos droits !

De son côté, l'Union syndicale suisse (USS) juge utile la campagne de prévention de la Suva. L'USS craint toutefois que le risque d'accident auprès des apprentis n'augmente encore si le Conseil fédéral n'atténue pas, en proposant une ordonnance efficace, les effets de l'abaissement de l'âge de la protection des jeunes travailleurs adopté par la majorité de droite au Parlement fédéral. Dans tous les cas, l'USS estime capital que les apprentis fassent valoir leurs droits. Encore faut-il qu'ils les connaissent. Dans ce contexte, la Commission de jeunesse du syndicat vient de mettre à jour son guide «Je défends mes droits - jeune apprenti-e, tes droits de A à Z», un manuel qui aujourd'hui existe aussi en italien.
«Avec leur outils, la Suva et l'USS sont plus utiles aux jeunes pour leur avenir que la discussion, dénuée de toute crédibilité et purement électoraliste lancée sur la "violence des jeunes" par d'aucuns, notamment dans le but de punir encore ces derniers», a déclaré l'USS, rappelant la pénurie de places d'apprentissages et d'emplois après la formation à laquelle sont confrontés de puis des années les jeunes. Et de préciser encore : «Ces derniers sont ceux qui profitent le moins de la reprise économique. Le chômage est en baisse dans toutes les catégories de personnes, même les plus de 50 ans, alors que ce n'est pas le cas pour les 15 à 24 ans.»

SM

 

Edition n° 34 du 22 août 2007

 
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