Ratatouille - Brad Bird

Persépolis (Cf ES no 34 - 22.08.07), pour de très jeunes enfants ? Non ! Ratatouille, à condition de ne pas les prendre au berceau ? Oui. Mais ce film s'adresse aussi aux adultes qui seront sensibles à ses qualités formelles, à son rythme, à son humour, à ses gags à plusieurs par scène et souvent un nouveau par plan. Les qualités de formes, la beauté des images, l'élégance des couleurs, la fluidité du rythme signalées et admises sans démonstration autre que d'aller y voir, on va parler un peu d'autre chose.

Goûtez une pâte de fruit brésilienne assez ferme, presque fondante avec lenteur : un délice. Mordez dans un fromage bien salé du Jura ou de Gruyère : un plaisir. Et puis, un peu surpris, accomplissez les deux dégustations en même temps. Un mariage sublime, totalement inattendu ! Cette récente expérience personnelle pourrait très bien avoir été concoctée par Rémy le nouveau chef de Ratatouille.

Rémy est donc un rat qui rêve de devenir aussi grand cuisinier qu'Auguste Gusteau, récemment décédé après avoir été malmené par Anton Ego, injuste critique gastronomique. Il adopte la méthode décrite au paragraphe précédent pour convaincre ses proches du bien-fondé de son amour pour la cuisine. En vain ! Django, son père, lui rappelle que le clan des rats vit de rapine. Son frère Emile avale tout et n'importe quoi. Avec la complicité d'un commis de cuisine, Linguini, chargé de vaisselle et de nettoyage, sous les yeux de la seule femme, Colette, membre de la brigade du chef de cuisine, Skinner, qui, lui, rêve d'une carrière dans le surgelé, Rémy va reconquérir une étoile pour le grand restaurant parisien « Chez Gusteau » ».

Il y a donc vraiment une histoire, un couple d'amoureux touchants, un bel éloge de la grande cuisine française (Contrôles techniques effectués par des grands chefs français - avec quels sponsors ?). Une bonne partie du film se déroule dans un Paris dont on reconnaît des monuments, et l'ambiance. Mais la reconstitution ne court pas après le réalisme ; elle se laisse glisser vers la poésie. Ose-t-on parler de « réalisme poétique » ?

Les rats et les hommes coexistent pour réussir une sublime ratatouille. Les premiers sont venus avec efficacité au secours des seconds pour confectionner le plat du titre. Mais pour une fois, la convention qui permet aux animaux de parler comme les hommes et avec eux n'est pas de mise. Petites bêtes et grands bétas ne se comprennent pas. Certes, les rats entre eux communiquent. Rémy se laisse aller à des confidences en voix intérieure. Il fallait trouver une astuce pour que l'inventeur Rémy transmette les bons ordres à la brigade. Et c'est pourquoi Remy s'installe sous la toque de Linguini et manipule des commandes qui transmettent des ordres précis et efficaces, les touffes de cheveux du jeune homme.

De l'humour, de la poésie, de l'émotion, l'amour de la grande cuisine, la beauté de Paris : que d'éléments positifs dans cet excellent divertissement.

Freddy Landry




 

Edition n° 34 du 22 août 2007

 
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