Tous soumis à la CCT Coop !
Les employées et employés de Carrefour, qui sera racheté par Coop, auront enfin droit à une convention collective

La bataille pour la conquête des parts de marché dans le commerce de détail suisse se poursuit. Mais Carrefour se retire du jeu, en vendant ses 12 magasins à Coop. La coopérative annonce que tout le personnel de Carrefour sera repris et toutes les enseignes maintenues. Une nouvelle pas si mauvaise sachant que les casseurs de prix et de conditions de travail Aldi et Lidl sont aux aguets.

Quand le N° 2 du commerce de détail suisse rachète les enseignes helvétiques du N° 2 mondial, cela crée l'émoi dans le pays. La semaine dernière, Coop annonçait qu'elle rachetait les 12 magasins de Carrefour en Suisse, aux mains aujourd'hui du groupe Maus, propriétaire de Manor, et de Carrefour France. Cinq de ces enseignes se trouvent en Suisse romande, à Bienne, La Chaux-de-Fonds, Conthey, Villars-sur-Glâne et Vernier, une à Viège dans le Haut-Valais, deux au Tessin et le reste en Suisse alémanique. Carrefour y occupe 2200 employés. La transaction sera effective une fois donné le feu vert de la Commission de la concurrence (Comco), qui est encore en train de plancher sur le rachat de Fust par Coop et de Denner par Migros... La décision de la Comco pour Carrefour est attendue au plus tard pour février 2008.

Convention collective pour tous
Après le rachat, les douze enseignes Carrefour deviendront des hypermarchés Coop, permettant à cette dernière de doubler le nombre de ses très grandes surfaces, de plus de 4200 m2. Mais qu'adviendra-t-il du personnel? «La direction de Coop s'est engagée à reprendre tout le personnel de Carrefour, à continuer à exploiter les mêmes surfaces de vente, y compris celles qui, comme à La Chaux-de-Fonds, sont proches de la Coop, et à soumettre les employés à la CCT Coop, ce qui est, pour les salariés concernés, un avantage. De notre côté, nous demandons que les droits acquis au niveau des salaires soient maintenus.» Catherine Laubscher, responsable Unia pour le commerce de détail, se réjouit du fait que les employés de Carrefour bénéficieront enfin d'une convention collective de travail. Car le syndicat avait tenté, en vain, de négocier une telle CCT avec Carrefour. «Maus, propriétaire de la moitié de Carrefour Suisse, avait mis son veto, empêchant que Carrefour signe une CCT avec nous, alors que les Français, qui ont une certaine expérience du partenariat social, y étaient assez ouverts.» Le syndicat, indique-t-elle, a uniquement pu mener des négociations sur les salaires, avec des améliorations à la clé. Les salaires minimaux ont ainsi été relevés et sont aujourd'hui de quelque 100 francs plus hauts que ceux de Coop, et les contrats avec des salaires horaires ont été transformés en contrats avec salaires mensuels.
Avec la CCT Coop, les employés de Carrefour bénéficieront d'améliorations au niveau de la durée du travail, des vacances, du perfectionnement professionnel, de la prévoyance vieillesse et auront la possibilité de prendre une retraite anticipée.

L'exception genevoise
Si le rachat par Coop, une entreprise conventionnée, est préférable à un rachat par Aldi ou Lidl, le syndicat reste vigilant. En particulier au bout du Léman où Carrefour fait figure d'exception puisque le magasin de Vernier est le seul des 12 enseignes Carrefour à avoir signé une convention collective. En l'occurrence, la CCT «non food», la CCT genevoise du commerce non alimentaire, meilleure que celle de Coop sur certains aspects et moins bonne sur d'autres. «Nous étudierons cela de près», note Jamshid Pouranpir, secrétaire en charge du dossier à Unia Genève, qui dit cependant son inquiétude face à cette opération de rachat. «Je suis mitigé, la concentration des commerces n'est pas toujours bonne pour l'emploi. A Genève, EPA a disparu de la circulation après le rachat par Coop, une quarantaine d'employés avaient été licenciés. Mais en même temps, comme Carrefour était à vendre, il valait mieux que ce soit Coop qui rachète plutôt qu'un hard discounter. Je ne suis cependant pas rassuré par les déclarations du directeur de Coop sur le fait qu'il n'y aura pas de suppressions d'emplois.»
Pour l'heure, c'est l'attente qui prévaut. Et Unia prépare déjà la suite, comptant sur un fort taux de syndicalisation chez Carrefour (300 syndiqués sur 2200 employés) qui peut aller jusqu'à 40% dans certaines enseignes. Une fois la décision de la Comco tombée pour le rachat de Fust, le syndicat reviendra aussi à la charge pour que les employés de Fust et d'Interdiscount, ce dernier déjà propriété de Coop, soient également soumis à la CCT Coop ou à une CCT encore à négocier. Quant à ceux des magasins franchisés Coop Pronto, non soumis à la CCT, un grand travail syndical reste à faire...

Sylviane Herranz



Appétits réfrénés?

Si Carrefour, N° 1 du commerce de détail en Europe et N° 2 dans le monde n'est pas resté en Suisse, c'est qu'il aurait voulu, selon sa nouvelle stratégie mise en œuvre à l'échelle mondiale, devenir le premier ou le deuxième détaillant du pays. Avec 1,1% du marché contre 17,8% pour Migros, 15,4% pour Coop, 3,2% pour Manor et 3% pour la chaîne Volg, cet objectif était loin d'être atteint.
Carrefour était présent en Suisse jusqu'en 1991, moment où il a vendu ses deux magasins de Romanel et de Bienne à Migros. C'est en 2001 que Carrefour tente une nouvelle entrée sur le marché, en s'associant au groupe Maus et en rachetant les magasins Jumbo. «Carrefour est revenu en Suisse, pays perçu comme magnifique, à fort pouvoir d'achat, en espérant s'y développer. Le fait qu'il se retire est intéressant, c'est un signe pour ceux qui pourraient avoir les mêmes appétits, comme l'enseigne française Casino qui est arrivée par le biais de la reprise de Magro. Le départ de Carrefour montre que les espoirs d'expansion sont difficiles à concrétiser ici», souligne Catherine Laubscher.

SH




 

Edition n° 35 du 29 août 2007

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page