Onde de choc chez Heniez
Henniez, qui emploie 270 personnes, devient propriété de Nestlé. Stupéfaction et inquiétudes au sein du personnel

Le géant de l'alimentation Nestlé avale Henniez. La multinationale vient en effet de racheter à la famille Rouge, actionnaire majoritaire des sources, 61,66% de la société. Une offre publique d'achat est lancée sur le reste du capital. La transaction, qui s'élève au total à 155 millions de francs, doit encore recevoir l'aval de la Commission de la concurrence. Les employés accusent le choc.

Une eau de plus dans le moulin Nestlé. La multinationale a racheté Henniez à la famille Rouge, détentrice de 61,66% de la société. Les actions ont été cédées au prix de 3000 francs l'une. Le géant alimentaire va lancer une offre publique d'achat portant sur le reste du capital et proposer 5303 francs par action. Un montant équivalent au cours moyen pondéré des 60 derniers jours de Bourse. La transaction, qui s'élève à quelque 155 millions de francs au total, est encore sujette à l'aboutissement des procédures réglementaires. La collaboration d'Henniez - qui commercialise la marque du même nom et Cristalp - avec le groupe Eckes-Granini se poursuivra. La nouvelle de la vente, communiquée le 4 septembre dernier, a créé une véritable onde de choc au sein du personnel, comptant 270 collaborateurs répartis sur trois sites, dans les cantons de Vaud et du Valais.

Un coup sur la tête...
«Si nous savions qu'à moyen terme l'entreprise n'aurait plus les reins assez solides pour faire face à la concurrence, jamais nous n'aurions imaginé que les choses aillent si vite.» Travaillant depuis bientôt 25 ans à Henniez, Pascal Gaschen, président de la commission d'entreprise, témoigne de la stupéfaction générale qui a suivi l'annonce de la vente. «Nous avons été informés le matin même de la conférence de presse, à 7h30, par Nicolas Rouge. Tous ont pris un coup sur la tête.» L'étonnement a été d'autant plus grand que le personnel, trois jours auparavant, effectuait sa traditionnelle sortie annuelle. Une journée sympathique, sans barrière hiérarchique, propice à resserrer les liens entre les collègues. «Rien n'a alors transpercé», affirme Pascal Gaschen qui, accusant le choc, n'en veut pas à l'employeur. «Ils auront au moins essayé. Ils ont fait ce qu'ils ont pu», relève l'employé fidèle faisant allusion aux deux frères Rouge qui, en 2001, ont repris la direction d'Henniez, suite au décès de leur père Edgar. «J'aurais été moins surpris que la vente s'effectue à ce moment-là, au passage du témoin.»

Relativement confiant
Quoi qu'il en soit, la nouvelle a ouvert le champ aux interrogations et inquiétudes. «Chacun a peur pour son emploi. Et agira au mieux pour le garder. Il nous faut maintenant prouver au repreneur qu'il a besoin de nous.» Relativement confiant, Pascal Gaschen précise que le personnel - qui enregistre dans ses rangs plusieurs employés comptabilisant de nombreuses années de service - possède plus d'un atout entre les mains. Savoir-faire, polyvalence et flexibilité en tête de liste. «Nous sommes tous en mesure d'effectuer plusieurs activités différentes. Habitués à changer de routine, nous sommes capables de nous adapter à de nouvelles situations», affirme l'homme qui a travaillé vingt ans dans un laboratoire de préparation avant de s'occuper des fontaines à eau et du service postal. Il mise aussi sur la modernité des infrastructures et estime, dans ce contexte, que la vente ne devrait pas entraîner de trop gros chamboulements. Le président de la commission d'entreprise ignore en revanche si les conditions de travail actuelles seront maintenues. «Nous espérons bénéficier de conditions au moins identiques aux nôtres. Nous ne savons pas quels sont par exemple les barèmes salariaux pratiqués chez Nestlé. Nous n'avons pas de points de comparaison, de repères en la matière.»

«Un moindre mal»
Dans tous les cas, Pascal Gaschen considère la reprise d'Henniez par Nestlé comme un «moindre mal». «C'est un choix nettement préférable à la cession de l'entreprise à une société étrangère ou à un fonds de pension anglo-saxon. Au moins, s'il s'agit d'un gros bateau, il est suisse.» La nouvelle digérée, les employés se réuniront pour discuter de l'avenir. Une séance a déjà été programmée cette semaine. «Notre priorité: maintenir les places de travail et préserver nos acquis.» Dans l'intervalle, Pascal Gaschen et ses collègues poursuivront normalement leurs activités, dans une ambiance qui «est ce qu'elle est». «On ne va pas faire comme si de rien n'était. Mais nous n'allons pas baisser les bras et continuerons à aller de l'avant. Nous sommes fiers de notre travail.»

Sonya Mermoud



Henniez, une goutte d'eau dans l'océan Nestlé

Rien ne semble pouvoir étancher la soif du numéro un mondial de l'alimentation. Avec sa division eau, Nestlé Waters, le géant de Vevey est déjà leader mondial dans ce secteur. Cette division gère en effet 72 marques d'eau embouteillées sur 105 sites. Elle exerce son activité dans 130 pays, compte 27600 salariés et a réalisé, en 2004, un chiffre d'affaires de 8 milliards de francs (sources: site Internet du groupe). En rachetant Henniez - qui a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 152 millions de francs - Carlo Donati, le directeur de Nestlé Waters, a affirmé vouloir renforcer les activités du groupe en Suisse. «Henniez nous apporte un outil industriel moderne, adapté aux évolutions des besoins des consommateurs, ainsi qu'une force de distribution et de prestigieuses marques locales complétant idéalement notre portefeuille de marques internationales. De son côté, Nicolas Rouge, administrateur délégué des Sources minérales Henniez, a déclaré: «Cette transaction assure la pérennité des traditions de l'entreprise et de la marque Henniez.» Alors Henniez, sauvé des eaux? L'opération aura dans tous les cas été dictée par un marché très concurrentiel où se sont multipliées les marques et une forte concentration dans le secteur de la distribution: trois grandes chaînes se répartissent les 85% des ventes. Rien d'étonnant dans un tel contexte que l'entreprise familiale, pourtant si fière de son indépendance, ait peiné ces derniers temps à se maintenir à flot...
Quant à Nestlé Waters, basé à Gland dans le canton de Vaud, il commercialise déjà les eaux San Pellegrino, Vittel, Contrex, Acqua Panna et Perrier. Son chiffre d'affaires s'est élevé en 2006 à 77 millions de francs. A l'issue de l'intégration d'Henniez dans son giron, la société détiendra un peu moins de 25% des parts du marché helvétique dans son domaine. Un secteur florissant, la consommation d'eau embouteillée en Suisse s'élevant annuellement à 127 litres par habitant, au-dessus de la moyenne européenne, et affichant une croissance de 1 à 2% par année.

SM



Vigilance de rigueur

Unia s'est aussi dit surpris par la rapidité de la transaction. «Bien sûr, on se méfiait. On avait conscience des difficultés auxquelles se heurtait l'entreprise familiale comptant une seule marque phare, avec l'ouverture des frontières, sur un marché à forte concurrence, et face à des géants disposant d'une large gamme de produits. Mais nous ne pensions pas que ça irait si vite», note Patrick Gander, secrétaire d'Unia à Yverdon. Quelles incidences aura cette vente sur les emplois? S'il est trop tôt pour se prononcer, le syndicaliste se montre plutôt optimiste. «Henniez passe aux mains de Nestlé Waters Suisse. Cette filiale de Nestlé a quand même pour mission de vendre de l'eau! La source est ici et Henniez est numéro un dans nos frontières. L'ensemble des postes des sites de production devraient être maintenus.» Patrick Gander relève aussi la modernité des infrastructures et le savoir-faire du personnel, propres à jouer en faveur de la préservation des places de travail. «De nombreux investissements ont été faits dans l'achat de nouvelles machines. L'entreprise est au top en la matière. Et avec encore des possibilités de développements.» Les conditions de travail resteront-elles identiques à celles d'aujourd'hui? «Nicolas Rouge a précisé que la Convention collective de travail (CCT) était appliquée depuis 30 ans chez Henniez. Nous venons de confirmer sa reconduite pour l'année prochaine. Ne serait-ce que pour préserver l'image de la marque, Nestlé ne devrait pas la dénoncer. Dans tous les cas, nous restons sur nos gardes et veillerons à ce que les acquis sociaux soient préservés.»

SM





 

Edition n° 37/38 du 12 septembre 2007

 
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