Afrique du Sud: un à zéro pour des ouvriers du bâtiment
Au terme de deux jours de grève, des centaines d'ouvriers ont obtenu gain de cause

Initiée en janvier dernier à l'occasion du Forum social mondial à Nairobi, au Kenya, la campagne «un travail décent pour un vie décente» vient de remporter deux importantes victoires. La première en Afrique du Sud, où des ouvriers œuvrant à la construction d'un stade de football en vue de la Coupe du Monde de football 2010 ont obtenu un meilleur salaire; la seconde auprès de la Fifa à Zurich qui s'est engagée à rencontrer des représentants des syndicats sud-africains.

Consacrer jusqu'à un quart de son salaire pour se rendre sur son lieu de travail: un sacrifice que ne pouvaient plus assumer des centaines d'ouvriers travaillant à la construction d'un nouveau stade de football dans la ville du Cap, en Afrique du Sud. Une ponction d'autant plus lourde dans le budget que les revenus sont déjà modestes: ces derniers oscillent dans ce secteur entre 1600 et 2500 rands, soit 266 à 410 francs suisses par mois environ. Demandant à l'employeur la prise en charge des frais de transport, les travailleurs ont appuyé leurs revendications en se mettant en grève les 27 et 28 août derniers. Ce débrayage spontané a été suivi par l'ensemble des effectifs (800 selon l'agence de presse Sapa). Il s'est soldé par des négociations avec les syndicats qui ont obtenu non seulement la gratuité des déplacements pour les ouvriers mais aussi le paiement des deux jours de grève.

Un signal fort
«C'est un véritable succès», s'enthousiasme Joachim Merz, de l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière (Oseo). Coordinateur en Suisse de la campagne «un travail décent pour une vie décente» - soutenue par le PS, l'Union syndicale suisse (USS) et Unia - l'homme relève qu'il s'agit de la première grève mise sur pied dans le cadre des préparatifs du Mondial 2010. Et souligne le caractère «extraordinaire» de l'événement et de sa tournure. «Tous - y compris les travailleurs qualifiés - ont suivi le mouvement. Leur victoire est très importante pour notre campagne. Elle donne un signal fort», renchérit Joachim Merz tout en précisant le rôle de l'Oseo dans le processus. «Nous aidons financièrement nos relais sur le terrain, des ONG et syndicats locaux impliqués dans la campagne.»

Instance payante
De leurs côtés, l'USS et Unia ont écrit à la Fifa pour la sensibiliser à la situation des ouvriers sud-africains et l'inciter à se montrer solidaire avec ces derniers, en se positionnant clairement pour la défense et le respect de leurs conditions de travail. «Elle peut notamment agir en promouvant dans ses campagnes publicitaires la responsabilité sociale du football mondial.» Si les syndicats ont dans un premier temps été éconduits, ils sont revenus à la charge. Insistance payante. Dans un courrier du 23 juillet dernier, Joseph S. Blatter, président de la Fifa, a accepté de rencontrer des représentants de syndicats sud-africains - la visite est programmée au début de l'année prochaine - et de prendre connaissance d'un mémorandum, précisant les attentes des membres de la campagne. Des desiderata qui portent notamment sur la défense de conditions de travail dignes et équitables, le respect de la sécurité et de la santé des ouvriers et la possibilité pour les syndicalistes d'intervenir. «Plusieurs d'entre eux nous ont fait part de leurs difficultés d'accéder aux chantiers.» La question de la sous-traitance et des droits des migrants, encore plus vulnérables que les travailleurs locaux, figure aussi au cœur des préoccupations. «Cette main-d'œuvre provient essentiellement du Mozambique et du Zimbabwe. Mieux payée que chez elle, elle gagne néanmoins moins que les travailleurs indigènes.»

Une chance pour l'avenir
Si la Fifa ne peut se substituer aux autorités locales et agir juridiquement, elle bénéficie d'un poids politique et éthique et peut appuyer les requêtes des partisans de la campagne. Elle a la possibilité de jouer de son influence sur la Fédération sud-africaine de football et ses partenaires, la Fifa Loc. Cette dernière est signataire du mémorandum avec des syndicats de la construction et une fédération de patrons, point très positif, précise Joachim Merz. Elle s'est engagée à observer à quelle sauce seront mangés les ouvriers travaillant à la construction ou la rénovation des infrastructures nécessaires à la compétition (dix stades). «Elle a promis de promouvoir la thématique auprès des constructeurs et de procéder à des inspections régulières. Elle a le mandat de veiller au respect des droits fondamentaux des travailleurs et des lois», déclare le collaborateur de l'Oseo, précisant encore que la campagne «un travail décent pour une vie décente» plaide aussi en faveur d'améliorations au-delà de la date de rencontre. «Tous les ouvriers devraient bénéficier d'une formation professionnelle. Un projet sur le long terme comme celui-ci le permet. Au final, il doit déboucher sur une qualité rehaussée du travail et de meilleures perspectives pour les employés.»

Sonya Mermoud

 

Edition n° 37/38 du 12 septembre 2007

 
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