Je suis une migrante !
Militante syndicale colombienne, Luz Marina Jaramillo est active aujourd'hui au sein d'Unia, pour la défense des migrants

«Lorsque l'on quitte son pays, on ne sait pas tout ce que l'on perd. Ici, tout semble magnifique, puis vient la fatigue, les maladies, le corps réagit.» Luz Marina Jaramillo a quitté la Colombie en 2001, avec son époux et ses deux enfants, alors âgés de 7 et 13 ans.
Elle se bat aujourd'hui au sein d'Unia. En Colombie, elle a travaillé durant 13 ans comme secrétaire médicale dans un hôpital pour les travailleurs de l'Etat, employés dans des entreprises s'occupant de l'eau, du gaz, de la téléphonie, de la santé. Sur les 6000 salariés de ces entreprises, 3000 étaient syndiqués. Militante syndicale, elle représentait les travailleurs dans le comité santé et sécurité industrielle. Et s'est battue, avec ses collègues et son mari, permanent du syndicat, pour que l'association des employés rejoigne le syndicat ouvrier. Une bataille gagnée qui a permis, grâce à un syndicat fort, d'imposer des améliorations au niveau des prestations sociales, mais également de la formation. Les travailleurs ont ainsi obtenu que l'employeur leur paie des cours à l'Université. Luz Marina y suivra une formation en développement familial, liée à la psychologie familiale.
Son exil a été dicté par les menaces pesant sur son mari, professeur universitaire, qui militait aussi au sein de l'une des plus importantes ONG de Colombie, l'Institut populaire de formation (IPC). «Nous avons vécu dans une situation dangereuse. En Colombie, lorsque l'on travaille pour les droits de l'homme, on devient une cible pour les organismes de sécurité de l'Etat et les paramilitaires. Ils avaient pris en otages des camarades de l'IPC, qui ont pu être libérés grâce à une campagne internationale. Mais beaucoup ont dû fuir, comme nous», raconte-t-elle.

Syndicat et intégration
«Lorsque je suis arrivée en Suisse, je me suis sentie seule, et j'ai éprouvé le besoin d'avoir une protection au niveau social, c'est pour cela que je suis allée au syndicat», explique Luz Marina, qui a connu Unia par la télévision. En effet, tous les soirs à 19h30, la famille regardait le téléjournal, afin d'exercer leur français. Vivant à Montreux, où elle travaille actuellement à temps partiel dans le domaine de la réflexologie, l'autre partie de son temps étant consacrée à ses deux enfants, elle adhère à la section de Vevey d'Unia. «En venant au syndicat, j'ai aussi pensé que cela m'aiderait à connaître de l'intérieur les systèmes politique et juridique suisses, et que ce serait une aide pour l'intégration. J'y ai trouvé une bonne ambiance, beaucoup de nationalités se côtoient, les gens sont très ouverts et très sensibles.»
C'est là que Luz Marina s'associe tout naturellement au groupe des migrants d'Unia Vaud, qu'elle représente aujourd'hui au comité central d'Unia. Mais elle est de toutes les luttes du syndicat, comme celle des travailleurs de la construction ou celle contre les inégalités subies par les femmes et les migrants.

Le racisme, une guerre différente
Sa propre vie, tout comme l'étude qu'elle a effectuée sur la situation socioculturelle des migrants latino-américains dans le canton de Vaud, la soutiennent dans son engagement. «J'ai constaté trois choses essentielles pour les migrants: le choc culturel, la rupture du projet de vie, et la difficulté d'intégration sociale, due notamment à la non-reconnaissance de notre diplôme». Une non-reconnaissance qu'elle a elle-même connue. Lorsque les migrants se trouvent au chômage, explique-t-elle, le plus important pour l'ORP est qu'ils commencent à travailler le plus vite possible, sans que l'expérience et la formation professionnelle acquises dans le pays d'origine ne soient prises en compte. Et beaucoup de gens leur demandent s'ils n'ont pas déjà trouvé des heures de nettoyage!
«Dans mon pays, il y a la guerre, entre le gouvernement lié aux paramilitaires et les cartels de la drogue, et contre les guérillas et les mouvements sociaux d'opposition. Ici, nous sommes confrontés au racisme, à la xénophobie et à l'exclusion. Pour nous, c'est une guerre différente. A cause de cela, nous développons une grande sensibilité. Les migrants, même après 10, 15 ou 20 ans en Suisse, sont toujours en train de s'adapter.»

Lutter pour la dignité
Avec Unia, Luz Marina a trouvé un lieu où elle peut poursuivre sa lutte pour un monde meilleur. Car malgré l'exil, ses convictions n'ont pas changé. «Avec la volonté de toutes les personnes engagées, nous pouvons continuer à améliorer les conditions de travail et surtout nous battre pour quelque chose d'important: la dignité des travailleurs. Lorsque l'on passe toute sa journée dans un hôpital, une usine, sur les chantiers, il faut avoir des conditions dignes, un salaire décent, et pour les conquérir, il faut agir, tous ensemble!»

Sylviane Herranz

 

Edition n° 37/38 du 12 septembre 2007

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page