La productivité grimpe deux fois plus vite que les salaires en Suisse !
Ce constat choc tiré d'une étude du Crédit Suisse montre que les augmentations revendiquées par Unia sont réalistes et fondées

Le gain de productivité du travail des salariés en Suisse a progressé deux fois plus rapidement que les salaires entre 1999 et 2006. Cet état de fait établi par une étude réalisée le mois dernier par le Crédit Suisse prouve que l'augmentation générale des salaires d'au moins 3 à 4,5% est parfaitement justifiée.

L'économie suisse se porte à merveille. L'horlogerie bat tous les records et l'industrie des machines a par exemple accrû ses exportations de 13,6% le dernier semestre et enregistré une progression de 18% de son chiffre d'affaires. A eux seuls, ces chiffres présentés fin août à Berne par Unia suffisent à démontrer le bien-fondé des revendications du syndicat qui exige une augmentation générale des salaires d'au moins 3 à 4,5%, selon les branches, ainsi qu'un relèvement supplémentaire de 1% destiné à réduire les discriminations salariales dont sont victimes les femmes.

Recul des salaires en 2006!
Mais, cerise sur le gâteau, une étude réalisée le mois dernier par le Crédit Suisse vient confirmer à son tour la parfaite légitimité de ces revendications syndicales. Cette étude montre que le gain de productivité des salariés en Suisse a progressé deux fois plus rapidement que leurs salaires entre 1999 et 2006. Autrement dit, la quantité d'un bien ou d'un service produit par heure de travail a connu une croissance de 8% alors que pendant cette même période, les rémunérations n'ont progressé que de 3,7%.
Plus édifiant encore, l'an dernier, la hausse de productivité a grimpé de 3,05% alors que les salaires réels ont pour leur part reculé de 0,15%! Sauf pour les cadres supérieurs. Leurs rémunérations ont, elles, augmenté en moyenne de 14% en l'espace de deux ans.
Le Crédit Suisse, société qu'on ne saurait soupçonner d'accointance avec le syndicalisme, constate en langage chiffré et feutré ce que beaucoup supputaient. Enoncé plus trivialement, son rapport confirme que l'on travaille toujours plus pour gagner toujours moins au profit d'une minorité qui ne se prive pas de s'approprier l'essentiel des fruits de la croissance.

Nouveau cadeau aux actionnaires
Productivité en forte progression et salaires en régression: la conjonction de ces deux phénomènes a permis à un certain nombre de managers de s'octroyer des dividendes faramineux et aux grands actionnaires d'engranger des bénéfices records dont une partie importante n'est plus, comme autrefois, réinvestie dans le développement de l'économie. De quoi s'attendre à ce que le monde politique s'en offusque, ou du moins s'attache à endiguer cette véritable spoliation des richesses du travail. Vaine attente. Au contraire, la majorité de droite du Conseil national, à l'instigation de l'UDC, a accordé la semaine dernière un nouveau cadeau fiscal aux entreprises, adoptant par 98 voix contre 80 une diminution de 8,5 à 5% de l'imposition des bénéfices des entreprises. Pour mieux mesurer la portée de cette décision, il suffit de se référer à une étude de l'Université de Mannheim, citée par le journal Solidarités, montrant que la Suisse est l'un des pays européens dont la charge fiscale sur le bénéfice des entreprises est aujourd'hui déjà parmi les plus faibles d'Europe: moins de 22% contre 36% en Allemagne, 33% en France et en Italie, 31% en Autriche et 29% en Angleterre.

3,7 milliards perdus
Ce rabais aux relents électoralistes privera la caisse fédérale de 3,7 milliards de francs, un trou que devront forcément combler les contribuables modestes, la classe moyenne et les PME. Il est d'autant plus choquant qu'il intervient six mois après un autre cadeau fiscal accordé aux actionnaires. Le 23 mars en effet, la majorité de droite du Parlement fédéral a décidé d'exonérer d'impôts le 40% des dividendes des actionnaires (possédant au moins 10% du capital de l'entreprise). Cela signifie que les gros actionnaires ne payeront des impôts que sur 60% des revenus qu'ils tirent de leurs actions alors que les vendeuses, les maçons, les mécaniciens, les employés resteront imposés jusqu'au dernier centime de leur salaire. Pour mémoire, cette injustice criante est combattue par un référendum sur lequel le peuple se prononcera en février 2008.
Les cadeaux fiscaux aux actionnaires, les rétributions impériales des top managers et les bénéfices juteux tombent au moment même où certains disent ne pas trouver d'argent pour augmenter les salaires et où d'autres, dans la construction, se permettent de saccager le partenariat social. Les efforts considérables consentis par les salariés de ce pays ont contribué de manière décisive à un doublement de la productivité. Il ne serait pas acceptable qu'ils soient les parents pauvres d'une prospérité qu'ils ont forgée.

Pierre Noverraz



Quel culot!
La productivité bondit, les salaires stagnent, et le patronat crie au loup lorsqu'on revendique une augmentation salariale. Jeudi dernier, la TSR annonçait pour ces prochains mois une hausse de l'ordre de 5% des produits de première nécessité comme le pain et la farine, le café, le chocolat. Les loyers, comme le mazout, vont aussi augmenter.
Sur la dépêche lue sur le site de la TSR, il est aussi question d'une hausse des prix des repas au restaurant de l'ordre de 3%. La faute à qui? Aux salariés de la restauration, nous dit-on, qui toucheront une augmentation de 2% de leur salaire au début 2008. Quel culot! Lorsque l'on sait que les employées et employés de l'hôtellerie et de la restauration sont parmi les plus mal payés de Suisse! Même  chose pour la viande: «L'augmentation des salaires pourrait également se répercuter sur les prix des saucisses de Vienne ou des cervelas», explique un responsable de fiduciaire qui s'occupe d'entreprises spécialisées dans la boucherie. Quel culot encore, lorsque l'on connaît les conditions de travail dans les boucheries industrielles!
L'embellie économique profite de manière scandaleuse aux cadres supérieurs des entreprises, aux directeurs, aux actionnaires. Les inégalités sociales se creusent. Rejeter la responsabilité de la hausse des prix sur les travailleurs et sur leur revendication d'être payés justement pour leur travail est tout simplement d'une arrogance crasse!

SH

 

Edition n° 41/42 du 10 octobre 2007

 
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