4000 grèvistes à Genève... une force considérable !
Succès de la grève à Genève. La quasi-totalité des maçons a arrêté le travail le lundi 15 octobre

6h30, les équipes d'Unia se constituent. Mission? Parcourir la plupart des chantiers genevois pour rappeler à tous les maçons la grève du jour. Au syndicat, un débrayage n'est pas synonyme d'oisiveté. Appuyées par huit secrétaires syndicaux valaisans, les «troupes» genevoises démarrent. Dans l'épaisse brume du matin, le premier grand chantier traversé à Satigny fait figure de ville abandonnée. Les 42 maçons œuvrant à la construction de ce nouveau lotissement de trois immeubles ne sont pas venus ce matin. Sans grande surprise: «J'y suis passé quatre fois ces dernières semaines pour informer les travailleurs», indique Karim Theurillat, secrétaire syndical d'Unia Genève. Préparation payante: cabanes aux volets clos et affiches «chantier en grève» se multiplient dans la campagne genevoise. Il faudra attendre les deux derniers des dix lieux visités par notre équipe pour rencontrer trois ou quatre maçons au travail, expliquant qu'ils ont été menacés par leur hiérarchie. Ailleurs, dans le canton, la situation est similaire: «Seule une dizaine de petits chantiers ont ouvert ce matin sur l'ensemble du territoire», indique Manuel Fazendeiro, responsable de la construction à Unia Genève. La quasi-totalité des ouvriers du gros œuvre est en grève. «Ils ont compris les conséquences de la disparition de la convention collective pour leur vie de famille, leur santé et leur porte-monnaie», observe Karim.

Autorités préoccupées
Au départ de la manifestation, le constat se précise, à l'image du brouillard qui se dissipe: ne pouvant contenir une telle foule, la place des 22-Cantons déborde de toutes parts. Plus de 4000 maçons se sont déplacés pour exprimer leur colère, sur un total de 5000 ouvriers du gros œuvre à Genève. Prévu pour 10 h, le cortège s'ébranle à 9 h 15 déjà, faute de pouvoir contenir plus longtemps ce flot d'énergie. Aux cris de «pas de convention, pas de travail», les travailleurs, portugais pour la plupart, traversent le centre-ville en assourdissant les passants de leurs sifflets. Un détour les mène à la porte du Département de la solidarité et de l'emploi, où une délégation intersyndicale rencontre le conseiller d'Etat François Longchamp, qui se dit très préoccupé par la dénonciation de la convention nationale du gros œuvre: «Il nous a dit que si les conventions collectives devaient tomber, celle de la construction serait la dernière», se félicite Jacques Robert, secrétaire régional d'Unia Genève. Dans l'après-midi, le ministre annoncera que le Gouvernement genevois restreindra l'accès aux marchés publics aux seules entreprises qui respectent le contenu de la convention. Venu apporter son soutien aux grévistes, Rémy Pagani, conseiller administratif de la ville de Genève, chargé des constructions, défendra une position identique.

«Unis, nous allons vaincre!»
Mais le gros de la protestation de rue était encore à venir. Arrivés sur le pont du Mont-Blanc à 10 h 30, axe principal en ville de Genève, les manifestants décident spontanément d'occuper le lieu jusqu'à 13 h. Un minimum, selon les ouvriers rencontrés et déterminés à aller beaucoup plus loin. Si le patronat ne change pas d'avis, ce seront deux jours de grève qui seront organisés en novembre, votent-ils à la quasi-unanimité. Après la distribution de «bons de grève», grâce auxquels les maçons seront indemnisés par les syndicats à hauteur de 120 francs pour la journée, les discours se succèdent à la tribune. «Je suis impressionné. Vous êtes une force considérable, une force à respecter! Unis, nous sommes forts. Unis, nous allons vaincre!», s'est enthousiasmé Andreas Rieger, coprésident d'Unia.

Christophe Koessler

 

Edition n° 43 du 24 octobre 2007

 
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