Un visage, une voix, une vie
Depuis trente ans, Plans-Fixes braque sa caméra sur des personnalités romandes

Spécialisés dans la réalisation de portraits filmés, Plans-Fixes souffle cette année ses trente bougies. Sa collection rassemble à ce jour 234 métrages consacrés à des personnalités romandes des mondes culturel, social et politique. Parmi les dernières créations à son actif, une interview du syndicaliste Gérard Forster, effectuée quelques mois avant son décès, survenu le 4 juin dernier. Projecteur sur une association qui fonde sa philosophie sur un devoir de mémoire.


Ni décor particulier, ni coupure, ni reprise mais un film noir-blanc d'une pièce, tourné sur pellicule 16 mm, avec un seul protagoniste, l'invité: voilà le concept de base de Plans-Fixes qui, en trente ans d'existence, n'a jamais changé de formule. Réalisant des métrages d'une cinquantaine de minutes présentant des personnalités romandes triées sur le volet, l'association contribue à la sauvegarde d'un patrimoine auquel participe le parcours de vie des interviewés. Ceux-ci s'ouvrent à un journaliste de leur choix, qui n'apparaît que quelques minutes à l'écran, au début du film. Cette manière de procéder donne au spectateur le sentiment que l'intervenant s'adresse directement à lui. «C'est toute la force de ces entretiens», relève Michelle Deschenaux, secrétaire générale de Plans-Fixes.

Plus qu'un récit, une réflexion
Proposés par un comité élargi représentant tous les cantons romands, les invités de l'association proviennent des mondes culturel, social et politique. «Nous veillons à promouvoir un panachage régional équilibré. Nous essayons aussi, dans la mesure du possible, de favoriser la parité hommes - femmes.» Les interviewés doivent avoir marqué leur époque par leur regard, qu'ils s'expriment à travers des œuvres, des idées, un engagement humanitaire, militant, etc. «Nous privilégions par ailleurs les personnes ayant une réflexion sur leur démarche. Il ne s'agit pas de faire le récit de sa carrière, mais d'être capable de prendre de la distance, de développer une pensée par rapport à son parcours», explique Michelle Deschenaux précisant que, dans ce contexte, la majorité des interviewés accuse la soixantaine et plus.

D'un seul jet
Les films font l'objet d'un unique tournage, sans intervention technique à leur issue. Pour cette raison, ils nécessitent une bonne préparation préalable. «On ne peut pas revenir en arrière. C'est un peu comme une émission en direct.» A l'heure où le cinéma mise largement sur les décors et les supports auditifs, la structure statique privilégiée par Plans-Fixes ne risque-t-elle pas de générer l'ennui? Michelle Deschenaux répond catégoriquement par la négative. Pour la secrétaire générale de l'association, cette manière de procéder est une sorte de label de la collection, l'atout qui la distingue d'autres documentaires. Sa pertinence dépend toutefois de la qualité de la rencontre. «Si l'entretien est intéressant, on n'a pas besoin de se laisser distraire par des éléments extérieurs. La réussite repose essentiellement sur l'interlocuteur.» Le succès est au rendez-vous comme en témoigne l'invitation reçue par Plans-Fixes pour participer au festival international du cinéma «Visions du réel», à Vevey ou l'association présentera deux de ses portraits réalisés en 2006: ceux de Jean Ziegler, sociologue et d'Alain Tanner, cinéaste.

400 fidèles
Révélant fidèlement «un visage, une voix, une vie», le concept de Plans-Fixes présente aussi l'avantage de conserver durablement les témoignages - les originaux image et son sont déposés au Centre d'archivage de la Cinémathèque suisse. Autre atout, le coût réduit des réalisations, l'association devant, pour chaque nouveau projet, chercher des financements. «Le prix d'un film s'élève à 24000 francs au maximum, mais nous ne disposons pas de soutien régulier.» Quant au public cible, il se constitue essentiellement des 400 membres de l'association, réunissant des particuliers et des institutions dont des municipalités, des bibliothèques, etc. Les intéressés ont la possibilité de louer les films en 16 mm, pour des manifestations privées ou publiques. Ces derniers peuvent aussi les visionner en salles - des projections régulières se déroulent à la Cinémathèque suisse à Lausanne et au CAC Voltaire à Genève - ou acheter les DVD.

Lacune comblée
«Depuis 2003, nous copions tous les films sur ce support, y compris les anciens. Nous avons déjà effectué ce travail pour 94 des 234 tournages que compte la collection.» Une galerie de portraits de renom à laquelle il manquait une figure emblématique du syndicalisme. Avec Gérard Forster, la lacune est comblée. Michelle Deschenaux, qui suit les réalisations de A à Z, confie avoir été impressionnée par le charisme de cet invité, interviewé le 24 janvier dernier par Alain Walther, journaliste à 24 Heures. «C'était un homme avec deux facettes. Celle du combattant qui défendait des causes avec un puissant feu intérieur, mais aussi celle d'un homme très sensible, proche des siens, profondément humain.» Un témoignage à découvrir à Lausanne le 8 novembre prochain (voir encadré) ou sur DVD. Ce support comportant toujours deux récits de vie, ce dernier est enrichi par le portrait de Fernand Cuche, conformément au choix de Gérard Forster, enthousiasmé par l'engagement inconditionnel du paysan rebelle. Un clin d'œil à la fraternité syndicale...

Sonya Mermoud

Informations supplémentaires sur Plans-Fixes: www.plans-fixes.ch ou au 021 617 23 82.



Un rendez-vous à ne pas manquer

La première du film Plans-Fixes consacré à Gérard Forster, syndicaliste, sera présentée:

Le jeudi 8 novembre 2007 à 18h30
Cinémathèque suisse, salle Paderewski, Casino de Montbenon, allée Ernest-Ansermet 3 à Lausanne

L'interlocuteur de Gérard Forster est Alain Walther, journaliste à 24 Heures. Le film a été tourné le 24 janvier 2007 au domicile de l'invité, à Ecublens.

Ont notamment contribué financièrement à cette production d'une cinquantaine de minutes, Unia Vaud et l'Union syndicale de Lausanne et environs.

Le DVD du film, qui comporte aussi le témoignage de Fernand Cuche, pourra être acheté à cette occasion au prix de 40 francs (au lieu de 49 francs).

ENTRÉE LIBRE


 

Edition n° 44 du 31 octobre 2007

 
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