Le deuxième souffle - Alain Corneau

En 1966, Jean-Pierre Melville adapte à l'écran un roman de José Giovanni écrit en 1958 et qui relate des événements se déroulant la même année. En 2006, Alain Corneau part du même texte sans tenir compte du film et l'adapte en conservant 1958 comme année de référence. Hier, le film à sa sortie évoquait presque le présent. Aujourd'hui, le présent du film est un demi-siècle derrière notre présent. Qu'allaient devenir le sens de l'honneur des truands de la fin des années soixante, plus important que tout autre sentiment ? Il fallait choisir une solution contribuant au dépaysement temporel.

Gus sort de prison et retrouve Manouche, propriétaire d'un luxueux établissement fréquenté par les truands. Mais il faut beaucoup d'argent pour s'en aller avec celle qu'il aime et qui l'aime sous d'autres cieux. Il va donc se lancer une ultime fois dans un casse avec trois partenaires, sûr de la réussite. L'attaque à Marseille du fourgon contenant des lingots d'or est parfaitement menée à bien. Mais Gus se fait piéger et dénonce involontairement ses complices. Il ne peut supporter de passer pour une balance. Il va tout faire pour retrouver son honneur. Il y perdra la vie. C'était un truand de grande classe, plaçant la parole donnée au-dessus de tout, mais un tueur tout de même ; d'une époque disparue !

Michel Blanc, Monica Bellucci et quelques autres appartiennent à un panel d'acteurs dans l'ensemble excellents, largement dominés par Jacques Dutronc sombre et émouvant, Daniel Auteuil un peu trop souvent renfrogné. Le deuxième souffle bénéficie d'une excellente distribution porteuse de succès, chose devenue rare dans le cinéma français.

La stylisation intervient par des couleurs saturées, dans les bruns, les ocres, les jaunes mêmes, souvent traversées d'un partie vivement colorée, qui crée ainsi une ambiance visuelle esthétique totalement irréaliste. Des cadrages bizarres, des ralentis qui accentuent le côté chorégraphique de la mise en scène donnent une impression de cinéma asiatique curieuse autant qu'heureuse.

Un exemple permet de caractériser l'intelligence de la mise en scène qui fait appel à la complicité du spectateur. Gus emploie une arme dont la police fera facilement prouver par la balistique qu'elle est la sienne. Pourquoi cela, se demande l'inspecteur Blot ? Gus est tellement sûr de lui qu'il aura quitté la France avec Manouche avant qu'on découvre qui est le propriétaire de l'arme meurtrière. Gus, trop sûr de lui, se sera trompé. Ce tueur qui a le sens aujourd'hui disparu de l'honneur rend la mise en scène intelligente.

Freddy Landry

 

Edition n° 45 du 7 novembre 2007

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page