Nous voulons une solution définitive !
A Genève, un arrêté cantonal remet les conventions collectives en vigueur dans la construction

Jusqu'au 29 février prochain, les mesures de grèves des maçons à Genève sont suspendues. Cette décision intervient suite à la décision du Conseil d'Etat genevois, qui a remis en vigueur sur le territoire du canton la Convention nationale de la construction (CN) et la Convention collective de travail (CCT) locale. I l s'agit d'un accord provisoire, auquel la section cantonale de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) et les syndicats se sont en effet ralliés. Le patronat a été invité par le Conseil d'Etat à respecter l'intégralité des dispositions prévues dans CN et dans la CCT locale. De leur côté, les syndicats Unia, Sit et Syna se sont engagés à respecter la paix du travail jusqu'à l'échéance de l'arrêté cantonal. Rappelons que, depuis le 1er octobre, il n'y a plus de CN dans le secteur. Cette dernière a été dénoncée unilatéralement par les entrepreneurs suite au refus de ses partenaires d'accepter une flexibilisation accrue des horaires de travail. Face aux menaces de sous-enchère salariale et sociale, les travailleurs de la construction se sont mobilisés à plusieurs reprises et dans différentes agglomérations du pays pour tenter de récupérer leur CN. Le 15 octobre dernier dans la ville du bout du lac, plus de 4000 maçons ont fait grève et montré leur détermination à sauvegarder leurs conditions de travail. Ce débrayage et d'autres annoncés pour la mi-novembre ont joué un rôle indéniable dans le processus mis en place à Genève.

Un arrêté fragile
«Nous sommes satisfaits de l'accord trouvé, mais ne le considérons pas comme une victoire définitive», a déclaré Jacques Robert, membre de la direction d'Unia, précisant que le syndicat continuera à se battre pour la signature d'une nouvelle CN. «L'arrêté reste une solution fragile. Nous restons mobilisés.» Valables jusqu'au 29 février, les nouvelles dispositions sont entrées en vigueur le 9 novembre dernier et doivent garantir des conditions de travail, de salaire et de sécurité conformes à celles qui avaient cours avant le vide conventionnel. Ces mesures ont aussi pour but d'assurer une «saine et loyale» concurrence entre les entreprises genevoises, suisses et étrangères opérant dans le canton. Enfin, elles doivent mettre un terme, sur le plan local, au conflit entre les partenaires sociaux et assurer le bon fonctionnement du dialogue dans le secteur. Ayant reçu l'aval des deux parties, cet accord a été conduit sous l'égide de François Longchamp, conseiller d'Etat en charge du département de la solidarité et de l'emploi (DES) et approuvé par le Conseil de surveillance du marché de l'emploi. La conclusion d'une CN dans l'intervalle le rendrait caduc.

Rester prêts...
Si la démarche genevoise est inhabituelle, elle ne surprend pas outre mesure Jacques Robert. «Le conflit dans la construction est lui aussi exceptionnel de par l'agressivité des patrons, la brutalité de leurs moyens de pressions. Dans ce contexte, rien d'étonnant que le politique tente de calmer le jeu.» Cette intervention inspirera-t-elle d'autres cantons? «En Valais et dans le Jura notamment, des velléités de trouver des solutions se sont aussi manifestées. Il peut y avoir d'autres formules similaires à celle adoptée par Genève.» Dans tous les cas, syndicats et travailleurs de la construction ne baissent pas la garde et suivront attentivement l'évolution de la médiation (voir article ci-dessus) demandée par les parties au niveau fédéral. D'ores et déjà, la suppression provisoire des mesures de grèves à Genève - des débrayages avaient été programmés les 15 et 16 novembre - ne signifie pas la fin de la lutte. Les maçons restent mobilisés pour la défense de leurs droits tant nationaux que cantonaux.

Sonya Mermoud

 

Edition n° 46 du 14 novembre 2007

 
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