Laxey Partners fond sur Implenia
Le hedge fund britannique a lancé une offre publique d'achat au rabais sur le constructeur helvétique

La stratégie des fonds d’investissement est claire: acheter des entreprises, les restructurer, les démanteler, pour les revendre et retirer un maximum de bénéfice. Et ce sont les travailleurs qui paient la casse… Laxey tente de renforcer son pouvoir chez Implenia, dont il détient déjà plus de 30% des actions.

Les requins de la finance s’agitent autour d’une de leurs proies. Le 2 novembre dernier, le hedge fund Laxey Partners a lancé une offre publique d’achat (OPA) contre le géant de la construction suisse Implenia. Ce fonds d’investissement britannique, qui détient aussi près du tiers des actions de Swissmetal, et des actions chez Vögele, a déjà augmenté sa participation au capital d’Implenia de 22,9% en mai dernier à 33,4% aujourd’hui. Cette part dépasse ainsi le seuil légal de 33,3%, ce qui rend obligatoire le lancement d’une offre. Le hic, c’est que le prix proposé par Laxey pour les actions qu’il veut acquérir a été fixé au-dessous de leur valeur, soit à 33,23 francs par titre alors que le cours du jour était à 35,70 francs.

La direction d’Implenia, qui tente depuis des mois de ne donner à Laxey que 5% des voix à l’assemblée des actionnaires, dénonce là une offre «prétexte», «déloyale» et sous-évaluée. Mais Laxey n’en a cure. Avec son OPA, ainsi qu’avec une action en justice, le fonds britannique veut obtenir une majorité déterminante des voix au sein de la société. Dans quel but? Prendre le pouvoir et faire un maximum de profit. En démembrant par exemple l’entreprise pour rentabiliser certaines de ses parties et les revendre – Laxey s’intéresse tout particulièrement aux activités de planification d’Implenia, à son parc immobilier et à ses travaux souterrains – ou en revendant la société à un groupe étranger.

La stratégie de Laxey reste obscure. Si son responsable Roger Bühler, par ailleurs membre du conseil d’administration de Swissmetal, prétend qu’il «aime» Implenia et que le fonds n’entend pas revendre la société, un récent rapport d’activité du «Value Catalyst Fund», qui fait partie du groupe Laxey, dit le contraire. Cité par Le Temps du 6 novembre, ce rapport indique qu’«Implenia constitue une cible de rachat de premier choix»…
Or en 2006, dans le cas de Saurer, le constructeur de machines textiles dont il était devenu un an plus tôt le plus gros actionnaire, Laxey avait aussi déclaré qu’il s’engageait à long terme dans la société. Cela quelques jours seulement avant la revente de Saurer à OC Oerlikon qui lui avait permis d’encaisser un pactole: une plus-value de 40%!

Entre contrevérités et offre publique d’achat bidon, quels sont les risques pour les travailleurs d’Implenia, la plus grosse entreprise de construction helvétique, née début 2006 de la fusion de Zschokke et Batigroup? Explications avec Hans Baumann, économiste du syndicat Unia.

Quelles sont les craintes du syndicat face à cette OPA de Laxey Partners contre Implenia?
Laxey est un hedge fund, également actionnaire de Swissmetal, qui n’a aucun intérêt dans les relations sociales en Suisse. Leur objectif est de se concentrer sur l’augmentation des profits. Ils n’ont rien à faire des places de travail. Nous connaissons de nombreux cas où ils ont partagé des entreprises. Chez Implenia par exemple, ils pourraient séparer la société en une entreprise générale, une entreprise de construction et une entreprise immobilière, dans le but d’en augmenter les profits puis de les revendre pour toucher de gros bénéfices. En cas de démantèlement d’Implenia, cela aurait immanquablement de grosses répercussions sur l’emploi.
Nous craignons également une vente à une entreprise étrangère. Nous savons que Laxey a déjà eu des contacts avec le groupe autrichien Strabag. Jusque-là, ce dernier n’a pas été intéressé à acheter Implenia. Mais une vente à un groupe étranger ne serait pas forcément la pire des conséquences, les entreprises étrangères n’étant pas nécessairement les plus dangereuses. Par contre, nous connaissons Strabag pour ses mauvaises relations avec les syndicats...

Implenia ne souhaitait pas aussi s’étendre à l’étranger?
Jusqu’à maintenant, c’est difficile car Implenia est un petit groupe par rapport aux grands groupes européens, même si c’est la plus grande entreprise de construction de Suisse.

Que peut faire le syndicat face à ces manœuvres des fonds financiers?
A court terme, il y a peu de possibilités. Et dans l’immédiat nous avons d’autres priorités avec la résiliation de la Convention nationale. Ce qu’il faut c’est intervenir sur le long terme, sur le plan politique, avec de meilleures mesures contre les hedges funds. Pour notre part, nous demandons plus particulièrement que les travailleurs puissent être consultés dans des cas comme celui-là.

Est-ce que cette OPA pourrait être liée à la dénonciation de la convention?
Je ne pense pas. Laxey n’en a rien à faire de cette situation. Tout ce qui compte pour eux, c’est de faire un profit maximal.

Propos recueillis par Sylviane Herranz

 

Edition n° 46 du 14 novembre 2007

 
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