La santé dans tous ses états
La Croix-Rouge Suisse a réfléchi à différentes mesures propores à promouvoir la santé, appréhendée de façon globale

Une intégration sociale réussie passe par une bonne santé. Inversement, le fait de prendre une part active dans la société se répercute de manière bénéfique sur la forme et le moral. Se basant sur ce postulat, la Croix-Rouge Suisse (CRS) a, le 31 octobre dernier à Berne, organisé une conférence nationale sur les questions de santé, travail et intégration et réfléchi à différentes mesures préventives propres à promouvoir leur interaction positive. Réunissant quelque quatre-vingts participants, cette rencontre a été animée par des intervenants des mondes politique, scientifique et professionnel. Eclairages.

Si le capital santé de chacun diffère, plusieurs facteurs contribuent à son maintien ou à sa dégradation. Parmi ceux-ci, le travail et l'intégration, indissociablement liés à la notion élargie de bien-être physique et mental. Réciproquement, la maladie et les problèmes psychiques entravent les capacités d'insertion professionnelle et sociale des personnes. Dans ce contexte, les questions de santé ne sauraient être abordées sans tenir compte de ces interactions fondamentales. Se référant à différents textes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Dagmar Domenig, responsable du département santé et intégration à la Croix-Rouge Suisse (CRS) a planté le décor de la conférence. Et a rappelé que la santé ne se définissait plus aujourd'hui comme un état statique mais «comme un bien-être subjectif, dynamique et en perpétuelle mutation, évoluant au gré de la situation et du contexte». Sa promotion n'est donc plus cloisonnée au seul secteur sanitaire, mais doit aussi prendre en considération des facteurs environnementaux et, partant, inclure une réduction des inégalités sociales et économiques. «L'égalité en matière de santé est indissociable d'une intégration digne des personnes socialement défavorisées. La marginalisation expose souvent à des risques sanitaires accrus. Les laissés-pour-compte ont ainsi moins de chances de réaliser leur potentiel santé.»

Un job, aussi pour socialiser
Opportunités également compromises en l'absence d'un job. La collaboratrice de la CRS a mis en évidence les avantages que présente l'exercice d'une activité lucrative dans le processus. Outre l'insertion économique, le travail favorise le sentiment d'appartenance à la communauté. «Les contacts qui s'instaurent dans le monde professionnel ouvrent la voie à de nouvelles ressources qui permettent de socialiser dans des sphères plus étendues», a déclaré Dagmar Domenig, déplorant l'expansion du chômage et de la précarité dans des groupes déjà à risques comme les personnes peu formées, les malades et les handicapés, les femmes élevant seules leurs enfants, ainsi que des fractions de populations de migrants et de jeunes.

Formation et équité
Au regard de cette situation, la conférence de la CRS a souligné l'importance de la formation et la nécessité de promouvoir l'équité sur le marché de l'emploi. La présentation de deux projets concrets a illustré la thématique: «Speranza 2000», une association qui intervient auprès d'élèves en difficulté et lutte contre le chômage des jeunes en créant des places d'apprentissage, et «Proper job». Ce projet pilote, orienté vers les emplois domestiques et les services de nettoyage, vise à garantir des conditions de travail dignes au personnel concerné. Si l'exercice d'un métier concourt à une meilleure qualité de vie globale, il n'apporte pas toujours les satisfactions escomptées et peut devenir le terrain d'injustices, d'inégalités de traitement, de mal être, propres à dégrader la santé physique et psychique des employés (voir encadrés).
De son côté, Ruth Genner, ingénieure EPF, conseillère nationale et consultante en promotion de la santé, a analysé la question sous l'angle politique. «Les efforts ne doivent pas se concentrer uniquement sur l'amélioration du système de santé mais toucher aussi d'autres domaines politiques. Il faut également prendre en compte des facteurs comme la prospérité commune, l'égalité des chances et la conservation durable des ressources naturelles.» Se fondant sur une conception holistique de la santé, la présidente sortante des Verts suisses a énuméré les champs d'action politique propres à contribuer à sa promotion: intervention sur les bas revenus, aménagement de structures sociales, promotion de l'encadrement et de l'éducation des enfants, lutte contre le bruit et pour la protection de l'air et déploiement de mesures de prévention (contre le tabagisme, l'alcoolisme, les toxicomanies, créations de centres de conseils en matière de santé, de cliniques dentaires scolaires). Considérant, elle aussi, l'intégration des personnes comme une des clefs du processus, la conseillère nationale a précisé que seul un engagement de tous permet d'atteindre cet objectif. «L'intégration ne découle jamais d'une résolution unilatérale. Elle nécessite une volonté commune de construire ensemble une société, de la transformer et de l'adapter aux nouveaux défis. La tâche première d'un Etat consiste à prendre la relève là où l'individu ou le groupe n'a plus les moyens d'aller de l'avant.»

Sonya Mermoud



Le travail, parfois à double tranchant

Facteur d'intégration et de santé, le travail peut aussi être la cause de maladies diverses: voilà le thème développé par le professeur Eberhard Ulich, membre de l'Institut de la recherche sur le travail et de conseils en organisation, à Zurich. Ce dernier a en effet relevé que nombre de problèmes de santé étaient imputables à de mauvaises conditions de travail. «Marge de manœuvre limitée et faible sollicitation intellectuelle comptent parmi les premiers facteurs pathogènes. D'une manière générale, une organisation des tâches ménageant une place insuffisante aux éléments fondateurs de l'épanouissement personnel peut mettre la santé en péril.» Se basant sur différentes études, le spécialiste a souligné l'importance que revêt l'aménagement du travail - susceptible d'accélérer ou au contraire de ralentir le processus de vieillissement des employés, hors dimension biologique - et la nécessité de l'adapter à l'individu. Eberhard Ulich s'est aussi attardé sur l'indispensable équilibre entre l'effort fourni dans une activité professionnelle et la récompense obtenue. «La concomitance d'un surengagement persistant et d'une récompense perçue comme modeste est génératrice de stress et potentiellement pathogène.» Ce faible retour sur investissement est parfois vécu comme une «crise de gratifications» (ces dernières intègrent la rémunération, l'estime et le contrôle du statut professionnel) non sans dommages sur la santé. «Cette crise peut être à l'origine de maladies cardio-vasculaires ou de l'apparition de facteurs qui y prédisposent, comme l'hypertension artérielle. Un risque accru de dépendance à l'alcool et de dépression a également été mis en évidence.»

SM



Le niveau de qualification, barème de la discrimination

Réalité et sujet tabou à la fois, la discrimination raciale sur le lieu professionnel a fait l'objet d'une enquête menée conjointement par la CRS et l'Hôpital cantonal d'Olten, choisi comme terrain d'études. Cette analyse a révélé que la fréquence des actes discriminatoires dans l'établissement hospitalier variait en fonction du niveau de formation des employés. Peu d'incidents à caractère ouvertement xénophobe ont été dénombrés parmi les collaborateurs qualifiés (service du personnel, administration, médecine, soins). En revanche, des cas ostensibles de racisme ont été dénoncés dans des secteurs n'exigeant pas un niveau de compétences élevé comme dans les domaines du nettoyage, de la cuisine, du transport et de l'assistance aux soins. Les résultats de l'enquête ont débouché sur la rédaction d'un catalogue de mesures propres à barrer la route à ces inégalités de traitement susceptibles d'engendrer, chez leurs victimes, des troubles du sommeil, une anxiété généralisée ou encore une baisse de motivation conduisant fréquemment à des arrêts maladie.

SM






 

Edition n° 46 du 14 novembre 2007

 
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