Films américains à l'affiche

Au cours du quatrième trimestre de 2007, Hollywood aura offert plusieurs films à tout le moins intéressants. Après avoir privilégié dans la page cinéma du 5 décembre un trio de films conduisant de la France et du Maghreb à l'Allemagne et la Turquie en passant par la Corée, nous vous présentons ici 5 films américains intéressants, à découvrir.


Lions et agneaux - Robert Redford, né en 1937
Robert Redford est un grand acteur, un réalisateur assez rare mais souvent remarquable et l'animateur d'une manifestation dédiée au cinéma indépendant à Sundance, qui connaît un tel succès que les «grands» d'Hollywood viennent y faire leur marché annuel.
Redford écrit, dirige, interprète et produit son dernier film à la dimension politique protestataire et anti-Bush assez claire. Un professeur, Redford lui-même, tente de faire comprendre à un étudiant un peu léger l'intérêt qu'il a de devenir plus sérieux dans ses études. Deux de ses anciens étudiants, eux, sérieux, participent en Afghanistan à une opération militaire issue d'une nouvelle doctrine stratégique. Ils perdront la vie en haute montagne dans la neige. Un jeune sénateur républicain brillant tente de faire transmettre cette nouvelle doctrine à ses lecteurs par une journaliste démocrate qui est à tout le moins réticente.
Ces trois rencontres se déroulent le même jour, en un montage imbriqué. La mise en scène est rigoureusement classique. Le mot y prend le dessus, assez souvent, sur le mouvement. Il est bon, parfois, d'écouter un discours généreux.


Michael Clayton - Tony Gilroy, né en 1964
A la production, un trio, Sidney Pollack, Steve Soderbergh, Georges Clooney, pour ce film qui s'inscrit dans la mouvance démocrate, tout de même éloignée du capitalisme républicain des affairistes qui gravitent autour de Bush. A la réalisation et au scénario, Tony Gilroy, scénariste de la série des Bourne. Un doux mélange ou l'impossible union de la carpe et du lapin?
Un cabinet de grands et coûteux avocats défend la firme agroalimentaire U/North, coupable d'intoxication collective, sujet qui rappelle Erin Brockovitch de Steven Soderbergh. Un collaborateur de la firme observe la réalité, craque et prend le parti des victimes. Michael Clayton est chargé de remettre de l'ordre pour le plus grand bénéfice de la firme et la satisfaction de son client. La mort du révolté le fait changer de camp.
On s'attend à un thriller; on entre dans un film d'atmosphère humide et lourde. Une voiture explose en pleine nature devant trois chevaux et introduit un retour dans le passé. On retrouvera la même scène à la fin du film. Rien ne vient vraiment justifier cette construction qui casse le déroulement linéaire temporel de l'histoire.
Sidney Pollack joue un chef d'entreprise puissant. Georges Clooney se sent investi de la mission que se donne son personnage.Tilda Swinton joue les avocates pourries. Michael Clayton est un film d'acteurs.U/North devrait-il être lu U(sa)NorthAmérica ? La platitude de la mise en scène nuit à la portée du film, mais sans détruire la générosité humaniste du propos politique.


American Gangster - Ridley Scott, né en 1937
Des frères anglais, Scott, Ridley et Tony, qui font carrière traditionnelle à Hollywood, Ridley est tout de même le plus intéressant, avec des films comme Les duettistes ( son premier en GB), Alien 4, Blade runner ou encore Gladiator.
Avec American gangster, R.S aborde la mafia des années 70 à New-York, en signant un film impeccablement mis en scène, à la limite de la perfection dans le domaine de la plausibilité de la reconstitution. En ces années-là, la police était souvent corrompue à quelques exceptions près, comme l'inspecteur Ritchie Roberts (Russel Crowe). Différents clans, en particulier dans le trafic de drogue, s'affrontent. Une famille noire dirigée par Frank Lucas (Denzel Washington, d'une subtile élégance) prend le dessus sur les autres, l'italienne en particulier. Frank a su organiser un impeccable trafic depuis l'Asie. Des cercueils de tués à la guerre du Vietnam servent à son transport.
Un «parrain» remplit alors une double fonction de chef d'une mafia organisée et de responsable d'une famille «normale», la sienne. L'impassible Lucas abat tranquillement un adversaire dans la rue, sans provoquer la moindre réaction de son entourage. C'est un luxe trop voyant, sa femme s'affiche avec un manteau de fourrure, qui le desservira.
Des informations écrites à la fin du film affirment l'exactitude historique du récit auquel on vient d'assister. La perfection commerciale de la mise en scène sert mieux le spectacle que le témoignage plausible.


L'homme sans âge - Francis Ford Coppola, né en 1939
Grand parmi les grands cinéastes, Coppola n'a plus réalisé de films depuis une dizaine d'années. Mais sa firme, Zoetrope, a tout de même co-produit des films de sa fille Sofia. Il s'est peut-être occupé aussi de ses vignobles en Californie. La réussite du propriétaire terrien a permis au cinéaste de financer seul le tournage en Roumanie de L'homme sans âge, d'après une nouvelle de Mircea Eliade. Avec une petite équipe, il travaille en toute liberté en numérique HD! Mais il compte sur sa notoriété pour la diffusion internationale.
En 1938, la foudre tombe sur le professeur Dominic Matei (Philip Roth) qui rajeunit et provoque l'intérêt passionné du Pr Stanciulescu (Bruno Ganz). Matei poursuivra ses recherches ésotériques en linguistique, provoquera l'intérêt des nazis puis d'agents américains à la recherche de cerveaux.
On pourrait suivre le film à travers la démarche intellectuelle de Mattei ou faire le lien avec d'autres films de Coppola. On peut aussi décider de suivre le poète qui met en scène un parapluie qui brûle. On le verra au début et à la fin du film comme si tout n'était qu'un rêve à l'instant de mourir. Coppola fait dialoguer le savant rajeuni et son double dans un miroir où le corps en mouvement répond à celui de l'original figé. Un amour de jeunesse, Véronica, se réincarne en Rupini, princesse orientale. La jarretelle d'une belle espionne est marquée d'une discrète croix gammée. Les rêves inversent au propre la réalité qui se retrouve tête en bas. S'imprégner d'une mise en scène et de sa poésie invite à la mise en abîme.


La nuit nous appartient - James Gray, né en 1969
A dix ans, James Gray découvre Apocalypse Now (d'un certain Francis Ford Coppola, voir ci-dessus) et décide de se consacrer au cinéma. La nuit nous appartient n'est que son troisième film, après Little odessa (1994), déjà avec mafia russe, The yards (2000), les deux films déjà centrés sur la famille.
La nuit nous appartient se déroule en 1988, alors que la mafia soviétique étend sa suprématie sur New-York. Bobbie Green (Joaquin Phoenix) inaugure un cabaret qu'il doit gérer. Burt Grusinsky (Robert Duval) participe à la fête de police qui voit son autre fils Joseph (Mark Wahlberg) accéder au poste d'officier qu'il occupe. Joseph sait que les trafiquants russes, qui fréquentent l'établissement de Bobbie, vont importer à New-York une grosse quantité de drogue. Bobbie porte le nom de sa mère, et pas celui de son père d'origine polonaise. Affrontement entre les deux frères, refus initial de Bobbie de devenir auxiliaire de police pour infiltrer la mafia puis mort du père dans une poursuite en voiture sous la pluie provoquent un changement d'attitude de Bobbie, qui aide la police et traque l'assassin de son père. La réconciliation finale entre les deux frères n'a rien à voir avec une «fin heureuse» conformiste.
Le film peut être pris comme l'affrontement entre criminels et policiers. Il conduit à s'interroger sur les méthodes d'infiltration utilisées par la police, à se demander s'il se contente de rendre hommage à la police de New-York qui avait alors pour slogan «la nuit nous appartient».
Mais on ne peut éviter de se laisser submerger par l'immense tristesse qui baigne l'ensemble du film. La mise en scène rend difficile l'histoire d'amour que Bobbie veut vivre avec Amada (Eva Mendès). L'intérêt du cinéaste de déplace vers la tragédie grecque qui traverse un milieu familial en le faisait presque exploser, la mort brutale du père conduisant à modifier les comportements.
La poursuite en voiture sous la pluie avec la fusillade qui conduit à la mort du père, le local où l'on répartit la drogue pure dans des sachets, le briquet qui sert de protection en cas d'échec de l'infiltration, une chasse à l'homme dans de hautes herbes, la surprise de découvrir l'identité du responsable de la mafia russe prennent le dessus sur l'intrigue policière. La beauté de la mise en scène crée l'émotion qui envahit le récit.

Freddy Landry

 

Edition n° 49 du 5 décembre 2007

 
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