Tous pour une seule caisse maladie !
Grosse coalition contre la mainmise des caisses maladie dans le secteur de la santé

Mardi 9 janvier à Lausanne, le comité d'initiative «pour une caisse maladie unique» a lancé sa campagne. Des médecins aux infirmiers, en passant par les physiothérapeutes et les associations défendant les assurés, les patients et les consommateurs, la coalition romande qui milite pour la caisse unique a expliqué devant la presse pourquoi il faudra voter oui le 11 mars prochain.

«La situation actuelle de l'assurance maladie ne peut plus durer. Les coûts à la charge de l'assurance obligatoire de soins ont augmenté de 7,9 milliards de francs entre 1996 et 2005, ce qui représente une augmentation de 63%. Ces 7,9 milliards ont été payés par les assurés. C'est donc une diminution importante de leur pouvoir d'achat que ceux-ci ont subi toutes ces années.» Paroles de Jean Blanchard, secrétaire général du Mouvement populaire des familles, le père de cette initiative pour une caisse unique. Mardi 9 janvier à Lausanne, il a déclaré se réjouir de voir cette initiative soutenue par de plus en plus de monde. Outre un certain nombre de partis et de syndicats - dont Unia et le SEV -, des associations regroupant les assurés, les patients et les prestataires de soins se mobilisent pour une caisse maladie unique et sociale.

Médecins impatients de changer de système...
Charles-Abram Favrod-Coune, président de la Société vaudoise de médecine, est très remonté contre le système de santé actuel. «Nous, médecins, nous vivons sous le diktat des caisses maladie. Elles sont capables de nous dire «t'as fait 52 scanners cette année, tu nous coûtes trop cher, l'année prochaine t'en feras moitié moins». Et oui, c'est la réalité, le partenariat entre médecins et assureurs ne marche pas!» Claude Schmid, membre de l'Association des médecins omnipraticiens vaudois, craint un refus de l'initiative le 11 mars. «Alors le gouvernement et les assureurs feront tous les efforts pour supprimer l'obligation de contracter. En clair, il n'y aura plus de libre choix du médecin. Les caisses maladie deviendront alors toutes-puissantes.» Claude Schmid relève deux raisons qui ont convaincu son association de médecins généralistes à s'engager en faveur de cette initiative. «La caisse unique désamorcerait la logique dangereuse de subordination des médecins à des impératifs économiques, compromettant ainsi la qualité des soins que nous dispensons et elle apporterait une nouvelle dynamique par la promotion de la prévention.»

... et les patients deviennent aussi impatients
«Le système actuel ne satisfait pas les assurés qui en ont assez chaque automne de se prendre la tête pour savoir s'ils ont intérêt ou non à changer de caisse. Même si c'est favorable de changer, l'année suivante la caisse devra se raviser à cause de l'afflux des mauvais risques qui mettent en péril les réserves.» Philippe Nordmann, de l'Association suisse des assurés, est donc plus que sceptique face «à un marché qui n'est pas un marché, le principe de préconiser le changement de caisse pour faire jouer la concurrence est bien, mais les caisses n'aiment pas les mauvais risques. Et quid d'un changement de caisse en cours de traitement? Vous signez un changement de caisse pour le 31 décembre, et voilà que vous tombez malade fin novembre, que vous avez besoin de soins jusqu'en mars, bonjour les complications administratives!»
Jean-François Steiert, vice-président de la Fédération suisse des services aux patients, dénonce le sombre marché de transfert des prestations de base aux prestations complémentaires. «Les grandes caisses maladie, relayées par leurs parlementaires fédéraux et le Département fédéral de l'intérieur, cherchent à réduire par petites tranches les prestations comprises dans le catalogue de base de l'assurance obligatoire. Il faudrait ainsi élaguer 20% des prestations ce qui correspond à un montant de 4 milliards de francs qui devraient désormais être déboursés directement de la poche des personnes malades ou par le biais de coûteuses assurances complémentaires.» Et Jean-François Steiert illustre ses propos par deux exemples. «On a déjà réduit le remboursement d'un certain nombre de psychothérapies et de médecines naturelles.» Enfin, le vice-président de l'Association suisse des patients dénonce l'actuel système de paiement des primes. «La Suisse est le dernier pays de l'Europe occidentale où un milliardaire ne paie pas un sou de plus qu'une vendeuse ou un ouvrier de chantier pour son assurance maladie de base. L'initiative pour une caisse unique a le mérite de proposer un système de primes en fonction des capacités économiques des assurés.»

Alberto Cherubini




Physios et infirmiers descendent aussi dans l'arène

L'Association suisse des infirmières et infirmiers se positionne clairement en faveur de l'initiative. «La caisse unique aurait un impact positif sur les soins infirmiers, en particulier sur ceux prodigués aux patients affectés d'une maladie chronique » a affirmé devant la presse un infirmier furax de constater que les compagnies d'assurance maladie « investissent pour appâter les cotisants en bonne santé et à petits risques». Sylvie Krattinger, responsable de la promotion professionnelle au sein de l'Association suisse de physiothérapie, décrit la situation extrêmement tendue qui prévaut actuellement dans sa profession. «Les physiothérapeutes sont régulièrement confrontés à des demandes de renseignements et de justifications. Ces demandes provoquent des coûts administratifs importants. Par leurs multiples courriers, les assureurs découragent les physios à prendre en charge les patients souffrant de pathologies chroniques.» Sylvie Krattinger s'en prend à Santésuisse qui recommande la suppression de la liberté de contracter. «Les caisses maladie pourront ainsi choisir les physiothérapeutes qu'elles voudront bien rembourser. Cette mesure limitera l'accès aux soins et à leur qualité!»

L'ES




Le Groupe Mutuel annonce déjà une augmentation insignifiante en 2008!
Bizarre, bizarre!


Mardi matin 9 janvier, quelques heures avant les deux conférences de presse qui se sont tenues parallèlement à Lausanne et à Berne pour lancer la campagne pour le oui à la caisse unique, subrepticement, le Groupe Mutuel a annoncé que pour 2008 la moyenne nationale de l'adaptation des primes ne devrait pas excéder le 1%. Dans son communiqué, la compagnie précise que «les contrôles des coûts et des factures opérés par les assureurs maladie et la rigueur qu'ils affichent dans les négociations tarifaires avec les fournisseurs de prestations portent actuellement leurs fruits». Tout soudain, on fait miroiter une maîtrise souveraine des coûts de la santé. Faudrait pas prendre les assurés pour des connards sauvages.

AC




Le problème des réserves

La Fédération romande des consommateurs s'est attaquée durant la conférence de presse du 9 janvier au problème des réserves des caisses maladie et n'a pas hésité d'accuser les assureurs de gestion calamiteuse et de manque de transparence. Extrait du réquisitoire. «Réserves, capital propre et provisions représentent le 40% des primes, soit environ 8 milliards de francs. On peut se demander si les assurances sont en fait des gestionnaires de fortune. Si tel était le cas, la moindre des choses qu'on puisse dire est qu'elles sont particulièrement incompétentes! Cet argent a eu un rendement de seulement 1,9% en moyenne entre 2000 et 2005. En matière de gestion on fait mieux! La Suva, souvent critiquée, affiche un rendement de 5%. Cette gestion calamiteuse fait perdre chaque année environ 300 millions de francs aux assurés. Lorsque la Bourse va mal, les assurés doivent renflouer les réserves, en revanche ils ne profitent jamais d'une embellie. Par ailleurs, l'actuelle loi ne fixe pas de limite supérieure ni pour les réserves ni pour les provisions. Ces deux éléments importants dans le calcul des primes sont laissés à la libre appréciation des conseils d'administrations et répondent uniquement à des intérêts commerciaux. Certaines assurances disposent de plus de 40% de réserves, payées avec les primes des assurés. Ce n'est que l'automne passé que Monsieur Couchepin a reconnu qu'il y a un problème avec le niveau excessif des réserves et a ordonné de corriger le tir... sur trois ans. Une caisse unique n'aurait pas besoin de réserves et de provisions importantes; elles pourraient se limiter à environ 3% ou 4% des dépenses.»

L'ES


 

Edition n° 3 du 17 janvier 2007

 
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