L'amour de la pierre
Les tailleurs de pierre s'engagent pour la préservation de l'authenticité des bâtiments

Les patrons romands des métiers de la pierre alertent les autorités, les bâtiments historiques se dégradent et les rénovations ne sont pas faites dans les règles de l'art. Ils défendent leur savoir-faire et la bonne facture des ouvrages. Un souci partagé par Unia.

«Quoi que l'on fasse, il faut que ce soit accompli dans les règles de l'art!» Telle est la devise des tailleurs de pierre qui œuvrent à la restauration des monuments et bâtiments historiques. En janvier, l'Association romande des métiers de la pierre, qui regroupe 40 employeurs, lançait un cri d'alarme et s'adressait aux autorités communales et cantonales pour les rendre attentives aux dégradations des bâtiments dues à l'eau et à la pollution. La molasse, utilisée dans la plupart des anciennes constructions, a une durée de vie d'environ 100 ans et s'use très rapidement sous les assauts des éléments.
Un autre facteur préoccupe ces artisans: l'emploi de mortier de reconstitution, qui vieillit très mal et se décolore au fil du temps, laissant des cicatrices inesthétiques sur les monuments. «Nous préconisons de corriger les défauts du temps en remplaçant la pierre endommagée par des pièces massives ou en posant des tasseaux (petites pièces de pierre) pour les plus petits dégâts», souligne Pierre Lachat, président de l'Association vaudoise des métiers de la pierre et président, ad interim, de l'association romande. Pour cet artisan vaudois, dont l'entreprise travaille essentiellement à la restauration d'anciens bâtiments, toute la question est de trouver le juste compromis entre plusieurs choix, pour obtenir une bonne qualité avec des fourchettes de prix, car il ne fait aucun doute que le travail manuel d'un tailleur de pierre coûte plus cher que la simple pose d'un mortier, mais le retour sur investissement est bien meilleur avec une méthode traditionnelle.

Entretien et prévention
Pour lui, comme pour les membres de sa corporation, ce n'est pas tant la concurrence d'autres corps de métier qui fonde leur action, mais plutôt la nécessité d'un entretien régulier des bâtiments afin de prévenir les détériorations. Car à trop attendre, les dégâts peuvent être très lourds, dramatiques et fort coûteux. La cathédrale de Lausanne par exemple, faite de molasse, un matériau que l'on trouve en grande quantité sous nos pieds, était déjà en restauration avant que sa construction, qui a duré 100 ans, ne soit terminée...
Outre la préservation de l'authenticité des bâtiments, c'est aussi l'amour du travail bien fait qui est à l'origine du cri d'alarme de ces artisans de la pierre. Ils se sont d'ailleurs dotés d'une Charte de la taille de pierre qui préconise le respect des règles de l'art ancestrales avec des outils appropriés, le recours à de la main-d'œuvre qualifiée, ainsi que la formation de la relève.

De bons outils, de bons matériaux
«On ne peut être que sensible et avaliser le souci des employeurs pour la bonne facture. On dit souvent: un bon ouvrier, s'il veut réaliser un bon ouvrage, doit avoir de bons outils et de bons matériaux. Ce souci ne peut que se reporter sur le plaisir du travailleur de réaliser un bel ouvrage», relève Jean-Marc Cuany, secrétaire syndical Unia à Lausanne où il est responsable de la CCT vaudoise des métiers de la pierre. Le canton de Vaud est le seul canton romand disposant d'une CCT étendue pour cette branche. A Neuchâtel, il existe une CCT des marbriers sculpteurs pour quelques entreprises seulement alors qu'à Genève, les travailleurs de la pierre sont assujettis à la CCT du second œuvre et dans les autres cantons romands à celle du gros œuvre.

Sylviane Herranz



Les métiers de la pierre

Il existe quatre métiers de la pierre: le tailleur de pierre s'occupe plus spécifiquement de la restauration de monuments, de la taille de bassins, fontaines et de toute taille massive pour nouvelles constructions. Le marbrier est plutôt tourné vers l'art funéraire, la réalisation de mobilier d'intérieur, de revêtements de sol et de façades de bâtiments. Le sculpteur de pierre crée et restaure les statues ou les ornements des bâtiments, et l'ouvrier sur pierre façonne avec des machines toutes les pièces destinées aux bâtiments (plans de cuisine, sols, parois, escaliers, etc.)
L'apprentissage, d'une durée de 3 ou 4 ans, aboutit à un CFC spécifique à chaque métier. Actuellement, 23 apprentis suivent l'une ou l'autre de ces formations en Suisse romande et suivent les cours théoriques au Centre d'enseignement professionnel de Morges. Ils bénéficient aussi de cours pratiques (photos ci-contre), donnés dans des locaux de la FVE à Tolochenaz.

SH



 

Edition n° 8 du 21 février 2007

 
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