Migros fait payer la concurrence à son personnel
L'employeur

Migros, un employeur exemplaire? Oui, en matière de démantèlement des conditions de travail! Le premier employeur privé de Suisse a en effet décidé de faire travailler 10% de son personnel deux heures de plus par semaine dès le 1er juillet prochain. Ainsi, les quelque 8000 personnes concernées, soit les employés des centres de distribution, des restaurants, des entreprises industrielles comme Micarna, des centres de loisirs et des Ecoles-clubs, verront leur horaire hebdomadaire passer de 41 à 43 heures. Ce qui représente une hausse de presque 5%. En contrepartie, leurs salaires seront augmentés de 2%.
Cette hausse du temps de travail a fait bondir le syndicat Unia qui la juge inacceptable et demande à Migros de revenir sur sa décision. De son côté, Migros justifie cette mesure en prétextant une concurrence toujours plus forte et le fait que dans certaines de ces branches, la durée du travail y est beaucoup plus longue. Migros parle de 43 heures dans la boucherie et 45 ou 48 heures dans la gastronomie. Des allégations contrées par Unia qui explique que la durée du travail dans l'hôtellerie et la restauration, fixée par la convention collective nationale, est de 42 heures par semaine, sauf pour les petits établissements de moins de quatre employés. Dans l'industrie alimentaire, comme la plupart des entreprises de Nestlé, elle est de 41 heures et chez les boulangers de 42 heures. Quant aux centres de loisirs, le temps de travail se situe en général entre 40 et 42 heures.

Personnel déjà sous pression
«En appliquant l'augmentation du temps de travail qu'elle a prévue, Migros deviendrait ainsi précurseur en matière de dégradation des conditions de travail», s'indigne le syndicat dans un communiqué. «Que Migros fasse travailler plus une partie de ses employés est incompréhensible, poursuit-il. Le groupe a affiché des bénéfices records de plus de 750 millions en 2006. En augmentant le temps de travail, Migros ferait subir aux employés la lutte acharnée sur les prix qui a court dans le commerce de détail. Le personnel Migros est déjà soumis à une forte pression dans son travail, on lui demande toujours plus. Et si Migros est elle-même sous pression et que son chiffre d'affaires 2007 ne devait pas augmenter autant que celui de ses concurrents, elle ne doit pas rejeter ce problème sur ses collaborateurs et collaboratrices.» Unia rappelle que pour le fondateur de Migros, Gottlieb Duttweiler, les salaires, les conditions de travail et le comportement à l'égard des travailleurs et des employés doivent être exemplaires. Or en augmentant le temps de travail, Migros contredit ses propres préceptes.

Absence d'indépendance
«Unia n'aurait jamais accepté cela», relève Anne Rubin, porte-parole du syndicat. Mais le syndicat n'a plus rien à dire depuis qu'il n'est plus partie prenante à la Convention collective nationale de Migros (CCNT). Rappelons que Migros avait à l'époque mis des conditions inacceptables à la poursuite avec Unia du partenariat social. Un partenariat qui existait pourtant depuis longtemps avec la FCTA, syndicat des travailleurs de l'alimentation qui s'est fondu fin 2004 dans Unia. La décision de Migros a été avalisée par les partenaires sociaux actuels du géant orange, la Commission nationale du personnel du groupe Migros, l'Association suisse du personnel de la boucherie (ASPB) et la Société suisse des employés de commerce (SSEC), comme l'y autorise la nouvelle CCNT 2007-2010. «Cela montre clairement le manque d'indépendance de la Commission nationale du personnel, de même que le manque de combativité des deux associations professionnelles, qui ont avalé cette dégradation au nom de la concurrence», ajoute Anne Rubin.

Sylviane Herranz

 

Edition n° 3 du 16 janvier 2008

 
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