Sweeney Todd

Que peut bien être un film dont les décors semblent poétiquement artificiels, où les acteurs chantent seuls ou à plusieurs puis se mettent à parler entre eux, sans chercher à faire rire ou sourire? Ce n'est pas un ballet, ni une comédie musicale. C'est un opéra cinématographique, Sweeney Todd, sixième film né de la complicité amicale entre un cinéaste visionnaire, Tim Burton, et un acteur impulsif, Johnny Depp, muni de rasoirs pour couper les têtes qui se risquent à venir se faire raser dans son antre de barbier.

Sweeney Todd est sorti de la prison où le vilain juge Turpin l'a fait jeter pour quinze ans afin de lui piquer sa femme, qui se suicidera, et sa fille qu'il veut épouser maintenant qu'elle est devenue une belle jeune femme. Todd veut se venger: il installe son échoppe au-dessus de la boulangerie de Mme Lovett qui vend des pâtés immangeables et perd les rares clients qui lui restent. Un peu par hasard, Sweeney égorge Pirelli, un bonimenteur qui risquait de découvrir sa véritable identité. Une chaise basculante lui permet d'expédier les cadavres sans tête dans une sombre cave. Mme Lovett lui rendra le précieux service de passer les morceaux de corps à la moulinette pour en faire la farce de succulents pâtés qui lui vaudront de conquérir une large et fidèle clientèle!

Des décors inquiétants, une musique troublante, la folie d'un personnage qui se venge, un amour perdu, un autre qui naît: il y avait de quoi rendre un vibrant hommage au mélodrame. Les rasoirs deviennent armes redoutables, les têtes giclent en colorant l'écran de sang. Le mélodrame porteur de poésie eut été peut-être plus percutant si le film avait été tourné en noir et blanc! Ce divertissement sanguinolent et chanté surgit de l'imagination en liberté d'un inventif metteur en scène.

Freddy Landry

 

Edition n° 5 du 30 janvier 2008

 
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