Travailler la nuit ou le dimanche dès 16 ans ? C'est non !
Les jeunes travailleurs n'ont déjà plus de protection spécifique après 18 ans. Et le patronat veut davantage de dérogations

Les jeunes ne veulent pas être une main-d'œuvre exploitable à merci. Alors que se préparent de nouvelles dérogations permettant de les faire travailler dès 16 ans la nuit ou le dimanche, les jeunes des syndicats et les jeunesses socialistes et des Verts l'ont clairement réaffirmé mercredi dernier à Berne lors d'une action symbolique.

Ils se sont faits blouser une première fois. Lorsque le Parlement a accepté, en juin 2006, sous la pression du patronat, l'abaissement de l'âge de protection des apprentis et des jeunes travailleurs à 18 ans alors qu'il était fixé, respectivement, à 20 et 19 ans. Et une seconde fois avec la promesse non tenue qu'en échange de cet abaissement, une nouvelle ordonnance, l'OLT 5, leur apporterait davantage de protection. Or cette ordonnance, entrée en vigueur le 1er janvier dernier, ouvre grand la porte au démantèlement des rares mesures qu'elle contient encore. Parmi elles, l'interdiction du travail de nuit et du dimanche pour les jeunes de moins de 18 ans. Une première liste de professions où ces formes de travail sont autorisées dès 16 ans a été dressée. On y trouve notamment les monteurs de voies de chemin de fer, les boulangers et les métiers de la restauration. Aujourd'hui, le patronat veut étendre cette liste à d'autres métiers.
Parce qu'ils ne veulent pas à nouveau faire les frais de la déréglementation, une vingtaine de jeunes de l'USS, d'Unia, du Sev, du Syndicat de la communication, de Comedia, ainsi que des jeunes socialistes et Verts, ont manifesté à la gare de Berne mercredi dernier. Un mur symbolisant la pénibilité du travail de nuit a accueilli au petit matin les voyageurs.

Un but: l'exploitation
En cause, les discussions que mène ces jours le Seco sur de nouvelles exceptions qui, au départ, ne devaient être possibles que pour les métiers où le travail de nuit ou du dimanche est indispensable à la formation. «Le Conseil fédéral nous a fait un coup fourré», relève Jean Christophe Schwaab, responsable de la jeunesse à l'USS. «Il a ajouté à l'ordonnance, après la consultation, que si le travail du dimanche était autorisé dès 16 ans pour les apprentis d'une profession, il le serait aussi pour les jeunes qui ne sont pas en formation. Cela montre bien que le but de ces exceptions n'est pas de former les jeunes mais de les exploiter!»
Ainsi, les patrons de la boulangerie demandent que les jeunes vendeurs de la branche puissent travailler le dimanche. «Les patrons nous disent qu'ils ne vendent pas les mêmes croissants ce jour-là!» s'offusque Jean Christophe Schwaab qui participe aux consultations du Seco. «Avec un apprenti qui tiendrait seul la boutique le dimanche, c'est un sacré bénéfice pour l'entreprise, le supplément salarial étant infime par rapport à un employé normal. Et accepter cela reviendrait aussi à accepter que les jeunes de 16 ans qui ne sont pas en formation puissent travailler le dimanche.»

L'industrie alimentaire dans la ligne de mire
Autre profession dans la ligne de mire des patrons: l'apprentissage en technologie alimentaire. Pour les boulangeries industrielles, c'est avant tout Migros qui pousse à la dérogation. Pourtant, sous l'ancienne législation, le Département fédéral de l'économie avait déjà refusé une telle dérogation à Migros car cette dernière n'avait pas pu démontrer que le travail de nuit était nécessaire à la formation. Pour la boulangerie industrielle, les patrons demandent même que les jeunes puissent travailler 90 nuits dès 16 ans et 100 nuits dès 17 ans. «C'est énorme et inacceptable! Comment un jeune qui travaille deux ou trois nuits par semaine pourra-t-il suivre ses cours professionnels?» s'indigne Jean Christophe Schwaab. L'industrie du lait a également demandé une dérogation et celle de la viande pourrait suivre. Des discussions sont également en cours pour les constructeurs de routes. Le syndicaliste souligne que ces revendications patronales vont à l'encontre de toutes les études qui ont été faites sur la santé et le risque d'accidents chez les jeunes et qui démontrent qu'ils ont besoin de protections supplémentaires.

On ouvre la boîte de pandore
«Si ces dérogations passent, on ouvre la boîte de pandore. Les exceptions à l'interdiction du travail de nuit et du dimanche vont se généraliser. Nous nous y opposerons de toutes nos forces s'il n'est pas démontré qu'elles sont nécessaires à la formation.» Jean Christophe Schwaab dénonce également que ces demandes de dérogation se font avec la complicité de l'Office fédéral de la formation professionnelle. «Ses représentants ne se soucient guère de la qualité de la formation. Ils se plient au désir des patrons, au nom de la création de places d'apprentissage. Pourtant, on sait que les métiers visés sont ceux où il est le plus difficile de trouver des apprentis.»

Sylviane Herranz



Les jeunes doivent être protégés!

«Quand la formation ne l'y oblige pas, nous n'acceptons pas que les jeunes soient employés la nuit ou le dimanche. Dans les apprentissages du commerce de détail, le travail du dimanche n'est pas nécessaire à la formation, ni le travail de nuit dans l'industrie alimentaire. Pour nous, il est important que les jeunes, apprentis ou non, soient protégés, car il s'agit de leur santé, de leur vie sociale, du suivi de l'école professionnelle. Un suivi d'autant plus exigeant pour un jeune qui effectue une maturité professionnelle.»
Elena Obreschkow, secrétaire de la jeunesse Unia.


«Dans les transports publics, seuls les apprentis monteurs de voies sont soumis à une exception, car ce métier est exercé surtout le soir et la nuit. Mais nous nous opposons à l'extension de la liste des exceptions car notre secteur pourrait aussi être touché. Le travail du soir, de nuit et du dimanche est courant dans les entreprises de transports publics. Il y a aussi beaucoup d'apprentis employés de commerce aux CFF. Il est important que les jeunes de ces entreprises soient protégés, car ils peuvent apprendre leur métier le jour et la semaine. De plus, dans les transports publics, l'âge moyen du début de l'apprentissage est de 17-18 ans. Avec la nouvelle loi, il y a donc beaucoup d'apprentis qui ne sont plus protégés. C'est pour cela que nous avons toujours demandé que le travail de nuit et du dimanche soit interdit à tous les apprentis jusqu'à la fin de leur première formation. Mais nous n'avons pas été entendus.»
Jérôme Hayoz, secrétaire de la jeunesse SEV


 

Edition n° 6 du 6 février 2008

 
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