Oui à des heures d'ouverture raisonnables
Jura: le peuple se prononcera sur une loi acceptée par les partenaires sociaux mais combattue par les ultralibéralistes

Le peuple jurassien se prononcera le 24 février prochain sur une loi sur les activités économiques, destinée à harmoniser les heures d'ouverture des commerces du canton. Rangés derrière quelques grands distributeurs, les opposants à cette loi voudraient libéraliser à outrance les horaires d'ouverture. Unia, avec d'autres forces de progrès, se bat pour que cette loi passe la rampe, d'autant plus qu'elle est le fruit d'un compromis entre les partenaires sociaux.

Les Jurassiens sont appelés à se prononcer le 24 février prochain sur la loi sur les activités économiques. Cette loi sert principalement à harmoniser les horaires d'ouverture des commerces. Aujourd'hui en effet, l'aménagement de ces horaires relève de règlements communaux, ce qui crée des inégalités et des disparités. Unia est impliqué dans la réforme depuis le début du projet. Et pour cause, ce dossier concerne en premier lieu le personnel de la vente. Les partisans de la libéralisation, dans le sillage du Centre Coop de Bassecourt, réclamaient plus d'une heure d'ouverture supplémentaire par jour en moyenne ainsi que la levée de la fermeture obligatoire le 26 décembre. Le syndicat s'est fermement opposé à ces exigences démesurées et avait proposé un compromis avec l'Union du commerce de Delémont et Porrentruy. Pivot de la nouvelle loi soumise au vote, ce compromis consiste à n'accepter qu'une seule heure supplémentaire hebdomadaire, le samedi. Il a été accepté par le Parlement jurassien en juin dernier, mais combattu par un référendum lancé par des opposants rangés derrière certains gros distributeurs. «Nous avons accepté cette prolongation après consultation des vendeuses. La grande majorité a considéré que c'était un moindre mal, une manière réaliste d'éviter que le pire leur soit imposé», note Achille Renaud, secrétaire syndical, responsable de ce dossier.

Unia engagé dans le bras de fer
Unia milite activement dans le comité en faveur de la loi dans lequel il a délégué le secrétaire syndical Julien Loichat. «Le rejet de cette loi entraînerait une escalade: chacun voudra ouvrir davantage que son concurrent et il n'y aurait pratiquement plus de limites. Au départ, l'argument des référendaires était qu'ils souhaitent voir les magasins ouverts plus longtemps, souligne-t-il. Sentant que cette position n'était pas appréciée par la majorité de la population, ils se sont ravisés; ils affirment maintenant qu'ils veulent simplement laisser aux communes le soin de décider elles-mêmes des horaires d'ouverture des commerces.»
L'adoption de cette loi est primordiale non seulement pour l'harmonisation des ouvertures des commerces du canton mais aussi et surtout «pour le respect de la vie de famille du personnel de vente, principalement composé de mères de famille», estime le comité de soutien.

Une loi basée sur une longue consultation
Le Parlement jurassien n'est pas majoritairement orienté à gauche. S'il a accepté cette loi, c'est parce que les députés se sont prononcés sur la base d'une consultation prouvant qu'un élargissement trop important des heures d'ouverture ne correspondait ni aux vœux des consommateurs, ni aux intérêts du personnel, ni à ceux de la majorité des commerçants. «Le référendum est un instrument fondamental de la démocratie. Mais dans ce cas, j'observe que les référendaires en ont trahi l'esprit», note Achille Renaud. «Ils avaient tout loisir de faire valoir leurs arguments avant les décisions du Parlement, en mettant à profit la longue période de consultation et de concertation qui les ont précédées. Ils ne l'ont pas fait et ne sont sortis du bois que lorsque tout était déjà ficelé.»
Le dernier mot appartiendra aux urnes. Et la véritable question est celle-ci: veut-on privilégier la course aux profits à tout prix ou préserver une certaine qualité de vie tout en respectant les conditions de travail du personnel de la vente? Poser la question, c'est déjà y répondre.

Pierre Noverraz

 

Edition n° 6 du 6 février 2008

 
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