Euro 2008: les craintes des contrôleurs CFF
De nombreux supporters utiliseront les transports publics, mais les mesures de sécurité prévues ne rassurent pas le personnel

Du 7 au 29 juin se déroulera l'Eurofoot dans notre pays et en Autriche. Durant ces trois semaines, le personnel des transports publics sera mis à forte contribution. Un défi qu'il est prêt à relever - à vrai dire, il n'a pas le choix - mais il demande un bon encadrement policier, car ça risque de chauffer.

Les championnats d'Europe de football requerront un engagement maximal de la part de l'ensemble du personnel des transports publics suisses pendant trois semaines. Les stades où se dérouleront les matches et les écrans géants installés dans les villes attireront les foules. Dans les deux cas, les organisateurs misent sur les transports publics pour le déplacement des supporters et fans de football.

Contrôleurs fâchés
Le personnel des transports publics est déjà au parfum. Il devra renoncer à des jours de congé et effectuer des tours de service plus longs. Si la majorité du personnel accepte, parfois avec enthousiasme, de s'engager au maximum pour cette manifestation, le SEV exige cependant que certaines règles du jeu soient respectées. En effet, les limites d'un engagement extraordinaire sont fixées par les conventions collectives de travail et par la loi sur la durée du travail. Pour l'heure, les CFF semblent avoir ignoré les règles du partenariat social, notamment en ce qui concerne les contrôleurs. Ces derniers se sont vu raboter des jours de congé sans avoir été consultés au niveau de la base. Fâchée par cette politique du fait accompli, la section lémanique SEV des contrôleurs a demandé, ni plus ni moins, l'annulation de la rotation spéciale Euro 2008 et l'application stricte de la convention collective de travail. En outre, les contrôleurs romands se demandent bien comment ils pourront effectuer correctement leur travail, alors qu'ils sont déjà en sous-effectif, face à des foules de supporters pas ou peu coutumiers des gares et trains helvétiques.

Transports urbains
Il n'y a pas qu'aux CFF qu'on se fait du souci pour ces trois semaines d'Euro 2008. Les conducteurs de transports publics urbains des villes qui installeront des écrans géants sont aussi inquiets. Même s'ils auront à faire essentiellement à des habitants de notre pays habitués à nos transports publics, il faut s'attendre à ce que de grandes quantités d'alcool soient consommées. Ajouté à la foule, ce facteur accroît sensiblement les risques de débordement. Aussi le SEV demande l'engagement d'agents supplémentaires pour veiller à la sécurité des voyageurs et du personnel.

L'ES



«... et en plus il faudra sourire!»

Arnaud Lehro travaille aux CFF. Il est contrôleur et vice-président de la section lémanique des contrôleurs qui sont affiliés au SEV. Plus du 90% des contrôleurs CFF romands sont syndiqués. Ces jours-ci, ils n'apprécient pas la façon que les CFF ont de préparer l'Euro 2008. Pour L'Evénement syndical, Arnaud Lehro fait état de leurs griefs, notamment en ce qui concerne la sécurité.

Qu'est-ce qui fait problème avec l'Euro 2008?
Les CFF annoncent 250 trains spéciaux durant les trois semaines que va durer l'Euro 2008. On ne sait pas où ils iront trouver des contrôleurs pour accompagner ces trains supplémentaires qui pourront transporter jusqu'à 700, voire 800 supporters. Déjà qu'il n'y a pas assez de personnel pour accompagner tous les trains inscrits dans l'horaire.

Oui, mais on vous a demandé de reporter vos jours de congé et vos vacances durant cet événement sportif.
Disons, pour être précis, qu'ils ne nous ont rien demandé. Ils ont décidé de supprimer une bonne partie de nos jours de congé et de reporter nos vacances. Nous comprenons que c'est un événement exceptionnel et qu'il faudra nous aussi, comme l'équipe suisse sur le terrain, mouiller notre maillot. Mais nous exigeons des garanties au niveau de la sécurité.

Des garanties?
Nous voulons la présence de la police ferroviaire sur chaque train spécial Euro 2008 pour nous soutenir.

Quel sera votre rythme de travail durant ces championnats d'Europe de football?
La plupart d'entre nous travaillerons 6 jours de suite et nous aurons un jour de congé, puis nous travaillerons 7 jours de suite, un jour de congé, et on recommence avec 6 jours de travail. Nous devrons contrôler les titres de transport de hordes de supporters qui ne parleront pas forcément une langue qu'on connaît. On peut imaginer que certains seront sous l'effet de l'alcool. Si leur équipe favorite a perdu, ils risquent de ne pas être contents. On nous demande de contrôler leurs billets et en plus il faudra sourire! Alors que nous risquons d'être seuls au milieu de 600 à 700 supporters? Non merci. Nous voulons être accompagnés!

Propos recueillis par Alberto Cherubini

 

Edition n° 11 du 12 mars 2008

 
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