Victoire chez BP Services à Genève !
Soutenue par Unia, la lutte du personnel de BP Services à Genève a payé malgré les tentatives d'intimidations policières

Un patron violant allègrement l'application de la CCT et la loi se fait remettre à l'ordre par son personnel et par le syndicat. Sous pression, il signe un protocole d'accord. Mais auparavant, il avait fait appel à la police, qui débarque en masse. Une criminalisation inacceptable pour Unia.

Il n'aura fallu qu'une heure de débrayage et d'action syndicale pour contraindre, vendredi dernier à Genève, un exploitant de trois stations services BP à respecter ses employés en s'engageant à appliquer la loi et la convention collective de la vente.
Alerté par quelques membres du personnel, Unia avait tenté le dialogue, mais les pressions sur les syndiqués et la mauvaise foi de l'employeur l'ont poussé le syndicat à agir rapidement. Car la liste des infractions commises par cet exploitant familial, Zandi Sàrl, est longue: des salaires en-dessous du minimum de la CCT cadre de la vente, un horaire hebdomadaire de 42,5h au lieu de 42h, les différences de caisse à la charge des collaborateurs, des jours de congé modifiés sans respecter les délais légaux, pas de week-ends de libre. De plus, le salaire pour le travail de nuit ou du dimanche n'était pas majoré et il arrivait qu'une personne reste seule à la station de 5h30 le matin à 14h...

Grève et blocage des stations
Vendredi dernier, à 17h, une cinquantaine de manifestants emmenés par Unia bloquaient l'accès aux trois stations essence de l'exploitant, l'une située à Châtelaine et les deux autres au Grand-Saconnex. Voitures, banderolles et drapeaux étaient déployés afin de soutenir le personnel qui avait décidé de débrayer à cette heure-là. Mais 20 minutes plus tard, un déploiement policier sans précédent débarquait, à l'appel du patron. Plusieurs syndicalistes ont été interpellés, l'un d'eux subira trois heures d'interrogatoire au poste, et faillit bien y passer la nuit...
Pendant ce temps, mis sous pression par l'absence de clients à une heure de pointe, l'employeur a accepté de discuter d'un protocole d'accord avec le syndicat, ce qu'il avait toujours refusé jusque-là. Après plusieurs allers et retours entre lui et le syndicat, il appose finalement sa signature sur le protocole. L'action s'est terminée à 18h15, sous les applaudissements du personnel gréviste et de ses sympathisants.


Un mois de dédommagement
Dans ce protocole, l'exploitant s'engage à se mettre en conformité avec la CCT du commerce de détail et avec la loi: respect des salaires minimum, respect scrupuleux de toutes les dispositions de la CCT, horaires de 42h maximum, différences de caisse à la charge de l'employeur, jours de congé fixes, un week-end de libre par mois au minimum, pas plus de 2 heures de travail seul, majoration de 50% pour le travail du dimanche et de 10% en temps pour le travail de nuit. Le patron s'engage aussi à respecter l'affiliation syndicale. Par ailleurs, il paiera, en guise de dédommagement, un mois de salaire par année d'ancienneté à chaque employé victime de la violation de la CCT.

Intimidation policière inquiétante
«L'action syndicale s'est soldée par une réussite totale», se réjouit Jamshid Pouranpir. Mais la victoire est voilée par le déploiement de policiers et de gendarmes. Ils étaient presque autant que les manifestants. «Ce déploiement disproportionné pour protéger les intérêts d'un patron peu recommandable est inquiétant, souligne le syndicaliste. Nous avons mené notre action dans les règles, et la police y répond par un bataillon! Dans le contexte des élections du procureur général à Genève, il y a lieu de rappeler que la criminalisation des actions syndicales et le déploiement d'un dispositif policier est inacceptable. La réponse aux conflits de travail ne trouve pas son épilogue dans la répression policière. Au contraire, la police aurait dû intervenir à chaque violation des droits du personnel, ce qui n'est évidemment pas le cas!»

Sylviane Herranz

 

Edition n° 15 du 9 avril 2008

 
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