Non à la médecine à deux vitesses!
La réforme de l'assurance maladie sur laquelle nous voterons le 1er juin est une dérive favorisant le profit des assureurs

L'article constitutionnel sur l'assurance maladie qui sera soumis au vote du peuple suisse le 1er juin prochain constitue un démantèlement social. Cet article donne aux caisses maladie - qui en sont les principaux inspirateurs - de trop grands pouvoirs. Il supprime le libre choix du médecin et réduit les prestations. L'Union syndicale suisse et les forces progressistes dénoncent cette dérive vers une privatisation de la santé.

Personne en Suisse ne nie la nécessité de réformer l'assurance maladie afin d'en alléger les charges. Mais l'article constitutionnel sur lequel le peuple est invité à voter le 1er juin prochain est loin de s'inscrire dans cette perspective. Sous un emballage prétendument moderne et apparemment inoffensif, on tente en réalité de nous faire avaler une pilule très amère, celle d'une médecine à deux vitesses, axée davantage sur le profit que sur la mission de santé publique. Accepter cet article conduirait à supprimer le libre choix du médecin, à réduire les prestations tout en les rendant plus chères, à couper les vivres aux malades chroniques, à donner les pleins pouvoirs aux caisses maladie.

Hold-up sur la santé
Ce projet consiste également à transférer huit milliards d'argent public des cantons dans les caisses des assureurs, ce qui aurait pour conséquence «d'interdire aux cantons de remplir le mandat qu'ils ont de garantir la prise en charge des soins», s'indigne la Conférence des gouvernements de Suisse occidentale.
Les forces sociales de ce pays, les cantons, les organisations de patients et de médecins s'élèvent contre cette tentative de hold-up privé sur la santé publique. «Il s'agit d'y opposer un non clair et net car il fera évoluer le secteur de la santé dans la direction d'un démantèlement des prestations, d'une toute puissance des caisses et d'une baisse de la qualité, mettant en danger l'assurance obligatoire», argumente Christina Werder, secrétaire centrale à l'Union syndicale suisse, laquelle n'hésite pas à parler de «dangereux projet».
Avec cet article constitutionnel, «tout le pouvoir est aux assurances», tonne Jacqueline Fehr, vice-présidente du Parti socialiste suisse, «les caisses maladie pourront choisir qui peut aller chez tel ou tel médecin ou dans tel ou tel hôpital et quelle thérapie il s'agira de suivre». Celles et ceux qui voudront conserver leur liberté devront conclure une assurance privée complémentaire, «ce qui frappe les patients qui ne sont ni jeunes, ni en bonne santé». Les caisses pourront décider seules des médecins dont elles rembourseront les prestations, ce qui signifie qu'elles donneront forcément la priorité à des thérapeutes dont les coûts sont moindres.

Projet bâclé
Pour l'essentiel, le texte soumis au vote est manifestement l'œuvre de stratèges qui siègent dans les directions des grandes assurances, ou alors de leurs affidés. Jacqueline Fehr a pu le constater dans les travaux de la commission du Conseil national. Elle cite par exemple les interventions de deux professeurs qui ont présenté un modèle de concurrence pure inspiré des Etats-Unis. «Nous avons appris par la suite que ces deux professeurs avaient travaillé sur mandat d'Economiesuisse...»
Le vice-président du PS Suisse, Stéphane Rossini, confirme lui aussi l'intervention pesante du lobby des assureurs privés. «Alors que certains s'emploient à défendre les principes de solidarité, et d'accès à des soins de qualité, d'autres tirent les ficelles, tentent d'acquérir des positions dominantes, s'efforcent de réduire les entraves à de juteux bénéfices.» Le conseiller national souligne que ce projet a été bâclé et ne répond pas à une nécessité. Ce projet est le fruit de «l'arrogance de la droite pour anéantir la solidarité par l'assurance sociale et permettre aux assureurs privés de s'enrichir sur le dos de la population». Plus grave encore, «certains artisans du projet ont basculé dans une logique de mensonge» qui pourrait «tromper le peuple de manière dramatique».
Il n'y a qu'une façon de déjouer cette tentative visant à poser des jalons d'une médecine à deux vitesses: celle de voter non le 1er juin prochain!

Pierre Noverraz



Les assureurs à la pêche aux profits

Il y a de très bonnes raisons de ne pas faire confiance à la politique des caisses maladie et de douter de leur bonne volonté. Le vice-président de la Fédération suisse des patients, le conseiller national Jean-François Steiert, souligne que les assurés subissent au quotidien des décisions et des attitudes qui sont en contradiction avec le rôle que les assureurs devraient assumer. Voici quelques exemples:

1. La pêche aux bons risques

Les services de la fédération ont constaté à de nombreuses reprises «que des lettres d'affiliation de personnes âgées à une nouvelle caisse ont été «perdues», ce qui a empêché des changements de caisses souhaités».

Certaines caisses font le tri en n'admettant que des affiliations par Internet. «Lorsqu'on connaît le taux d'utilisation d'Internet par tranche d'âge, le constat n'est pas très compliqué.»

Certains grands groupes «vont jusqu'à utiliser de l'argent des assurances privées pour subventionner l'affiliation d'assurés jeunes et en bonne santé».

2. Le nombre de non-remboursements abusifs augmente

«Lorsque nous intervenons sur de tels cas, on nous répond qu'il s'agit de «malentendus» sur lesquels on revient sans autre; dans la toute grande majorité des cas, les patients n'ont pas les moyens de voir l'erreur et encore moins de se défendre.»

3. La marge de manœuvre des assureurs est toujours en défaveur des assurés

Dans le cadre de l'assurance maladie obligatoire, les caisses disposent d'une marge de manœuvre leur permettant de tenir compte de la situation des patients en difficulté ou d'accorder des remboursements en cas de doute. Cette marge «est aujourd'hui systématiquement utilisée contre les assurés».

4. Les assurances trompeuses

On constate également de nombreux cas d'«assurances complémentaires ou des assurances inutiles fournies aux assurés contre leur gré, par tromperie».

5. Des propositions inquiétantes

A cela s'ajoutent de la part du lobby des assureurs «les tentatives incessantes pour faire biffer des prestations du catalogue de l'assurance obligatoire» et leur proposition de réduire de 20% les montants versés aux assurés pour des prestations médicales, dans le dessein de rendre les assurances privées plus attractives. Une manière d'arracher la privatisation par tranches.

PN




Le spectre d'un modèle à l'américaine

Le 22 avril, dans 14 villes suisses, le PS convie le public à la projection gratuite de Sicko, le film de Michael Moore portant sur le cauchemar du système de santé américain

Le réalisateur montre à quoi conduit le système de santé américain que les assureurs maladie rêvent d'imiter en Suisse. Ce système est le plus cher du monde pour une efficacité déplorable (37e rang mondial selon l'OMS). Près de 50 millions d'Américains ne sont pas assurés, faute de pouvoir payer les primes demandées. Michael Moore pose sa caméra sur des cas révélateurs, la plupart déchirants. Exemples, un vieillard de 79 ans continue à travailler durement pour pouvoir financer le remboursement de ses médicaments, un homme recoud lui-même sa plaie au genou parce qu'il ne peut pas payer l'opération, un couple perd sa maison en tentant de rembourser leurs soins. La chasse au profit est impitoyable. Des patients âgés, incapables de payer leur hospitalisation, sont littéralement jetés à la rue. Le médecin-conseil d'un assureur privé témoigne au Congrès de sa responsabilité dans la mort d'un patient et avoue qu'elle a été récompensée d'un excellent salaire pour avoir fait économiser 500000 dollars à son employeur pour un seul cas...

En Suisse romande, ce film sera projeté à Genève (Scala 1), Neuchâtel (Apollo 2), Delémont (La Grange) à 20 h ainsi qu'à Lausanne (Flon 4) à 20h30.
Réservez votre entrée gratuite sur: www.privatisation-sante-non.ch.





 

Edition n° 16 du 16 avril 2008

 
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