En classe avec les commissions d'entreprises
Dans la métallurgie, les membres des commissions d'entreprises disposent de 5 jours de cours annuels. Qu'y apprend-on? Reportage

La convention collective de l'industrie des machines stipule que les membres des commissions d'entreprises bénéficient chaque année de congés payés pour leur formation. Ces cours portent sur le rôle de la représentation du personnel et sur tout ce qui touche le monde du travail. L'Evénement a suivi une de ces journées d'étude dans le Jura. Histoire de savoir ce qui s'y passait et ce que les participants en pensaient.

Vendredi matin 11 avril, plus de 40 membres des commissions d'entreprises de la métallurgie et des machines du Jura et du Jura bernois se pressent dans la grande salle du restaurant du Jura, à Bassecourt. Ils représentent le personnel d'une quinzaine d'entreprises, dont notamment Tornos, Schaublin, Swissmetal-Boillat, Wenger, Busch, Lemo. Ils terminent leurs cafés-croissants pour se lancer dans une journée d'étude dont le programme s'annonce très dense. La matinée est consacrée au thème de la lutte contre la sous-enchère salariale et le travail au noir. L'animateur, Denis Loviat, contrôleur du marché du travail au Service jurassien des arts et métiers, s'attache d'abord à poser le cadre, sur fond de libre circulation des personnes et libéralisation du statut des frontaliers. Il passe ensuite aux instruments de contrôle du marché du travail dont il est l'un des protagonistes.

Radiographie du réel
L'attention est soutenue. Les questions fusent. Elles portent surtout sur les salaires et le dumping. Au sens des mesures d'accompagnement, il est indiqué que l'abus est avéré lorsque les salaires sont au-dessous de la moyenne usuelle. Et pour qu'une sanction soit prononcée, il faut que ces abus soient répétés. A combien de reprises? Rien ne le précise. Et comment déterminer la moyenne usuelle? Tout le problème est là. «Nous n'avons pas suffisamment de données précises. La Confédération devrait en principe nous en fournir l'année prochaine. En attendant, on se base souvent sur le calculateur de salaires de l'Union syndicale suisse», note Denis Loviat. Pourquoi ne pas fixer en Suisse un salaire minimal, une sorte de SMIG, comme en France? La question nourrit le débat. «Tous les exemples nous montrent que le salaire minimal, même s'il part d'une bonne intention, finit par devenir la référence pour tirer tous les salaires vers le bas», constate Daniel Heizmann, président de la commission ouvrière de Tornos.

La santé et la sécurité en questions
Le thème de l'après-midi porte sur la sécurité au travail et la protection de la santé dans la métallurgie. L'animateur Dario Mordasini, spécialiste de ces questions à la centrale d'Unia commence par citer les chiffres qui font réfléchir. En Suisse chaque année, on déplore 245000 accidents professionnels, 175 personnes perdent leur vie suite à un accident de travail ou une maladie professionnelle et 1400 restent invalides. Et en marge du terrible coût humain, la facture (directe et indirecte) de ces maladies et accidents s'élève à 15 milliards de francs.
L'animateur tient à discuter avec les participants de ce qu'ils vivent au quotidien, à leur place de travail. Ils sont invités à former des groupes de travail afin d'évaluer, par ordre d'importance, ce qu'ils considèrent être les principaux risques d'accidents et de maladies dans leur entreprise. Parmi 16 critères, les plus cités seront les facteurs d'accidents, la mauvaise organisation du travail, le défaut d'instruction, les pressions, l'inadéquation de l'emploi et les rythmes de travail élevés. Pour Dario Mordasini, ces données «sont l'occasion de voir ce qu'il y a derrière les statistiques». Le but, c'est de sensibiliser davantage les employeurs et les travailleurs. «Les lois sont suffisantes: le vrai problème, c'est de les faire appliquer.»
Les organisateurs de cette journée, les secrétaires Unia Marie-Hélène Thies, Achille Renaud et Jean-Pierre Chapuis, se sont félicités à juste titre de l'intérêt soutenu manifesté par les participants. «Notre but est de répondre aux véritables préoccupations des membres des commissions et je crois que nous y sommes parvenus», résume ce dernier.

Pierre Noverraz



Ce qu'ils en pensent

Que penser de cette formation et que doit être le rôle des commissions? La question a été posée à quelques participants.

Denis Berger, metteur en train, président de la commission Wenger
«Ces cours sont indispensables pour notre travail en commission. Ils nous permettent aussi de discuter avec les collègues des autres entreprises, d'échanger nos expériences. Notre rôle? Nous devons être partenaire et non pas adversaire de la direction, pour autant que celle-ci joue le jeu, comme chez nous. Il y a deux sortes de patrons, ceux qui se passionnent pour leur métier et reconnaissent la valeur de leurs employés et ceux qui ne pensent qu'à se faire de l'argent. Sans respect, il n'y a pas de confiance ni de dialogue. Et cela débouche sur des conflits plutôt que des solutions.»

Nathalie La Manna, assistante en comptabilité, commission Benteler
«J'ai appris beaucoup de choses et cela va m'aider. Notre rôle est important. La commission nous permet de parler librement des problèmes au sein de l'entreprise et de faire avancer les choses. Le syndicat nous aide dans notre tâche. On fait le maximum pour inciter les gens à se syndiquer. Certains ne se rendent pas compte que sans syndicat, nous aurions de très mauvaises conditions de travail, des salaires inférieurs et des droits limités.»

Dominique Gassmann, technicien de projet, président de la commission Busch
«La formation des membres des commissions est une nécessité. Le syndicat fait un bon travail et nous espérons qu'il réussisse dans ses démarches avec la direction pour dépoussiérer et actualiser notre convention d'entreprise. La nouvelle direction se dit ouverte. Il faut que nos collègues soient solidaires avec la commission.»

Julien Lièvre, magasinier, commission Schaublin
«Je ne suis dans la commission que depuis deux mois. Je constate que c'est une nécessité et que cela peut conduire à trouver de bonnes solutions même si on voudrait parfois avoir davantage de pouvoir. Le fait que nous puissions avoir un dialogue avec la direction est une bonne chose. L'appui du syndicat est très important. Chez nous, on a la chance que la direction le laisse entrer.»

Andrée Studer, employée, commission Tornos
«Les explications que nous avons reçues sur le dumping salarial nous permettront de dissiper les malentendus et les préjugés qu'on entend autour de nous. Cela a permis de clarifier le rôle du syndicat et celui du canton dans le domaine du contrôle du travail. Nous avons également eu des pistes intéressantes sur la prévention des maladies et des accidents. Ces deux thèmes sont en phase avec la réalité que nous vivons tous les jours.»

Jean-Philippe Borer, décolleteur, président de la commission Lemo
«Sans la formation, les commissions seraient désarmées lorsqu'il s'agit de répondre aux questions concrètes sur le droit et les conditions de travail. Ce qui m'a plu dans ces cours, c'est qu'on est allé au fond des choses. En ce qui concerne notre rôle, nous espérons faire en sorte que la direction générale signe un jour la CCT. Elle en respecte le contenu mais ne juge pas utile d'entrer en matière.»

PN

 

Edition n° 17/18 du 23 avril 2008

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page