Les maçons ont gagné!
La nouvelle convention nationale est entrée en vigueur le 1er mai, après des mois de lutte

Le 1er mai 2008 est à marquer d'une brique blanche... ou plutôt rouge, en hommage à la lutte menée par les maçons depuis près d'une année. La nouvelle Convention nationale (CN) de la construction est entrée en vigueur le jour de la Fête du travail. Mais il aura fallu des mois de lutte, de manifestations, et les grèves de plus de 30000 travailleurs, engagés avec leurs syndicats, pour faire revenir la Société suisse des entrepreneurs (SSE) à la raison. Cette dernière, après son volte face de janvier où elle avait refusé l'accord trouvé en décembre sous la médiation de l'ancien chef de la Direction du travail du Seco, Jean-Luc Nordmann, a finalement accepté le résultat de la seconde médiation le 29 avril dernier. Seconde médiation, terminée mi-avril, qui n'a fait que préciser quelques points de l'accord de décembre dans des accords additionnels.

Convention sans détérioration
Unia se réjouit de ce résultat et de la mise en échec du démantèlement voulu par la SSE. Car la nouvelle convention correspond à la CN 2006, dans laquelle a été intégrée la décision du tribunal arbitral d'août 2006 sur la durée du travail, décision qui exclut les heures négatives et règle les modifications du calendrier en cas d'heures perdues. Une décision acceptée alors par les syndicats.
Les augmentations salariales de l'accord de décembre, soit 100 francs de plus pour tous et 0,5% à titre individuel pour 2008, seront dues à tous les travailleurs de la construction. Les entreprises non membres de la SSE qui n'auraient pas augmenté leurs ouvriers lors de la déclaration de force obligatoire de la nouvelle CN, attendue pour le 1er octobre, devront leur verser un rétroactif.
D'autre part, le fonds d'application de la convention, l'un des volets du Parifonds, fonds paritaire pour la Suisse alémanique, sera remis en vigueur au 1er juillet 2008. L'autre volet, le fonds de formation, transformé en fonds patronal par la SSE durant le vide conventionnel, sera rétabli au plus tard le 1er avril 2010.

L'offensive a été bloquée!
«Il y a eu une offensive majeure de la Société suisse des entrepreneurs qui a essayé de mater le syndicat pour faire passer son projet de convention «light», avec 80 heures de travail négatives. Mais Unia ne s'est par laissé intimider et les travailleurs se sont engagés avec détermination dans la bagarre», relève Jacques Robert, membre du comité directeur d'Unia, qui explique que sous la pression de la mobilisation massive des maçons, la SSE a dû faire face à des dissensions internes. «La SSE a implosé avec, d'abord, des sections cantonales qui se sont désolidarisées de la centrale en signant des accords locaux. Il y a aussi eu l'intervention à l'interne de grandes entreprises pour que cette politique de provocation cesse. Et très probablement celle des autorités politiques car l'attitude de la direction de la SSE amenait à un conflit majeur en période de renouvellement de la libre circulation des personnes. Ce qui a amené la SSE à renouveler la convention sans les dégradations des conditions de travail qu'elle voulait imposer, et avec une bonne augmentation des salaires. C'est une victoire syndicale. La lutte paie!» Jacques Robert précise qu'aucune concession n'a été faite sur la flexibilité. «L'accord additionnel explicite les possibilités de flexibilité qui existaient déjà dans la CN 2006», note le syndicaliste, qui aurait toutefois préféré qu'elles ne soient pas mises en évidence.

Succès pour tous les travailleurs du pays
Le syndicat Unia salue cette victoire des travailleurs de la maçonnerie et du génie civil, victoire qui met fin à sept mois de vide conventionnel dans un secteur très exposé au dumping salarial et social. Il attend vivement que le Conseil fédéral déclare obligatoire cette convention, l'une des plus importantes du pays, afin que l'ensemble des 100000 travailleurs de la construction soient protégés et que les entreprises non membres de la SSE ainsi que les sociétés étrangères puissent être poursuivies efficacement en cas de dumping. Pour Unia, cette victoire est non seulement un succès important pour les maçons, mais aussi pour l'ensemble des travailleurs du pays. Elle démontre que le démantèlement des conditions de travail n'est pas une fatalité, qu'il y a des moyens pour se défendre!

Sylviane Herranz

 

Edition n° 19/20 du 7 mai 2008

 
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