Les citronniers – Eran Riklis – Israël
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Salma Zidane est veuve depuis quelques années. Un de ses fils fait à New-York des études et de la plonge. Sa fille élève sa petite famille. Elle vit des revenus de son verger de citronniers hérité de son père en même temps qu'un vieil ouvrier agricole qui s'efforce de la protéger. Le jus de fruits qu'elle en tire est délicieux et apprécié. Mais le terrain est sis presque sur la ligne de démarcation entre Israël et les territoires palestiniens fortement surveillés. Et voilà que le ministre de la guerre d'Israël vient vivre dans sa luxueuse villa très proche du verger de Mme Zidane ! On tombe ainsi immédiatement dans le conte utopique qui n'a rien à voir avec le réalisme. Tout le film s'installe sur des valeurs symboliques.

Les services de sécurité, israéliens bien sûr, estiment que le verger pourrait permettre à des terroristes de s'y planquer pour conduire un attentat contre le ministre. Le verger sera déclaré zone militaire, surveillé du haut d'un mirador rapidement installé, enfermé dans un grillage interdisant son accès à Salma. Celle-ci va se révolter, avec l'aide d'un avocat divorcé qui vient d'arriver de Moscou. Devant la cour suprême, elle obtiendra gain de cause : les citronniers ne seront pas déracinés ; ils seront coupés à trente centimètres au-dessus du sol ! Dérisoires, sinistres, ces avortons de troncs dans un champ sec !!!

Les symboles sont donc clairs, l'utopie racontée par le film tout autant. L'armée israélienne et ses services font ce qu'ils pensent être leur devoir. Salma tombe amoureuse de son avocat, se fait ainsi réprimander et menacer par les notables palestiniens qui ne tolèrent pas l'activisme d'une veuve et son histoire d'amour. Lors d'un grande réception chez le ministre, le traiteur a oublié les citrons : qu'à cela ne tienne, on ira les prélever dans le verger clôturé ! Salma bombardera de citrons dérisoires les invités du ministre, sous le regard amical et complice de la femme de ce dernier qui s'est peu à peu rapprochée d'elle. On est toujours dans le conte : la réconciliation, qu'un jour peut-être il y aura, devrait venir par les femmes, plus pacifiques que les hommes !

Une palestinienne, une israëlienne presque silencieuse qui pourtant va se révolter et peut-être s'éloigner de son mari, un avocat mal intégré, un jeune soldat qui prépare ses examens du haut d'un mirador de surveillance : ils ne sont pas nombreux à lutter pour que les adversaires finissent par s'entendre. Et désormais un haut mur de béton sépare le verger aux courts troncs de la villa du ministre.

Une belle réussite de plus pour le cinéma d'Israël actuellement bien vivant et politiquement peu correct ! Un cinéaste israélien pacifiste et lucide signe ce fort bon film, emmené par une formidable actrice, Hiam Abbas, qui incarne aussi une femme courageuse.

Freddy Landry

 

Edition n° 22 du 28 mai 2008

 
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