Toutes les entreprises de Swatch sont désormais conventionnées
L'entrée d'Indexor et Dress Your Body dans la CCT de l'horlogerie est à marquer d'une pierre blanche. Et les sous-traitants ?

Avec la récente adhésion d'Indexor et de Dress Your Body, c'est désormais la totalité des entreprises de Swatch Group qui sont signataires de la CCT de l'horlogerie. Plus de 12000 travailleuses et travailleurs du groupe bénéficient ainsi des avantages de la convention, grâce à un travail syndical patient et déterminé dans le cadre du partenariat social. Unia espère que ceci incitera les entreprises réticentes, notamment certains sous-traitants des régions périphériques, à se conventionner et pratiquer des salaires décents.

La nouvelle a été rendue publique lors de la fête du 1er mai, à Fleurier. A la tribune, Jean-Claude Rennwald, responsable de la branche horlogère au comité directeur d'Unia, a annoncé que les deux dernières entreprises du Swatch Group qui n'étaient pas encore conventionnées, Dress Your Body à Corcelles-Cormondrèche et Indexor à La Chaux-de-Fonds, sont désormais signataires de la convention collective de l'horlogerie, une convention qu'elles appliqueront dans quelques mois après en avoir fixé les modalités d'application. «Quelque 200 nouveaux travailleurs à court terme et 500 à moyen terme bénéficieront ainsi des acquis sociaux d'une des meilleures conventions collectives du pays», relève Jean-Claude Rennwald.

Travail de longue haleine
Avec ces deux nouveaux venus, ce sont désormais plus d'une cinquantaine d'entreprises et plus de 12000 travailleuses et travailleurs de Swatch Group qui bénéficient de la CCT. Jean-Claude Rennwald ne boude pas son plaisir. «Il y a une dizaine d'années, il y avait encore une douzaine d'entreprises du groupe qui n'étaient pas conventionnées, dont Frédéric Piguet, Blancpain ou Calvin Klein. Le résultat d'aujourd'hui est le fruit d'un travail syndical de longue haleine marqué par la persévérance et l'opiniâtreté.» Ce parcours était d'autant plus difficile, techniquement, que les entreprises de Swatch Group sont réparties dans plusieurs des sept associations qui composent la Convention patronale de l'industrie horlogère, le partenaire conventionnel du syndicat. «Notre prochain objectif est de faire en sorte que les sociétés dans le capital desquelles Swatch Group est minoritaire signent également la CCT.»
Coartisan de ces deux nouvelles entrées dans la CCT, Eric Thévenaz, secrétaire régional d'Unia région Neuchâtel, s'en félicite. «Cela renforce la politique conventionnelle et les liens entre partenaires sociaux dans le canton de Neuchâtel ainsi que dans l'ensemble de la Suisse. Nous gagnons en représentativité et cela nous permet de renforcer notre poids, notre crédibilité et notre légitimité dans les négociations. C'est aussi une protection supplémentaire contre le dumping social et salarial car la convention de l'horlogerie élève le niveau des conditions de travail.» Eric Thévenaz considère également la CCT comme la meilleure carte de visite pour promouvoir le syndicalisme. «Nous irons naturellement dans ces entreprises pour informer les employés des avantages de la convention.»
Dans l'horlogerie en Suisse, 82% du personnel est soumis à la convention collective. «Ce taux élevé est non seulement favorable aux travailleurs mais il représente également un atout pour le dynamisme de l'industrie.»

Pierre Noverraz



Jura à la traîne

En cause, la prédominance de la sous-traitance

Dans le paysage relativement verdoyant de la CCT horlogère, le Jura fait un peu figure de zone semi-désertique. En effet, 54% des entreprises et 43% des emplois ne sont pas soumis à la convention. Le record suisse. «Cela a pour origine historique la prédominance de la sous-traitance», explique Eric Bauer, chargé du dossier de l'horlogerie à Unia Transjurane. «Cette situation pèse lourdement sur les conditions de travail, les salaires et le niveau de qualification. Nous menons actuellement une importante campagne en faveur du conventionnement en mettant l'accent sur une quinzaine de grandes entreprises. Nous devons convaincre ces employeurs que le syndicat n'est pas un ennemi mais un partenaire social. Nous nous battons pour des bonnes conditions de travail et de salaire. Et cette valorisation est aussi dans l'intérêt de l'entreprise car cela motive et fidélise les travailleurs, évitant ainsi une dilapidation du savoir-faire.»

Salaires en litige
S'agissant de Swatch Group, Eric Bauer salue le fait que toutes ses entreprises soient désormais conventionnées. Il souhaite cependant que le très puissant groupe horloger veille à ce que ses sous-traitants adhèrent eux aussi à la CCT. «Il existe bien des labels Iso pour la qualité technique, pourquoi n'y en aurait-il pas pour la qualité des conditions de travail? Or, chacun se renvoie la balle. Le groupe Swatch se retranche derrière le fait que ces entreprises sont indépendantes et les sous-traitants ont beau jeu d'affirmer que ce sont les bas prix que leur impose Swatch qui les empêchent de financer des améliorations sociales et salariales. Au final, ce sont les travailleurs qui trinquent. Le groupe devrait exiger de ses sous-traitants qu'ils adhèrent à la CCT tout en leur laissant des marges suffisantes leur permettant de le faire sans problèmes.»
Dans le Jura et le Jura bernois, Unia Transjurane mène également une grande bataille sur les salaires. «Il faut savoir que nous avons dénoncé des cas de salaires inférieurs à 2600 francs brut! C'est tout simplement un scandale.» Nous demandons un salaire d'embauche minimal de 3300 francs pour un travail non qualifié. «Ce n'est même pas de quoi pouvoir vivre décemment! C'est dire qu'on ne demande pas la lune, surtout après quatre ans de formidables bénéfices dans l'industrie horlogère.» Et pourtant, la partie patronale freine des quatre fers, au point que le dossier se trouve aujourd'hui devant le médiateur, une forme de Tribunal arbitral des instances de la branche.

PN



La dure bataille des Tessinois

La bataille syndicale pour le conventionnement des entreprises de Swatch Group au Tessin a été de longue haleine. «Pendant plusieurs années, nous avons demandé à la direction du groupe que ses entreprises Distico et Diantus signent la CCT. Mais sans succès», explique Rolando Lepori, secrétaire syndical d'Unia Tessin, chargé du dossier horloger. «Tout a commencé à bouger après que nous ayons fait une manifestation devant l'une de ces usines, en février 2005. Sept mois plus tard, au terme de négociations serrées, nous avons obtenu un accord.» Cet accord porte sur une période transitoire pendant laquelle les employeurs ont dû adapter leurs conditions à la CCT. «La dernière étape consistera à passer de 23 à 25 jours de vacances. Dès le premier janvier prochain, la convention sera totalement appliquée. Elle touchera plus de 700 personnes, à 99% des femmes. Syndicalement, notre image en sort renforcée. Chez Diantus, où nous n'avions aucune syndiquée, elles sont aujourd'hui plus d'une centaine.»
Au Tessin, encore plus gravement que dans le Jura, les salaires sont dramatiquement bas. Il n'y a pas si longtemps, Unia avait dénoncé par exemple un salaire de 1890 francs brut, sans 13e mois! «C'est un incroyable scandale.» Face aux cas répétés de dumping, Rolando Lepori a saisi la Tripartite (Etat, patronat, syndicat) chargée des mesures d'accompagnement à la libre circulation. «Nous avons obtenu l'ouverture de négociations en 2006. Elles se sont terminées en avril 2007 avec un accord de branche pour l'ensemble du canton.» Entré en vigueur au début de cette année, cet accord de force obligatoire fixe notamment les horaires de travail à 40 heures hebdomadaires, la généralisation du 13e mois, etc. Le délai transitoire pour l'adaptation des vacances aux normes de la CCT court pour sa part jusqu'en 2010.
Grâce au syndicat, le Tessin bénéficiera également de l'entrée en vigueur, ces prochains jours, d'un accord tripartite portant sur le travail temporaire. «Trop d'entreprises, au lieu d'embaucher, engagent des temporaires sous-payés. J'ai fait des contrôles et j'ai découvert de gros abus et c'est cela qui a tout déclenché», note Rolando Lepori. Avec cet accord, les salaires minimaux d'embauche passent de 1890 francs à 2400 francs avec 13e salaire et les salaires horaires sont relevés de 4.36 fr. «C'est encore bien trop peu mais c'est très nettement plus que sans accord. Et pour nous, ce n'est pas un point d'arrivée mais un point de départ.» Prochaine étape? «Un salaire minimum de 3000 francs.»

PN

 
 



 

Edition n° 23 du 4 juin 2008

 
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