Microcrédit: une solution simple et souple pour micro-entreprises
Soutenu par la Fondation ASECE, Joseph Carchedi est sorti du chômage en créant sa propre entreprise de nettoyage textile

Lorsque les banques n'entrent pas en matière, difficile de réunir tous les fonds nécessaires à la création d'une entreprise individuelle ou familiale. Grâce aux microcrédits accordés par la Fondation ASECE, une centaine de petites affaires ont vu le jour en Suisse romande depuis 10 ans.

Sitôt franchi le seuil de la boutique, un parfum de fraîcheur remonte du dédale des porte-habits et des corbeilles à linge. Les chocs feutrés d'un fer à repasser sur la planche, crachotant ses jets de vapeur à intervalles réguliers, rythment le ronronnement monotone des machines à laver. C'est l'univers d'un professionnel de la propreté, Joseph Carchedi, propriétaire du Pressing La Riponne à Lausanne. Depuis 2005, il s'est lancé dans une activité nouvelle pour lui, appuyé dans cette démarche par la Fondation ASECE, un organisme qui a pour objectif d'aider des personnes cherchant l'indépendance économique par la création d'une petite entreprise.
Atteignant la fin de sa période de droit au chômage en 2005, Joseph Carchedi a dû changer radicalement d'orientation professionnelle. «Je travaillais dans le domaine de l'informatique. Avec l'âge, ce n'était plus possible de retrouver un poste.» En effet, lorsque l'établissement qui l'employait a fermé ses portes, il a dû constater, après de nombreuses recherches, qu'aucun patron ne l'engagerait. Grâce à l'aide de son épouse, il décide de reprendre une affaire. Il s'agira d'un pressing: le couple réunit les connaissances pour tenter l'aventure. Elle connaît le métier pour y avoir travaillé plusieurs années, et lui, électricien de formation, gérant d'une succursale dans son précédent emploi, sait organiser le travail et régler les aspects administratifs.

Un soutien déterminant
L'aide de l'ASECE a été décisive pour passer de l'intention aux actes. «Des 20000 francs qu'ils m'ont prêtés, j'ai consacré la moitié à l'achat d'un véhicule de livraison, et le reste à d'autres équipements qu'il me fallait.» Bien sûr, la somme concédée par la fondation ne suffisait pas à couvrir la totalité de l'investissement. L'imposante machine à laver à sec, qui trône dans l'arrière-boutique, coûte la bagatelle de 80000 francs. A cette dépense s'ajoutent le prix de deux autres machines à eau, les frais de rénovation du local et une foule de petits achats indispensables. Joseph Carchedi les a payés de sa poche. «Mais le prêt de l'ASECE m'a permis de ne pas devoir prendre de risques inconsidérés,» précise-t-il.
Après trois ans d'activité, le couple Carchedi arrive au terme de la période de remboursement. Car l'aide de l'ASECE ne constitue pas un don, mais un prêt dont l'intérêt se monte à 4,5%. Un taux bien plus bas que celui qu'articulaient les banques contactées à l'époque par le futur blanchisseur. «Elles proposaient des prêts dont les intérêts se montaient à 10, voire 12%. Et de toute façon, elles ne voulaient pas de mon projet: une somme de 20000 francs, c'était trop peu pour elles. Et comme je n'aime pas m'endetter, le prêt de l'ASECE me semblait mieux adapté à ma situation, moins cher, et surtout possible.»

Fidéliser la clientèle
L'amortissement du prêt: une étape importante, mais pas encore l'assurance que l'avenir sera rose. Le blanchisseur estime indispensable de franchir une quatrième année d'exploitation avant de poser un pronostic définitif sur la viabilité de son affaire, qui fait vivre le couple et une employée auxiliaire. «Jusqu'à présent, on s'en tire, confie-t-il. Mais ce n'est pas gagné! Il y a des mois où le bilan est faible, d'autres où ça va mieux.» Le premier défi consistait à fidéliser une clientèle héritée en partie de l'ancien tenancier, dont les prix trop bas ne couvraient pas toujours les coûts réels du nettoyage et du repassage. Il a fallu fixer de nouveaux tarifs, à la fois justes et attractifs, qui tiennent compte des augmentations de l'eau, de l'électricité et du loyer auxquelles Joseph Carchedi a dû faire face cette année.
Sans cesse, il rassemble des statistiques sur les besoins des clients, les sortes de vêtements qu'il reçoit, les coûts de lavage pour chaque type de pièce. «Sur cette base, avec ma femme, on réfléchit à de nouvelles propositions de prix et de prestations. Les prix se fixent par quartier, et les clients les comparent. En discutant avec eux, on parvient à leur faire comprendre que le nettoyage d'un vêtement n'est pas toujours aussi simple qu'on pourrait le croire.»
Joseph Carchedi doit aussi étoffer son rayon d'action, et trouver des collaborations avec d'autres blanchisseries qui ne possèdent pas tout l'équipement nécessaire pour traiter l'ensemble des textiles. «Les clients privés de la place ne suffisent pas. Je dois toucher d'autres secteurs, des entreprises, des personnes qui reviennent régulièrement et qui respectent le travail bien fait.» Pour cela, il a essayé la publicité, avec un succès mitigé. Le démarchage personnel des entreprises se révèle plus efficace. Mais, pour le blanchisseur, c'est le bouche-à-oreille qui, finalement, fait la différence: un signe que la qualité est au rendez-vous, que l'avenir se montre prometteur; et que les 12 heures par jour qu'il consacre à son affaire en valent la chandelle.

Bertrand Cottet



La solidarité au premier plan

La Fondation ASECE, créée il y a 10 ans, a favorisé la naissance de 200 emplois


La Fondation vaudoise ASECE - Action Solidarité et Création d'Entreprises - s'est donné pour vocation la création de petites entreprises grâce au microcrédit. Créée en 1998 par Georges Aegler, alors âgé de 87 ans, elle a déjà traité plus de 1000 dossiers et accordé une centaine de prêts, permettant la naissance de 200 emplois. Aujourd'hui, après la disparition de son fondateur en 2007, c'est Yvette Jaggi, ancienne conseillère aux Etats et syndique de Lausanne, qui préside l'ASECE. La fondation, sans but lucratif, s'appuie sur les connaissances d'experts bénévoles, de chefs d'entreprises, managers et autres spécialistes. Actifs ou retraités, ils mettent leur temps au service des futurs petits entrepreneurs. Sa directrice, Andréa Lehmann-Beytrison, répond aux questions de L'Evénement syndical.

Face aux nombreuses demandes que vous recevez, quels sont vos critères de décision?
Nous examinons le projet sous l'angle de la viabilité. Grâce à nos experts bénévoles, nous pouvons nous rendre compte des besoins du marché dans lequel il s'implante. Ce sont des gens expérimentés, pour qui la notion de solidarité est importante. Les candidats remplissent d'abord un document simple, puis a lieu une discussion d'une heure. Nos experts les aident ensuite à se plonger dans la problématique réelle de l'affaire qu'ils veulent créer, à poser les bonnes questions.

Pourtant, près de neuf demandes sur dix n'aboutissent pas?
Nous évitons des échecs. Si un projet n'est pas viable, si les charges de la famille ne peuvent pas être couvertes pendant la première année d'exploitation, pourquoi le soutenir? C'est notre différence avec les banques. Auprès d'une banque, il suffit d'avoir les garanties nécessaires. Elles n'examinent pas le dossier et n'offrent pas le même type d'encadrement. Pour vous faire sentir l'importance que nous accordons à l'accompagnement, le budget de nos bénévoles, s'ils étaient payés au tarif horaire en vigueur, se serait monté à 960000 francs en 2007.

Quelle est la viabilité des entreprises soutenue par l'ASECE?
Il est similaire à celui des entreprises au niveau national (environ 80% après 2 ans, 65% après 3 ans, ndlr).

Quelles tendances remarquez-vous dans l'évolution des demandes?
Leur évolution est cyclique. Il s'agit surtout de services, de commerce, de marché de détail, le domaine des soins, de la santé. Nous assistons à l'augmentation de projets déposés par des femmes. Ce n'est pas encore la parité, mais ces projets atteignent maintenant 38% des demandes.

Disposez-vous de moyens suffisants pour soutenir plus de projets?
Pour les projets, oui. En plus de notre fonds, nous trouvons d'autres donateurs. Ce sont nos frais de fonctionnement qu'il est plus difficile de couvrir.

Propos recueillis par BC

Fondation ASECE - Georges Aegler, Pré-du-Marché 23, 1004 Lausanne.
Tél.: 021 646 94 93, fax: 021 646 94 96




 

Edition n° 23 du 4 juin 2008

 
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