Le résultat des négociations n'est pas satisfaisant!
Producteur valaisan, Patrice Dubosson a participé à la grève du lait. Témoignage

Pas de quoi boire du petit lait. La grève de six jours menée par Patrice Dubosson et nombre de ses collègues s'est soldée par des négociations au rabais. En clair, les producteurs exigeaient de vendre à terme leur litre de lait à un franc. Ils n'ont pour l'instant obtenu que six centimes d'augmentation. Pour Patrice Dubosson, membre du syndicat agricole romand Uniterre, cette majoration est largement insuffisante. La Fédération laitière valaisanne lui achète son produit entre 61 et 75 centimes le litre, selon sa qualité et la saison. Les quelques centimes supplémentaires qu'elle paiera dès le 1er juillet ne lui permettront guère d'ajouter de beurre dans les épinards. «Je ne suis pas content de ce résultat, mais nous avons perdu une bataille, pas la guerre» affirme cet exploitant basé à Troistorrents, en Valais. Déçu par cette issue, l'homme estime qu'il valait pourtant la peine de se battre. Un combat d'une envergure européenne sans précédent.

Fins de mois difficiles
«J'étais 100% en faveur de la grève. Et par solidarité avec les paysans allemands qui l'ont initiée et parce que nous aussi, nous ne sommes pas assez payés.» Le problème? Les frais de production. Les engrais, les aliments pour le bétail, le carburant, etc. n'ont cessé de prendre l'ascenseur. Avec ses vingt vaches, en zone de montagne, Patrice Dubosson n'arrive pas à nouer les deux bouts. «Impossible de vivre avec cet unique revenu. Mais je ne suis pas le seul dans cette situation. Le phénomène est général dans la vallée.» Dans ce contexte, cet homme de 41 ans marié et père de trois enfants, n'a eu d'autre choix que de varier ses activités. Il arrondit ses fins de mois en exécutant différents travaux de terrassement et propose aux paysans alentours ses services pour le transport du fumier.

Gaspillage douloureux
Si la perte générée par la grève se chiffre pour Patrice Dubosson à quelque 1300 francs, il ne regrette pas sa participation. «Les paysans étaient déjà très soudés par le passé. Mais là, la mobilisation a été exemplaire, la solidarité multipliée par mille. J'en suis encore tout retourné», note le Valaisan relevant également, de l'émotion dans la voix, les gestes des uns et des autres pour éviter que le lait ne soit perdu. «Nous l'avons distribué gratuitement aux particuliers. J'ai pour ma part aussi bénéficié de l'aide d'un paysan qui s'est proposé de fabriquer du fromage. Un autre a prêté sa machine à centrifuger à des collègues dans le même but. Malheureusement, cela n'a pas suffi.» A l'instar de nombre de producteurs, Patrice Dubosson a aussi dû jeter le précieux aliment. «La chose la plus difficile dans cette action... Ce n'était pas évident. Ca m'a fait mal», confie-t-il.

Le consommateur trinque
En revanche, c'est la colère qui domine à l'évocation de l'annonce faite par Migros d'augmenter de 8% le prix des produits laitiers. En d'autres termes, le géant orange a décidé de faire trinquer le consommateur en répercutant la majoration de six centimes sur les prix à l'étalage. «Inadmissible. Ramené au prix du litre de lait, cela correspond à une hausse de 12 centimes. Nous ne voulons pas que le consommateur soit pénalisé. Il nous a apporté son soutien et pour cela, nous le remercions. Nous allons mener des campagnes pour informer la population de la situation», assure Patrice Dubosson avant d'ajouter: «J'ai l'amer sentiment de me faire avoir. On se sent un peu impuissants dans notre lutte visant à freiner les marges excessives prises par les distributeurs.» Pas de quoi inciter toutefois le militant à changer de métier.

Priorité aux vaches
«Je suis né dans l'agriculture. J'adore la nature, la montagne, les vaches», s'enthousiasme Patrice Dubosson, propriétaire de l'exploitation depuis 1997. «Je l'ai rachetée à mon oncle. Nous l'avons entièrement refaite. Au début, nous n'avions que neuf vaches et résidions dans un petit chalet. Nos conditions d'existence étaient rudimentaires. L'eau gelait à la cuisine où persistait l'odeur des animaux. Nous avons commencé par rénover la ferme avant l'habitation. Pour que les vaches se sentent à l'aise et histoire de ne pas mettre en péril notre outil de travail.» Passionné par son métier, Patrice Dubosson rappelle encore l'importance de l'agriculture sur les fronts social et écologique et bien entendu économiqe. «Nous sommes un maillon fondamental dans l'approvisionnement... Un rôle que les grandes surfaces feraient bien de ne pas oublier.»

Sonya Mermoud

 

Edition n° 24 du 11 juin 2008

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page