Les femmes doivent s'informer et se défendre davantage
Unia Genève a présenté deux cas de femmes qui se sont battues pour leurs droits. Se défendre, c'est payant!

Plus d'une femme sur quatre est confrontée au harcèlement sexuel pendant sa vie... Près de 20% des femmes subissent une discrimination salariale... Mais voilà, pour faire valoir leurs droits, les travailleuses doivent surmonter toute une série d'obstacles: affronter leur employeur, saisir le syndicat, prouver la véracité du harcèlement, se confronter parfois douloureusement à leurs agresseurs devant le tribunal, etc. Au final, peu de femmes victimes de ces pratiques montent au front. «Il y a parfois un sentiment de honte et beaucoup se sentent démunies face à la loi», constate Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical à Unia Genève. De plus, si des législations - imparfaites - existent, elles ne sont guère appliquées, déplore Unia. «Il n'y a ni volonté patronale de mettre en place les plans de prévention prévus, ni volonté politique de faire respecter la loi», observe Filipa Chinarro, secrétaire responsable des questions Femmes à Unia Genève. Face à cette situation, le syndicat Unia appelle les travailleuses à s'informer davantage, à s'organiser et à réclamer son aide. Pour illustrer cette problématique, la section d'Unia Genève a invité deux employées qui ont osé sortir de leur isolement et s'exprimer lors d'une conférence de presse vendredi dernier, en espérant que leurs expériences motivent d'autres travailleuses à les imiter.

3 ans pour gagner!
Silvie Vukic, jeune responsable de vente, vient d'avoir gain de cause devant le Tribunal des prud'hommes. Engagée en 2004 au magasin Le Mouton à cinq pattes - dont Unia a plusieurs fois dénoncé les conditions de travail contraires à la convention collective ¬- Silvie passe rapidement cheffe de rayon: «Ce n'était pas du goût d'un de mes collègues qui a commencé à me draguer continuellement malgré mes refus répétés puis à me toucher les fesses», raconte-t-elle. Suite à des plaintes répétées auprès du patron, ce dernier prononce un avertissement à l'encontre de l'employé indélicat, dont plusieurs de ses collègues avaient déjà subi les attouchements. Mais le harceleur continue pendant des semaines, et l'employeur finit par déplacer Silvie dans un autre magasin du groupe. «Ce n'était pas juste, j'ai protesté. On m'a ensuite mis dans une cave à fixer des antivols sur les habits; je n'exerçais plus mon métier de responsable de vente. C'était l'horreur!» Silvie finit par plonger dans la dépression, pendant plus d'une année. Soutenue par Unia, elle déposera plainte auprès du tribunal: «De nombreuses vendeuses qui ont travaillé avec ce monsieur ont été licenciées de manière abusive. C'est pour ça que j'ai voulu aller jusqu'au bout.» Au final, la cheffe de rayon a dû patienter plus de trois ans pour obtenir une décision finale de la justice. «De tels délais sont décourageants pour les travailleurs, il faut absolument trouver un moyen de les raccourcir», note Jamshid Pouranpir, qui déplore aussi que la charge de la preuve repose entièrement sur la victime. «Il est difficile de trouver des témoins. Le harceleur ne va pas peloter une vendeuse devant tout le monde», souligne Filipa Chinarro.
De plus, si le Tribunal des prud'hommes a condamné le patron à verser 6 mois de salaire, le Tribunal d'appel réduira cette peine de moitié, au motif que l'employeur avait pris des mesures. Malgré cela, Silvie attend toujours la somme due. Elle a même dû mettre son ancien employeur aux poursuites... «L'essentiel pour moi, c'est la reconnaissance du tort qui m'a été infligé», estime Silvie Vukic. En revanche, l'employé incriminé hanterait toujours les rayons du magasin...

Enceinte, protégée!
Anna, pour sa part, est toujours en négociation avec son patron. Employée administrative d'une fameuse enseigne de luxe en 2006, elle déclare avoir été harcelée moralement par certains de ses collègues, car elle avait dénoncé des manquements de la direction, puis avait finalement été licenciée sous un faux prétexte. «Personne ne me parlait plus. Quand j'arrivais pour prendre un café, tout le monde s'en allait», se souvient-elle. Avec l'aide d'Unia, elle a pu se défendre et montrer que son licenciement est irrégulier car elle était enceinte au moment où son congé lui a été donné. Un certificat médical le prouve. «La loi stipule clairement qu'une femme enceinte ne peut être congédiée», précise Jamshid Pouranpir. Même si, au moment des faits, Anna ne savait pas qu'elle attendait un enfant! Sûr de son fait, le syndicaliste attend une proposition de la part de l'entreprise: «L'employeur doit verser l'intégralité du salaire pendant la grossesse, respecter les délais de licenciement et payer le congé maternité.»
Les exemples de Silvie et de Anna montrent qu'avec un peu d'information et de détermination, il est non seulement possible d'obtenir une réparation financière ¬- même si elle ne compensera jamais vraiment les dommages subis ¬- mais aussi de recouvrer un sentiment de dignité parfois mis à mal dans ce genre d'épreuve.

Christophe Koessler

 

Edition n° 25 du 18 juin 2008

 
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