Esquisse d'une conseillère de l'ombre
Employée aux Nations Unies à New York, Rachel Gasser, de passage en Suisse, témoigne de son engagement

Elle est idéaliste. Et entend, à son échelle, contribuer à changer le monde. Pour ancrer ce rêve dans la réalité, Rachel Gasser a choisi une voie feutrée. Pas de confrontation frontale comme celle empruntée par certaines organisations militantes, mais un engagement dans un monde de consensus et de médiation. Un univers incarné par l'Organisation des Nations Unies (Onu) au cœur duquel évolue depuis quatre mois la jeune femme de 27 ans installée à New York et travaillant pour le compte du nigérian Ibrahim Gambari. Conseiller spécial du secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon, ce dernier est en charge des dossiers irakien et du Myanmar (Birmanie). Pour l'Irak, c'est la question de la reconstruction qui occupe le responsable, ainsi que l'intégration de cet Etat sur la scène internationale. En ce qui concerne le pays aux milliers de pagodes, Ibrahim Gambari remplit un mandat de «bons offices». A cet égard, il travaille pour la consolidation des fondements démocratiques au Myanmar et le respect des droits de l'homme dans le pays. Cette tâche comprend, entre autres, la recherche de solutions pour que la communauté internationale, divisée sur le sort du Myanmar et la légitimité de la junte militaire au pouvoir, maintienne un dialogue constructif et un engagement continu. Une tâche à laquelle contribue en coulisses Rachel Gasser.

Prise de température
Aux côtés d'une dizaine d'autres personnes, la Lausannoise a pour mission de récolter toutes les informations utiles au conseiller africain. Synthèse des textes des agences de l'Onu actives sur le terrain, documentation sur les organisations humanitaires et les conditions qu'elles soumettent à leur aide, analyse de coupures de presse, enquête sur les sanctions prises à l'encontre de Rangoun et leurs motifs... autant d'activités qui rythment le quotidien de Rachel Gasser. Informatrice de l'ombre, cette dernière a également pour mission de laisser traîner ses oreilles au Conseil de sécurité, histoire de prendre la température et d'évaluer les tendances qui se dessinent. «Avec mes collègues, nous "prémâchons" le travail du conseiller. Nous rassemblons toute la matière qui lui est nécessaire pour qu'il puisse prendre des décisions opportunes», précise la jeune femme d'autant plus passionnée par ce dossier qu'elle a visité la Birmanie en 2006. «Ce voyage a été un élément fondateur de mon engagement actuel. Il m'a donné envie de me battre, même si la marge de manœuvre est étroite et la déception souvent au rendez-vous», affirme Rachel Gasser, citant en exemple le courage d'Aung San Suu Kyi, la dirigeante de l'opposition birmane en résidence surveillée depuis dix-huit ans.

Ecole de patience
Ayant le sens du compromis, la titulaire d'un master en relations internationales décroché à Genève, se forme aujourd'hui à une nouvelle discipline. «Je suis à l'école de la patience», note Rachel qui, de nature positive, n'en manque pas. Et relève l'aspect créatif de son emploi. «Nous sommes constamment appelés à chercher des moyens de dialogue, à trouver des manières de décrisper les situations.» La mosaïque de nationalités de l'Onu stimule également la jeune femme qui, respectueuse des différences, trouve dans ce réseau multiculturel une richesse supplémentaire à son travail. Une opportunité qui lui a été offerte par la Suisse et plus particulièrement par le Département des affaires étrangères qui assure son salaire. Limité à trois ans, ce contrat viendra encore consolider le bagage professionnel de la jeune femme.

Graine de diplomate?
Au terme de ses études, Rachel Gasser a effectué un stage de six mois dans un camp de réfugiés irakiens en Jordanie. Sous l'égide du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, la voyageuse a travaillé dans le domaine de la protection et plus particulièrement sur les possibilités de réinstallation des exilés. «Une expérience de terrain indispensable pour donner du sens au travail réalisé dans les bureaux.» La Lausannoise a aussi fait ses classes à la Fondation Casin. Financé en partie par la Direction du développement et de la coopération, cet organisme se charge notamment de la formation de diplomates étrangers provenant de pays ayant mauvaise presse au sein de la communauté internationale. Buts poursuivis: maintenir le dialogue en évitant leur isolement. Rachel Gasser a aussi, quatre mois durant, travaillé au sein de la Mission permanente suisse auprès de l'Onu. Assistante d'une diplomate, elle s'est alors concentrée sur les questions des droits de l'homme. Ces expériences ont conforté Rachel Gasser dans les orientations qu'elle souhaite donner à sa carrière: à terme, elle pourrait être diplomate à moins qu'elle ne reste à l'Onu, «au cœur des affaires...» Dans l'intervalle, l'expatriée s'apprête à vivre un moment fort de l'histoire avec les élections présidentielles aux Etats-Unis. Et confie croiser les doigts pour Barack Obama...

Sonya Mermoud

 

Edition n° 29/30 du 16 juillet 2008

 
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