Vacances solidaires
La famille de Sibylle Dufour accueille deux jeunes enfants défavorisés pour leurs vacances. Un exemple de solidarité concrète

Venant d'Allemagne, de France et de Suisse, 900 enfants socialement défavorisés bénéficient de vacances estivales dans nos frontières grâce à l'aide de Kovive. Spécialisée dans cette prestation, l'association se charge de trouver des familles d'accueil. A l'image de celle de Sibylle Dufour. Habitant au Mont-sur-Lausanne, elle et ses proches ont ouvert leur foyer à Nawel et Khayis, deux jeunes Français d'origine tchadienne, ravis de l'aubaine. Reportage dans une joyeuse maisonnée.

Couché sur la terrasse ombragée, un roquet blanc monte paresseusement la garde. L'approche de visiteurs lui arrache un jappement contrarié auquel ne tardent pas à se mêler les aboiements de deux autres petits chiens. Le portail poussé, le concert forcit de plus belle. Khayis, 8 ans et sa petite sœur Nawel, 5 ans et demi, accourent en riant. Et maîtrisent les «fauves» grâce à leurs caresses. Accompagnée de sa fille Sandra, 23 ans, Sibylle Dufour emboîte le pas aux enfants. Deux gosses venant de Magny-Le-Hameau, près de Versailles en France, que la famille accueille durant un peu moins d'un mois. «C'est la quatrième année que Khayis passe ses vacances à la maison» relève Sibylle Dufour, lançant un sourire complice à l'habitué qui, pour la première fois, est venu avec sa sœur. «On s'est dit que ce serait préférable pour lui. Comme ça, ils peuvent s'amuser ensemble.» Câline et facétieuse, la petite Nawel s'est facilement intégrée à la maisonnée. «C'est génial de les avoir les deux» affirme Sandra, sous le charme, avant de rejoindre ses protégés. Qui profitent de la nature et d'un soleil complice pour s'adonner à des jeux en plein air auxquels sont bien entendu associés leurs compagnons à quatre pattes.

Profitable à tous
«Notre joie, c'est de les voir épanouis. C'est très valorisant» poursuit Sibylle Dufour, préférant les démarches concrètes aux aides financières caritatives incertaines. La Lausannoise d'adoption a d'ailleurs souvent reçu des jeunes défavorisés chez elle. «La première fois, c'était en 1983. Puis, durant une bonne dizaine d'années, nous avons chaque été renouvelé l'expérience. Une initiative aussi profitable pour nos enfants - Sandra a un frère aîné - qui ont ainsi appris à partager leurs jouets, leurs parents... Aujourd'hui, après une pause durant l'adolescence, c'est eux qui nous demandent de continuer dans cette voie.» Rien d'étonnant, dans ce contexte, que le lien avec Khayis n'ait cessé de se renforcer. «L'année dernière nous l'avons raccompagné chez lui. Nous avons ainsi fait connaissance avec sa famille.» Aidée des services sociaux, la maman de Khays, de Nawel et d'une autre fille plus grande peine à nouer les deux bouts. Dans une situation précaire, elle a en outre eu la douleur de perdre un autre de ses fils emporté, alors qu'il avait une douzaine d'années, par un cancer.

Ah, les fleurs et les chiens...
«Les vacances en Suisse ont permis à Khayis de se changer les idées. Avec sa sœur, ils découvrent aujourd'hui d'autres réalités.» Pas question pour autant de les gâter excessivement. «On ne change pas notre mode de vie. On ne souhaite pas non plus entretenir le mythe de Suisses riches. On a juste envie de rendre service, de partager et de donner un peu de ce que nous avons» précise Sibylle Dufour qui rythme les vacances des enfants par des virées à la piscine, des jeux de société et bien sûr des promenades avec leurs amis à quatre pattes. «C'est bien ici. C'est beau» lance Nawel ayant dans l'intervalle rejoint la véranda avec son frère. «Ce qui est beau? Ben, les fleurs et les chiens» répond la gamine visiblement déconcertée par la question. Même son de cloche de Khayis qui trouve encore la maison jolie et pleine de «belles choses». «Ce que je préfère c'est l'horloge, affirme Khayis. Il n'y en a pas chez nous.» Sibylle Dufour et sa fille rigolent. La discussion est soudain interrompue: la petite vient de renverser le tube mousseux qui lui sert à faire des bulles de savon. «T'as encore gâché du produit», la gronde gentiment son frère qui a déjà le souci de l'économie. Une petite moue désolée suivie d'un irrésistible sourire et le remplacement du liquide perdu... L'incident est clos.

Identique à une exception près
«Khayis s'occupe énormément de sa sœur» note Sibylle, soulignant la bonne éducation qu'ont reçue les enfants. «Mais quand même, il ne veut pas me donner la main. Maman lui a dit pourtant de le faire» rouspète Nawel tout en reprenant , la bouche en cœur, la fabrication de sphères arc-en-ciel. Les deux enfants évoquent maintenant leurs préférences alimentaires et les professions qu'ils voudraient exercer. Très fier de n'avoir redoublé aucune année à l'école, Khayis espère devenir footballeur et, accessoirement, pompier, policier ou «photographeur» pour les journaux. Nawel aimerait être nourrice ou s'occuper des animaux. Des rêves similaires à ceux de tous les gamins. D'ailleurs Khayis précise qu'en Suisse, «les gens sont pareils à ceux qui vivent en France». La seule chose qui diffère: les vaches qui paissent non loin du chalet fleuri de géraniums où vivent les Dufour. «Il n'y en a pas à côté de chez nous» relève l'aîné, soulignant encore la présence de deux cochons d'Inde dans la maison. Délaissant son jeu, l'affectueuse Nawel s'est maintenant hissée sur les genoux de celle qu'elle appelle «Sissi». «Bien sûr on s'attache. Le moment du départ est toujours difficile mais en même temps, les enfants sont contents de rentrer chez eux», relève Sibylle qui, entre deux bulles estivales, maintiendra le contact avec ses protégés.

Sonya Mermoud



Pour les enfants suisses aussi

900 enfants défavorisés ont trouvé cette année, grâce à l'association Kovive, des familles d'accueil dans nos frontières. 400 d'entre eux viennent de France, 350 d'Allemagne et 150 de Suisse. Relativement bas, ce dernier chiffre n'est pas représentatif de la situation de précarité que vivent aussi nombre de parents dans notre pays. «Peu de Suisses profitent de l'offre de Kovive. La fierté, la honte d'avouer qu'on est pauvre expliquent probablement cette situation», commente Sibylle Dufour qui, outre le fait de prendre des enfants chez elle, travaille comme collaboratrice bénévole régionale pour l'Institution (150 au total). A ce titre, elle visite les familles qui souhaitent accueillir des jeunes durant les vacances. A noter que celles-ci doivent au préalable fournir une attestation de leur commune de domicile par laquelle les autorités confirment ne voir aucune raison de s'opposer à un placement d'enfant. Parallèlement, les intéressés produiront un extrait de leur casier judiciaire. Le rapport du collaborateur régional et des examens de spécialistes du secrétariat permettent ensuite de valider ou non la requête. «Depuis que j'ai débuté à Kovive, en 1984, je n'ai jamais rencontré de problème» note Sibylle Dufour précisant que 70% des familles qui se lancent dans l'aventure récidivent par la suite. Pendant le séjour, la responsable de Lausanne et environs garde le contact avec les familles. Pour mener à bien sa mission, Kovive travaille avec des partenaires locaux. En France, c'est la Croix-Rouge et les Secours populaires qui lui servent de relais et prennent les inscriptions. Les frais de voyage et les assurances sont à la charge des associations. Kovive remet par ailleurs aux familles d'accueil toutes les informations utiles sur l'enfant: préférences alimentaires, loisirs, maladies, etc. Lors d'un premier séjour, les enfants ne restent jamais plus de trois semaines et demi. Par la suite, il est possible de prolonger les vacances jusqu'à six semaines. «Mais aujourd'hui, il devient plus difficile de trouver des familles. La raison? Davantage de femmes travaillent et peut-être est-on aussi plus égoïstes. Pourtant il n'y a pas besoin de faire beaucoup. Ces enfants sont contents avec peu de choses...»

SM



Le SOS détonateur de l'abbé

«Cette nuit, pendant que vous dormiez, des enfants sont morts de froid dans la rue» Lancé sur les ondes durant l'hiver 54, l'appel urgent de l'Abbé Pierre a servi à jeter les bases de Kovive. Emu par ce SOS, un jeune Suisse, Peter Kuhn, réunit plusieurs personnes et se rend en été à Paris pour aider l'Abbé à construire des logements pour les miséreux. Deux ans plus tard, le groupe organise pour des réfugiés hongrois un séjour dans un home en Valais. Sous le nom d'Action fraternelle, l'œuvre de Peter Kuhn se concentre ensuite sur l'aide directe en faveur d'enfants défavorisés par le biais de placements dans des familles d'accueil et l'organisation de camps de vacances. En 1985, l'association est rebaptisée Kovive, nom qui s'inspire de l'idée de «vivre ensemble». Depuis l'an 2000, après avoir collaboré à différents projets humanitaires, l'institution s'est fixé comme objectif prioritaire de «construire un réseau porteur pour des enfants qui sont confrontés à de graves problèmes sociaux ou vivent dans la détresse».

SM


 

Edition n° 31/32 du 30 juillet 2008

 
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