Face à l'érosion du pouvoir d'achat, les salaires doivent augmenter!
Unia revendique la pleine compensation du renchérissement et des hausses générales des salaires de 1,5 à 2,5% selon les branches

Dans la perspective des négociations salariales de cet automne, Unia et les autres partenaires de l'Union syndicale suisse exigent la pleine compensation du renchérissement et des hausses générales des salaires de 1,5 à 2,5% selon les branches. Malgré des années de forte productivité, les salaires réels n'ont que peu progressé et les augmentations ont été annihilées par l'inflation. Affaiblir le pouvoir d'achat serait fatal à la conjoncture.

Les négociations salariales de cette année seront dominées par la question cruciale du coût de la vie. Et pour cause, le renchérissement a atteint en juillet dernier 3,1%, le record depuis 15 ans. Du coup, dans les hautes sphères patronales, on assiste depuis quelques mois à la multiplication des attaques contre la compensation du renchérissement.

Affronter le renchérissement
On se répand en jérémiades sur le recul conjoncturel. On exhorte les salariés à modérer leurs revendications salariales et certains, comme le président de l'Union patronale suisse, Rudolf Stämpfli, s'autorisent soudainement à juger arbitraire la manière dont est calculé l'indice du coût de la vie, un indice pourtant défini par le très sérieux Office fédéral de la statistique qu'on se saurait soupçonner de partialité. «L'abandon de cet indice de renchérissement priverait les partenaires sociaux d'un outil élémentaire. Le panier de la ménagère défini en commun représente le coût de la vie d'une famille moyenne. Comment négocier toute compensation de perte du pouvoir d'achat si cette base commune est remise en question», argumente Andreas Rieger, coprésident d'Unia. «Une compensation s'impose. Le nier créerait un climat d'insécurité dans la population et affaiblirait le pouvoir d'achat, ce qui serait fatal à la conjoncture.» A l'heure où s'annonce un fléchissement, diminuer le pouvoir d'achat constituerait également «une aberration économique». Partageant ce plaidoyer, Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse (USS), souligne que la remise en question de la compensation du renchérissement équivaut à une injustice évidente et à une baisse des salaires réels. Cela «aurait des effets dévastateurs tant économiques que sociaux». La compensation automatique du renchérissement figure déjà dans un certain nombre de conventions collectives de travail. Unia revendique le fait qu'elle soit également accordée dans les branches et les secteurs d'activité dépourvus de cette clause.

Augmentations pour tous
Les syndicats exigent également des augmentations de salaire. Cela est d'autant plus légitime que la hausse moyenne de 2,2% découlant des accords salariaux de 2008 est entièrement effacée par le renchérissement. Unia, et les syndicats de l'USS revendiquent une hausse générale de 1,5 à 2,5% des salaires réels ou des montants fixes de 100 à 150 francs par mois, notamment pour les bas salaires. A peine ces revendications étaient-elles rendues publiques, le 19 août dernier, que le camp patronal sortait la grosse artillerie. L'Union suisse des arts et métiers (Usam) a rejeté «catégoriquement» ces demandes d'augmentation les jugeant «indifférenciées» et estimant qu'elles traduisaient une «méconnaissance de la réalité économique».
Réalité économique? Parlons-en! La Suisse a connu cinq années consécutives d'excellents résultats. «Mais les fruits de la reprise ont surtout été cueillis par les actionnaires et les cadres supérieurs», déplore l'économiste en chef de l'USS, Daniel Lampart. «Les bénéfices en forte augmentation ont fini dans les portefeuilles des actionnaires et sur les comptes bancaires des grands managers qui, après s'être octroyé chaque année des dizaines de millions de francs, ont pour certains d'entre eux, laissé derrière eux des entreprises en difficulté.» Les salariés, eux, n'ont recueilli que les miettes du formidable regain de productivité dont ils sont pourtant les principaux acteurs. Entre 2006 et 2007, les employeurs ont bénéficié d'un relèvement de leurs prix de 3% en moyenne tandis que les prix à la consommation que de 1,8%. «C'est pourquoi ils sont sans aucun problème en mesure de payer cet automne une hausse de salaire, sans pour autant devoir augmenter leurs prix.» Seul sacrifice: se contenter de marges confortables au lieu de marges faramineuses jusqu'à l'outrance.

Pierre Noverraz

 

Edition n° 35 du 27 août 2008

 
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