Amoureux du bois
Gabriel Mottier, de Château d'Oex, concourt cette fin de semaine aux Championnats d'Europe des jeunes charpentiers

Il vit à cent à l'heure, ou presque. Sa passion du travail bien fait, son goût pour les défis, son envie de montrer le meilleur de lui-même animent ce jeune charpentier de bientôt 21 ans, grand, robuste, sympathique, dont la modestie cache une riche personnalité, faite d'extrême douceur et de rage de vaincre... Une rage de vaincre que Gabriel Mottier, de Château-d'Oex, va mettre à contribution dès demain et jusqu'à la fin de la semaine, à Klagenfurt en Autriche, où il participe aux Championnats d'Europe des jeunes charpentiers. Apprenti prometteur, Gabriel a participé à de nombreuses compétitions et a décroché le titre de champion suisse des jeunes charpentiers en 2007. Il sera le premier romand à participer à un championnat européen, en compagnie de deux Suisses allemands. Une compétition qui verra des jeunes de six pays s'affronter durant 22 heures avec, à la clé, pour le meilleur de chaque pays, une qualification pour les championnats du monde qui se dérouleront l'année prochaine à Calgary, au Canada.

De l'épure à la toiture
Si Gabriel ne tient pas nécessairement à devenir champion du monde de charpente, il est heureux de faire partie de la délégation suisse à Klagenfurt. «Pour moi, ce qui compte, c'est de participer. J'y vais sans pression. Mais je suis un peu inquiet, car je n'ai eu que deux semaines pour me préparer.» Gabriel est en effet depuis plusieurs mois à l'armée, où il effectue son école d'officier. Et sans entraînement, difficile de régater dans un concours exigeant, qui se déroule sur trois jours, et dont le but consiste à réaliser - entièrement à la main hormis un petit rabot électrique - un élément de toiture constitué d'une vingtaine de pièces. Une excellente maîtrise du métier est nécessaire pour mener à bien ce travail particulièrement compliqué, qui débute par la réalisation de l'épure, une technique ancestrale consistant à dessiner à même le sol toutes les pièces d'une charpente à l'échelle 1:1. Pour le concours, les travaux se font au 1/10e. Les concurrents reçoivent un petit plan avec quelques mesures, le reste étant à calculer. Gabriel s'exerce sur un immense panneau en bois, où il dessine ses pièces et ses traits de coupe. «Sur les milliers de traits, il suffit que l'un soit faux pour que tout parte en vrille!» relève-t-il. Sur la base de ce dessin, il sciera ensuite les pièces avant de les emboîter. Lors du concours, chaque phase de la réalisation est notée: dessin, précision, propreté, clarté, traçage, sciage, aspect général de l'élément.

Le bois vit, il faut l'apprivoiser
«Pour nous préparer, nous sommes aidés par un expert. Nous apprenons énormément, au niveau du dessin surtout, et nous atteignons un niveau beaucoup plus élevé que lors de l'apprentissage», note Gabriel qui a choisi son métier un peu par hasard, et en est très fier aujourd'hui.
«Après l'école, je n'avais pas d'idée de métier, même si je savais que ce serait un travail manuel. J'ai fait un stage de mécano, puis j'ai essayé menuisier ébéniste. Mais ces métiers ne m'ont pas plus.» Gabriel fait ensuite deux stages chez SwissChalet Henchoz à Rougemont. «C'est là que je suis tombé amoureux de la charpente. Le bois, c'est la base. Il est tout le temps chaud. C'est clair, tu peux te planter une écharde, mais ce n'est pas comme le béton, dur et qui fait mal. Le bois, on peut toujours le modifier, l'ajuster, c'est un matériau parfait. Il est aussi vivant, il bouge, il faut l'apprivoiser. Dans ce métier, on voit aussi le résultat. Quand tu réalises un chalet, c'est vraiment beau et gratifiant», note le jeune homme qui souligne la bonne ambiance régnant dans cette entreprise. Il y a fait tout son apprentissage et y est aujourd'hui employé. Et de saluer un «patron d'enfer», exigeant mais compréhensif lorsqu'il s'agit de s'absenter pour des entraînements, de charpente ou... de hockey, car Gabriel est aussi membre du HC Château-d'Oex!

Esprit de compétition
Au détour de la discussion, on découvre encore que Gabriel est parachutiste à l'armée. Un autre défi? «C'est plutôt une lubie. Quand j'étais petit, j'avais vu qu'ils recrutaient des parachutistes pour l'armée. Ça m'attirait de voler, et je me suis dit que je serai parachutiste! Dès 16 ans, j'ai suivi les cours préparatoires et c'est devenu un vrai hobby», explique-t-il avant d'avouer que sur les 300 candidats en lice à 16 ans, seuls 9 ont été sélectionnés pour l'école de recrue... Une vraie calure ce jeune homme? «Non, j'ai surtout, depuis toujours, un monstre esprit de compétition dans tout ce que je fais. Ça devient même parfois un problème, avec mes amis par exemple, car je dois toujours me surpasser. Mais toutes ces activités sont pour moi une chance énorme, elles me permettent de remplir un peu cette vie, de ne pas rester couché sur un canapé!»
Alors, bon vent Gabriel et, comme tu le dis toi-même, que le meilleur gagne!

Sylviane Herranz

 

Edition n° 35 du 27 août 2008

 
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