Migros Genève exclut Unia
Migros Genève vient de dénoncer la convention collective régionale de travail. Mauvais présage

Fin de l'exception genevoise et menaces sur les conditions de travail à Migros Genève: le géant orange du bout du lac vient en effet de dénoncer la convention collective régionale, rompant un partenariat de plus de 50 ans. Unia et la commission du personnel se sont rencontrés jeudi dernier pour faire le point sur la situation. Eclairages.

Si Unia n'est pas surpris par la décision de Migros Genève, le syndicat ne s'attendait toutefois pas à une décision aussi abrupte. «Ils ont mis un terme à un partenariat qui dure depuis plus de cinquante ans sans même consulter la commission du personnel», s'indigne Joël Varone, secrétaire d'Unia. La dénonciation de la Convention collective régionale de travail (CCRT) - effective dès la fin de cette année - ne sera pas sans conséquences sur les conditions de travail. Elle signifie notamment la fin des contrôles syndicaux, ouvrant une dangereuse brèche dans la protection des travailleurs, et pourrait remettre en question plusieurs acquis spécifiques. Parmi ceux-ci, des indemnités et suppléments pour le travail en soirée et de nuit, la participation de 60 francs à la caisse maladie, des négociations salariales annuelles et un demi-jour de congé le 1er mai.

Pas d'autonomie
Si Migros Genève a affirmé que ces éléments particuliers à la CCRT seront maintenus et gérés par la commission du personnel, Unia soulève différents problèmes. «Malgré le travail important qu'elle peut effectuer, la commission du personnel est tenue de respecter une paix absolue du travail. De plus, la direction peut proposer l'exclusion d'un de ses membres.» En clair, les représentants du personnel ne disposent en l'état ni des moyens ni de l'indépendance nécessaires pour reprendre et assurer le contenu de la CCRT et garantir ainsi la défense des intérêts de leurs collègues. Dans ce contexte, Unia et la commission du personnel se sont rencontrés jeudi dernier pour faire le point sur la situation. Cette dernière a décidé de soutenir le syndicat dans ses démarches auprès de la direction pour qu'elle puisse toujours compter sur son appui. Unia envisage par ailleurs de lancer une pétition auprès des employés allant dans le même sens. Si son exclusion devait être confirmée, le syndicat entend bien agir en faveur d'un renforcement des droits de la commission du personnel. «Nous voulons que celle-ci puisse négocier et disposer d'une véritable marge de manœuvre. A cet effet, elle doit bénéficier de davantage de temps pour mener à bien ses tâches et d'autonomie. Dans tous les cas, nous sommes prêts à l'assister.»

Avenir inquiétant
Migros Genève justifie la dénonciation de la CCRT en arguant l'existence de deux autres conventions, à savoir la nationale et celle cadre du commerce de détail du canton. Selon la direction, ces différents accords rendraient floues les conditions de leur application. Mais pour Unia, aucun doute n'est possible: le syndicat explique son exclusion par son opposition à différentes décisions prises au niveau national, comme le passage à la semaine de 43 heures imposé à certaines catégories de collaborateurs Migros, sans qu'une juste compensation n'intervienne. Quoi qu'il en soit, Joël Varone y voit un signal négatif fort qui pourrait déboucher sur de nouvelles détériorations des conditions de travail. «On ne veut plus s'embarrasser du syndicat. L'avenir est inquiétant», déclare le syndicaliste précisant que la convention nationale - de laquelle avait déjà été écarté Unia - arrivera à terme dans deux ans. A noter que Migros Genève est, dans le domaine de la vente, le plus important employeur du canton. S'étendant au-delà des frontières cantonales, la CCRT concerne quelque 3000 collaborateurs. Autant de raisons qui ont motivé l'organisation, lundi dernier, d'une assemblée du personnel. Affaire à suivre.

Sonya Mermoud

 

Edition n° 42/43 du 15 octobre 2008

 
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