Retraite à 62 ans, passer à l'acte !
Les syndicats suisses ont lancé leur campagne pour une retraite flexible dès 62 ans. A Genève, une journée y a été consacrée

Travailler jusqu'à 64 ou 65 ans se révèle plus difficile qu'on croit. A Genève, une étude a révélé que plus de 54% des salariés partent aujourd'hui à la retraite avant l'âge légal! N'étant plus en mesure de répondre aux exigences de plus en plus élevées des patrons, la plupart doivent avoir recours au chômage, à l'assurance invalidité ou à l'assistance sociale, indique René Simon Meyer, vice-président de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), qui regroupe les syndicats genevois. Vu sous cet angle, permettre une retraite anticipée dès 62 ans en Suisse - comme le propose l'Union syndicale suisse dans son initiative soumise au peuple le 30 novembre prochain - ajusterait simplement le système à la réalité du marché du travail. Sans occasionner pour autant des pertes de revenus et une situation de précarité pour les travailleurs comme c'est le cas aujourd'hui. Les arguments ne manquent pas aux syndicats lorsqu'il s'agit de défendre ce projet de retraite flexible. A Genève, la CGAS lançait le 7 octobre sa campagne en faveur de cette initiative par une journée d'action dans la rue et dans les entreprises.

Pas cher, rapporte gros...
«L'initiative vise à instaurer la possibilité de prendre une retraite dès 62 ans pour tous sans diminution de rente», a rappelé Françoise Weber, secrétaire syndicale au Syndicat interprofessionnel de travailleuses et de travailleurs (SIT). Et ceci pour un coût très modeste. L'USS préconise à cet effet une augmentation des cotisations AVS de 0,12%, soit 6 fr. 50 par mois ou 20 centimes par jour pour un salaire moyen. Le projet ne mettrait donc aucunement en danger les finances de l'AVS, qui sont d'ailleurs saines: «Le Conseil fédéral nous répète que l'AVS est en danger, alors que l'assurance engrange des millions», s'est indigné la syndicaliste. Pour elle, voter cette initiative permettrait aussi de mettre un frein à l'intention du Gouvernement de réduire la rente, voire d'élever l'âge de la retraite des femmes à 65 ans et celle des hommes à 67. Une issue positive pourrait aussi avoir un impact sur les parlementaires au niveau national qui viennent pour leur part de décider de réduire massivement les rentes du deuxième pilier par le biais de l'abaissement du taux de conversion minimal. Un référendum est envisagé si le Conseil des Etats confirme le vote du Conseil national...

Les ouvriers meurent plus jeunes
Permettre une retraite à 62 ans compenserait partiellement plusieurs inégalités criantes. Car, aujourd'hui, ce sont seulement les travailleurs les mieux rémunérés qui peuvent en général «se permettre» une retraite anticipée. Et ceux-ci jouissent d'une espérance de vie plus élevée que leurs collègues moins qualifiés: «Les hauts revenus partent plus tôt à la retraite et en profitent plus longtemps», a résumé René Simon Meyer. L'initiative donnerait aux travailleurs modestes l'accès aux rentes de manière anticipée et d'en profiter au moins quelques années... Une étude genevoise de l'inspection cantonale du travail avait en effet démontré que l'espérance de vie des hommes était de 66,2 ans pour les ouvriers semi-qualifiés et non qualifiés, alors qu'elle s'élevait à 70,6 ans dans les professions libérales.
L'entrée en vigueur de l'initiative donnerait aussi la possibilité à davantage de femmes de bénéficier de cette opportunité, comme l'explique Nicole Valiquer, du Parti socialiste, allié des syndicats: «Beaucoup plus de femmes que d'hommes ont de très petits revenus. Près de la moitié des femmes ne touchent que l'AVS et ne peuvent donc se permettre une réduction de rente en prenant leur retraite plus tôt comme le prévoit le système actuel.»
Gonflés à bloc, les syndicats genevois ont d'ores et déjà pris leur bâton de pèlerin pour convaincre la population. Devant les imprimeries, les supermarchés, La Poste, la gare ou les hôpitaux, de nombreux syndicalistes ont sillonné la ville, prospectus à la main, le 7 octobre. La CGAS estime que les Suisses sont enfin prêts à accepter la retraite flexible: «Cela fait 20 ans que le Parlement ergote sur la retraite anticipée. Tout le monde est d'accord sur le principe. Il est temps d'enfin la concrétiser», conclut Jacques Robert, secrétaire régional d'Unia.

Christophe Koessler

 

Edition n° 42/43 du 15 octobre 2008

 
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