En grève pour être payés
Six ouvriers croisent les bras, le patron n'ayant toujours pas payé leur salaire de septembre

Les salaires du mois de septembre n'avaient toujours pas été payés à la mi-octobre. Pour réclamer leur dû, les ouvriers se sont mis en grève sur le chantier d'un centre industriel et commercial de Nyon. Un centre que la dizaine d'ouvriers de Dia Construction SA de Moudon a commencé à ériger, il y a près d'une année. Plusieurs fois déjà, le patron avait eu du retard dans le versement des salaires. Mais là, il a dépassé les bornes. Toujours sans salaire le vendredi 10 octobre, les ouvriers s'entretiennent avec lui. Leur employeur promet que le versement sera effectué le lundi suivant. Ce jour-là, toujours rien. Le mardi 14 octobre, les ouvriers se rendent sur leur lieu de travail. Six d'entre eux croisent les bras. Certains n'ont même pas de quoi payer le train pour rentrer chez eux, et c'est Unia, averti par les travailleurs, qui payera leur billet.
La grève se poursuit le lendemain malgré la pression du patron, venu sur les lieux pour les faire reprendre le travail. Le jeudi 16 octobre, les ouvriers, soutenus par le syndicat, mettent en demeure leur employeur. «Nous avons pu obtenir du patron qu'ils puissent rentrer à la maison jusqu'à ce qu'ils soient payés», relève Mario Franco, syndicaliste d'Unia à la section de La Côte. «L'employeur m'a promis qu'il allait le faire. Il attendait un versement de 50000 francs du propriétaire du bâtiment pour régler les salaires, mais une semaine plus tard, soit vendredi dernier, il n'y avait toujours rien sur les comptes des ouvriers», poursuit le syndicaliste qui n'a guère d'espoir que le patron honore ses dettes envers ses travailleurs. Un patron qui avait déjà été dans le collimateur du syndicat en juillet car il ne respectait pas les salaires minimaux prévus par la Convention nationale du gros œuvre. Deux des ouvriers ne touchaient que 3900 francs brut par mois alors que le salaire fixé par la CCT est de 4353 francs minimum, soit plus de 450 francs de différence! «Un troisième ouvrier, engagé en août, avait aussi un salaire trop bas. Et le patron ne les avait toujours pas mis en conformité avec la convention; c'est du dumping salarial!», s'irrite Mario Franco.
A l'heure où nous écrivons ces lignes, lundi, les ouvriers n'avaient toujours pas touché leur dû. Et ils risquent fort de ne pas être payés pour octobre non plus. Face à cette situation, dramatique pour ces travailleurs qui n'arrivent plus à faire face à leurs dépenses et à honorer leurs factures, le syndicat Unia va probablement demander la faillite de l'entreprise. Une fois celle-ci déclarée, la caisse d'insolvabilité de l'assurance chômage pourra prendre le relais et indemniser les ouvriers pour les salaires non reçus.

SH

 

Edition n° 44 du 29 octobre 2008

 
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