La CCT de la vente naîtra-t-elle à Fribourg ?
Les négociations sont dans l'impasse à Fribourg pour la conclusion d'une CCT dans la vente

Elargir les horaires du samedi jusqu'à 17 h. Il n'en est pas question pour la gauche et les syndicats fribourgeois, à moins qu'une convention collective de la vente puisse être conclue d'ici là. Mais le patronat a claqué la porte des négociations. Une médiation pourrait avoir lieu par l'entremise d'un représentant du gouvernement. Le référendum contre l'allongement de la journée de travail a pour l'instant recueilli l'assentiment de l'ensemble de la gauche et des syndicats. Il est prêt à être lancé.

«Cela fait treize ans qu'on parle d'une convention de la vente», rappelle Xavier Ganioz, secrétaire syndical à Fribourg. En septembre encore, les négociations sur une CCT de la vente battaient leur plein dans le canton. Mais au dernier moment, à la mi-octobre, l'Association des grands magasins et distributeurs fribourgeois (AGFD) a claqué la porte en annulant une nouvelle séance de négociation prévue de longue date. Pour expliquer ce revirement, les employeurs s'en sont pris à une déclaration du secrétaire syndical d'Unia Xavier Ganioz faite quelques jours auparavant. Ce dernier avait estimé que le lancement d'un référendum contre l'élargissement des horaires du samedi était des plus probables. Le Grand conseil venait en effet de voter, début octobre, en faveur d'une modification de la loi qui permet de repousser l'horaire du samedi de 16h à 17h, ce qui était rejeté par l'ensemble de la gauche. Le référendum apparaissait alors comme inévitable. «La probabilité d'un référendum a donné un prétexte aux employeurs pour annuler la réunion de négociation. La raison en est peu crédible en effet, car les employeurs savent qu'Unia et ses partenaires retireront le référendum si une convention collective était signée», explique Xavier Ganioz. Les employeurs ne souhaiteraient tout simplement pas conclure de CCT.

Front large
Le référendum a depuis été décidé: tour à tour, le syndicat Syna, le Parti socialiste, les Verts, Unia et le MPS ont annoncé qu'ils se lanceront dans la récolte des 6000 signatures... Les électeurs pourraient se prononcer en juin si le référendum n'était pas retiré entre-temps. Et une autre donne entrera certainement bientôt dans l'équation: le Grand conseil doit se prononcer sur une proposition du Conseil d'Etat d'autoriser l'ouverture des magasins deux dimanches par année... Un autre référendum pourrait poindre à l'horizon.

Compromis dessiné...
Depuis plusieurs mois, un compromis semblait pourtant se dessiner entre patrons et représentants des employés: les syndicats acceptaient de flexibiliser quelque peu les horaires du samedi, en échange d'une régulation conventionnelle des relations de travail dans la branche: horaires, salaires minimaux, congés, etc... La discussion devait se baser sur les conventions existantes de Coop et de Migros. Le tout semble aujourd'hui avoir été balayé d'un revers de main.
Mais tout n'est pas encore perdu. Le conseiller d'Etat fribourgeois chargé des finances, Erwin Jutzet, a été proposé en tant que médiateur par le Parti socialiste pour trouver une solution acceptable pour les parties. Et Unia est favorable à cette possibilité. En cas de poursuite des blocages, l'Etat pourrait instaurer un contrat type de travail, un socle minimal concernant les conditions auxquelles il est possible de déroger avec l'accord de l'employé. Une sorte de convention au rabais qu'il serait au surplus très difficile de faire appliquer...

Référendums gagnés!
Quant au futur référendum, la gauche et les syndicats devront batailler pour convaincre l'électorat. Une bonne partie des consommateurs seraient à priori contents de pouvoir faire leurs courses plus tard le samedi. Mais l'histoire récente des votations à ce sujet donne tout de même de l'espoir. En 1999, le premier référendum contre l'ouverture des magasins en semaine jusqu'à 19h sans contrepartie a été gagné par les syndicats. Plus tard, ceux-ci ont toutefois fait des compromis: ils ont accepté d'élargir l'horaire des magasins d'une demi-heure les soirs de la semaine contre une heure de réduction le samedi, passant de 17h à 16h (ce qui est justement remis en cause aujourd'hui). De même, le référendum de 2003 contre les ouvertures nocturnes des shops des stations-service a aussi passé devant le peuple. Ensuite, les syndicats ont réussi à obtenir une convention collective pour les shops, en échange de l'autorisation d'ouvrir jusqu'à 21h. En 2005, le Mouvement pour le socialisme (MPS) a remis en cause ce compromis en lançant un référendum contre l'ouverture de ces shops après 19h. Mais, seul au front, le MPS a échoué à convaincre le peuple...

Christophe Koessler

 

Edition n° 44 du 29 octobre 2008

 
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