Sa vocation: être au service de ses frères humains
Marisa Pralong offre son sourire et son courage à la campagne d'Unia pour l'âge de l'AVS flexible. Portrait

Niché au cœur du quartier des Pâquis à Genève, le petit appartement de Marisa Pralong respire le calme et la sérénité. Il est un lieu de ressourcement pour celle dont l'agenda est particulièrement chargé, entre son travail de vendeuse à Manor, la garde des enfants d'une amie, les nombreuses séances syndicales et la messe chaque matin. Mais la jeune quadragénaire est organisée. Et vit avec harmonie ses diverses appartenances, ses identités multiples: argentine et suisse, militante et chrétienne, ... «Au syndicat, je ne peux pas parler de ma foi», avoue-t-elle dans un sourire.
Son moteur? la passion. «Je fais ce que j'aime. Je me régénère à chaque activité.» Elle se bat d'ailleurs pour augmenter son temps de travail de 80 à 100%. «Avec mon salaire de vendeuse, en étant seule et en vivant à Genève, je ne m'en sors pas. Je touche des subventions pour mon assurance maladie et je paie peu d'impôts. Civiquement, ça me dérange que l'Etat doive subventionner une employée de Manor. J'aimerais pouvoir payer mon dû à la société.»

L'amour du détail
«Etre au service de l'autre», tel est son credo. Dans sa profession de vendeuse, comme dans le privé. Une tarte aux pommes, un café, une musique apaisante, du rouge à lèvres pour le photographe, des livres et du courrier déjà préparés pour la journaliste. Marisa a l'amour du détail, le cœur sur la main et la langue bien pendue. Un léger accent espagnol accompagne son français parlé à la perfection.
C'est à ses 20 ans, durant ses premières vacances chez sa tante exilée en terre helvétique, que la jeune Argentine rencontre son futur époux. «Un bon petit Suisse» comme elle dit, avec une pointe de tendresse. Malgré leur divorce, elle porte encore son nom de famille pour garder une trace de ce passage important de sa vie.
A trois reprises, lors de coups durs, elle a refait le choix de rester en Suisse, entre autres, pour sa démocratie directe, et à Genève pour son côté cosmopolite. Sa profession de vendeuse, elle l'a choisie aussi. «J'aime mon métier. Il demande de l'agilité mentale, un pouvoir d'adaptation face à chaque client. Tu ne sais jamais à quoi t'attendre.» Joueuse, charmeuse, et pleine d'humour, Marisa sait aussi monter aux barricades pour défendre la convention collective. «Quand je ne me sens pas respectée, je peux me mettre en colère. En me donnant le droit de dire que c'est inadmissible, je donne aussi cette liberté, à l'autre.»

Militante et catholique
Tout en vernissant ses ongles, la militante rappelle ses luttes au sein de l'entreprise pour les droits des travailleuses. «Un temps, j'avais peur à chaque fin de mois. Aujourd'hui, je sais que je fais mon travail convenablement. Mon engagement me demande d'être irréprochable et assidue. Cette attention me permet d'être bienveillante à chaque instant. C'est mon application religieuse, avec la rigueur que j'aurais dû avoir dans un couvent.» Catholique, c'est au moment de son licenciement d'un précédent emploi, en 2005, qu'elle pense à entrer dans les ordres. «Au début, je n'ai pas osé dire que j'avais été mise à la porte. Je me sentais comme une jeune fille qui s'est fait violer: responsable!» Et puis, elle se rend compte que son chemin est dans l'action, dans son enthousiasme contagieux et sa joie de vivre. «J'aime faire la fête, dit-elle rieuse. Je suis la première femme de ma famille à boire la bière à la bouteille, à être divorcée et à faire de la politique.»
Finalement, au lieu du couvent, elle choisit l'action syndicale à Unia. «Dans ce monde des hommes imparfaits, il faut s'engager personnellement. On ne peut pas attendre seulement l'aide de Dieu, des syndicats ou de l'Etat. Certaines personnes pensent que je veux me mettre en avant. Mais non! C'est que je ne peux pas laisser faire.»
Le travail syndical a été pour Marisa un véritable tremplin. Elle y a trouvé son équilibre. «Je sais maintenant ce que je dois faire et pourquoi je suis ici.» Si elle se porte aujourd'hui candidate à la présidence de la région Unia de Genève, c'est pour «trouver une légitimité et être la voix des travailleurs».
De toutes les luttes syndicales - de l'augmentation des salaires dans la vente aux droits des migrants -, Marisa sait pourtant prendre soin d'elle: un plongeon hebdomadaire aux bains des Pâquis (même en hiver!), rencontrer ses amis, dessiner des mandalas, caresser son chat... «Je sais que je dois m'occuper suffisamment de moi pour pouvoir m'occuper des autres.» Son rêve? Après un léger silence, elle lance, les larmes aux yeux: «Etre quelqu'un de bien.»

Aline Andrey

 

Edition n° 44 du 29 octobre 2008

 
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