Le combat d'une caissière
Caissière dans une enseigne Coop depuis des années, Sandra a dû batailler ferme pour obtenir un contrat fixe. Témoignage

En juin dernier, Sandra (prénom fictif), caissière dans une enseigne Coop, témoignait dans nos colonnes de son incapacité à décrocher un contrat fixe alors même qu'elle remplissait les critères définis dans la convention collective de travail de l'entreprise (édition du 18 juin). Aujourd'hui, grâce à sa ténacité et à l'aide d'Unia, la travailleuse est parvenue à ses fins.

Il est parfois difficile de faire valoir ses droits, même quand on est dans le juste. Sandra (prénom fictif)  en a fait la pénible expérience. Son histoire avec son employeur, la Coop, débute en avril dernier. Caissière depuis des années pour cette enseigne, la quinquagénaire profite d'un entretien annuel d'évaluation pour solliciter une transformation de son contrat d'auxiliaire en fixe. Une requête légitime: introduite en janvier 2008, la nouvelle Convention collective de travail (CCT) de l'entreprise stipule en effet que «les collaborateurs rémunérés à l'heure qui ont effectué au moins 50% de la durée de travail ordinaire sur une période d'une année doivent être mensualisés s'ils en font la demande».

Halte à la précarité!
Accusant une moyenne de 33 heures par semaine, Sandra remplit ce critère. En plus, elle travaille pour l'enseigne depuis plus de dix ans. Et elle aspire désormais à une certaine stabilité. «Avec un contrat d'auxiliaire, le nombre d'heures n'est pas garanti, le salaire peut ainsi passablement varier. En période de mauvaise conjoncture, c'est aussi cette catégorie d'employés qui est la première pénalisée», explique-t-elle. Sandra s'inquiète aussi de voir que, depuis quelques années, plusieurs de ses collègues ont été contraintes d'accepter des changements de contrats qui se sont soldés, pour certaines, par des réductions de pourcentage dans les contrats fixes, pour d'autres, par une modification de leur statut en celui d'auxiliaire... «Depuis deux à trois ans, on n'embauche plus que du personnel de caisse auxiliaire, avec des horaires hebdomadaires limités de 8 à 20 heures par semaine. Qui peut vivre avec ça?» Autant de raisons qui poussent Sandra à entreprendre sa démarche. Débute alors une série d'entretiens avec ses supérieurs qui en auraient découragé plus d'un.

Sous conditions...
D'abord accueillie favorablement par la responsable des caissières, la requête de Sandra - consignée dans un rapport - est ensuite stoppée par le gérant du magasin. Lorsque Sandra en est informée, elle ressent de la colère et de la déception. Estimant être victime d'une injustice, la caissière se renseigne auprès d'Unia. Parallèlement, elle réitère sa requête, mais cette fois-ci par écrit, avec copie au syndicat. S'ensuivent alors des allers-retours dans le bureau du chef où on lui expliquera que la conjoncture actuelle n'est pas bonne, qu'elle n'aurait pas dû s'adresser à Unia, bref qu'elle a emprunté un mauvais chemin. La demande est finalement prise en compte mais non sans conditions: le contrat fixe réclamé par Sandra est soumis à son engagement dans une autre filiale Coop ou à sa mutation en rayon. Placée devant ce choix «difficile», la caissière demande un délai de réflexion. Elle finit toutefois par accepter ces modalités, sous réserve de bénéficier d'un temps d'essai.

Statut peu enviable
Sandra ne sera pas transférée dans un autre magasin Coop, mais travaillera deux semaines en rayon avant d'être, à sa grande surprise, à nouveau mutée à la caisse. Au final, il lui aura fallu batailler cinq mois avant de parvenir à ses fins. «Aujourd'hui, j'ai enfin obtenu un contrat fixe. C'est une joie», déclare Sandra non sans avoir une pensée pour ses collègues auxiliaires. «J'aimerais les encourager à faire ce pas car le statut d'auxiliaire n'est pas enviable: c'est une forme moderne d'exploitation de personnel flexible livré aux aléas du chiffre d'affaires», conclut la battante qui n'en n'aime pas moins son travail de caissière, notamment pour le contact qu'il lui offre avec les gens. «Des clients m'ont même invité au restaurant.» Le gérant aurait été bien mal inspiré de muter dans un autre secteur ou magasin une collaboratrice aussi appréciée...

Sonya Mermoud

 

Edition n° 45 du 5 novembre 2008

 
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