Firmenich flexibilise
Les employés de Firmenich à Meyrin peuvent désormais être contraints de travailler le week-end, contre compensations

La mondialisation et la diversification des marchés poussent les multinationales de la chimie-pharma à réclamer à leurs employés de travailler le samedi et le dimanche, en plus des horaires continus 24h sur 24. Sans compter les gains en productivité et au final en bénéfices des firmes et de leurs actionnaires. Firmenich a trouvé un accord à l'arrachée avec ses collaborateurs. Le résultat est jugé «acceptable par la commission du personnel» car son fort taux de syndicalisation lui a permis d'obtenir des concessions substantielles.

Firmenich Meyrin peut désormais tourner non-stop. En clair, selon les besoins de la firme genevoise, un employé de la production est mobilisable le samedi et le dimanche (7/7) et peut effectuer alternativement, d'une semaine à l'autre, l'horaire du matin, de l'après-midi, ou de la nuit (ce qu'on appelle le 3 fois 8). Ce projet, présenté par la direction de la firme, a été accepté à une très courte majorité par l'assemblée générale du personnel en avril dernier, suite à de longues négociations avec les représentants des travailleurs. «Pour nous, il fallait absolument préserver l'emploi et la pérennité du site», explique Gérard Salomon, membre de la commission du personnel. La direction avait en effet fait comprendre que la flexibilité réclamée lui était absolument indispensable pour pouvoir continuer ses activités à Genève face aux exigences du marché. «Auparavant, le travail du samedi était possible uniquement sur une base volontaire», précise Isabelle Ducroz, membre elle aussi de la commission du personnel de Firmenich.

Compromis forcé
Les nouvelles grilles horaires atteignant un maximum de 7 jours sur 7 et de 3 fois 8 heures ne sont bien sûr pas imposées à l'ensemble du personnel en permanence. Mais seulement selon les besoins, pendant certaines périodes. Les différentes unités de production sont aussi concernées dans une moindre mesure, en fonction des demandes variables pour chaque secteur. Toutefois, certains mois, les ouvriers sont contraints de faire preuve de davantage de flexibilité pour s'adapter à la volatilité de la demande en parfums ou en arômes qui provient de l'extérieur.
Pour les près de 300 employés concernés, l'imposition de ces nouvelles grilles a été ressentie comme une douche froide. Mais la commission du personnel de l'entreprise, soutenue par Unia, a obtenu une série de compensations conséquentes en échange de cette flexibilisation massive, notamment la baisse du nombre d'heures travaillées et de nouvelles primes. Aussi, Unia et la commission du personnel jugent cet accord «acceptable». Il est le résultat d'un dialogue et d'un rapport de force rendu possible par le fort taux de syndicalisation au sein de l'entreprise.

35 heures et des primes
Ces horaires atypiques donneront droit à des compensations jugées proportionnelles à l'effort exigé. Prenons le cas d'un ouvrier à qui l'on impose le programme le plus flexible: 3 fois 8 heures, et travail du samedi et du dimanche pendant un mois. Celui-ci aura bien entendu des congés pendant la semaine pour compenser les jours du week-end travaillés, et il restera moins longtemps sur son lieu de travail au final: 34,3 heures au lieu des 40 heures de l'horaire traditionnel. C'est la première compensation obtenue. La seconde se traduit par une nette hausse de la prime pour le travail d'équipe: 1300 francs au lieu des 550 versés pour l'horaire pratiqué jusqu'alors (sur 13 mois). Autre exemple: un travailleur à qui l'on soumet un planning de 3 fois 8 heures comprenant un seul jour du week-end devra accomplir 34,7 heures et touchera une prime de 800 francs. Les combinaisons possibles de tranches horaires et de travail du samedi et dimanche sont donc diverses. Des limites ont toutefois été posées: les employés devront disposer d'au moins deux week-ends libres par mois et les changements de grilles horaires devront être communiqués deux semaines à l'avance.

Autres avantages
«C'est sûr que pour la vie de famille, la vie sociale et la santé, ce n'est pas bon, mais nous n'avons pas le choix», estime Gérard Salomon. Le militant ajoute toutefois que le dialogue a toujours été de bonne qualité avec la direction et que les résultats s'en ressentent. D'autres concessions ont d'ailleurs été obtenues dans le cadre du renouvellement de la convention collective de travail dont les négociations sont à bout touchant: le congé parental pour les pères passera à cinq jours au lieu de 3 aujourd'hui, et une prime de 1500 francs sera désormais accordée à la naissance d'un enfant. Par ailleurs la direction s'est engagée à embaucher 110 collaborateurs fixes sur l'année, faisant passer le pourcentage de personnel temporaire (non protégé par la CCT) d'environ 40% aujourd'hui à 20% seulement. Le président de la commission du personnel aura aussi un jour par semaine pour se consacrer à ses activités syndicales, contre un jour par mois aujourd'hui.

Syndicaliser pour améliorer
Les militants de la commission insistent sur l'importante campagne de syndicalisation qu'ils mènent au sein de l'entreprise pour que les employés puissent obtenir d'autres améliorations. Les cotisations syndicales sont d'ailleurs rétrocédées aux employés par le fonds paritaire. Le taux de syndicalisation a déjà augmenté de quelques points cette année, atteignant plus de 70% du personnel fixe des sites de Firmenich à Genève.
Des négociations quant à la grille horaire sont aussi en cours au sein du site Firmenich de la Plaine. Mais le projet ne prend de loin pas une telle ampleur.

Christophe Koessler

 

Edition n° 46 du 12 novembre 2008

 
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