Des racines ouvrières
Pierluigi Fedele, nouveau secrétaire régional d'Unia Transjurane, plaide pour un syndicalisme militant

«Je n'oublierai jamais d'où je viens.» Pierluigi Fedele, 35 ans, quatre enfants, nouveau secrétaire régional d'Unia Transjurane, porte l'empreinte indélébile d'une famille ouvrière habitée par les valeurs sociales. «Dans les repas de famille, ça parlait politique, les débats étaient passionnés. Cette ambiance dans laquelle j'étais plongé dès l'enfance m'a donné de quoi forger mes opinions.» C'est vrai qu'autour de la table, ses oncles côté maternel, les Meury, n'étaient pas enclins à la langue de bois. Parmi eux, Thierry, le comédien dont ont connaît l'humour caustique ou Rémy, le municipal delémontain popiste, défenseur intraitable des causes populaires. Le grand père fut pour sa part l'un des pionniers du Parti socialiste delémontain. Côté paternel, Pierluigi Fedele sait également de qui tenir. Il suit les traces de son père Michele, venu du sud de l'Italie, aujourd'hui ouvrier chez Safed, élu popiste au législatif de Delémont. Dans les années quatre-vingt, l'arrière grand-père Fedele, dans son village de la région de Naples, avait subi un tremblement de terre qui provoqua l'effondrement d'une bonne partie de sa maison. «Il devait toucher une subvention pour sa reconstruction. Il n'en a jamais vu la couleur, tout l'argent a été capté par les notables politiques locaux, une sorte de mafia de droite, qui lui a fait ainsi payer le fait d'appartenir au Parti communiste italien. Faute de moyens, la bâtisse n'a jamais été reconstruite. Il a vécu le restant de ses jours dans des ruines. Cela ne l'a pas empêché de vivre jusqu'à près de cent ans et de conduire sa vespa jusqu'à cet âge!»

Vocation précoce
A voir cet arbre généalogique profondément enraciné à gauche, on ne s'étonne pas de voir Pierluigi Fedele s'engager très jeune dans la politique. Il adhère au POP à 17 ans, fait ses premières dents à la commission des sports de Delémont avant d'occuper pendant huit ans un siège au législatif de la capitale jurassienne. En 2004, il est élu au Parlement jurassien et deux ans plus tard, il crée la surprise en glanant 30,5% des suffrages au 2e tour de la course au Gouvernement cantonal, un score qui, à défaut de lui valoir un siège, n'en est pas moins un succès d'estime dépassant toutes les prévisions.
Le syndicalisme? «Il a toujours fait partie intégrante de mon engagement.»  Lorsque Pierluigi Fedele, droguiste devenu technicien en radiologie, voit sa candidature avalisée pour le poste de secrétaire régional Unia, il sait que la tâche ne sera pas facile. «C'est un défi à relever, un poste qui correspond à mes convictions, et je mets toutes mes forces pour être à la hauteur. Unia Transjurane a traversé des moments difficiles. Face à ces problèmes, Fabienne Blanc-Kühn, du comité directeur d'Unia, a assuré la responsabilité de la région par intérim, à temps partiel. Elle a parfaitement rempli sa mission qui était de restructurer la région et de la remettre sur les rails. J'ai eu la chance de bénéficier de son expérience et de ses conseils pour la suite.»

Réflexion sur la société
Au bénéfice d'un engagement en juin de cette année, confirmé par le congrès Unia d'octobre dernier, Pierluigi Fedele a pris la succession de Fabienne Blanc-Kühn à la tête d'une équipe de dix permanents, au service de 8000 adhérents. Son credo? Servir la base, renforcer le réseau de militants, aller dans le terrain: «La présence dans les entreprises et sur les chantiers est le fondement du syndicalisme. Et j'ai vu avec plaisir que cela répondait aux attentes de toute l'équipe des permanents. Leur enthousiasme m'a surpris, tout comme leurs compétences dans les domaines pointus comme les assurances sociales ou la législation du travail.» Autre cheval de bataille, la communication: «Nous devons réagir rapidement à toutes les situations, avec des communiqués, des tracts ou spontanément par Internet. Car l'information est la clé du pouvoir. L'ignorance et la désinformation des masses sont les atouts majeurs des classes dominantes.» Dans la foulée, Pierluigi Fedele plaide pour la formation syndicale, dans le but prioritaire de maîtriser les instruments de lutte pour l'amélioration des conditions de travail, des salaires et des CCT «mais aussi de mener une réflexion globale sur les enjeux de société, en particulier les assurances, les retraites, le chômage, la formation, la politique familiale, le handicap, pour ne citer que ceux-là».
Loin d'être un donneur de leçon pétri de science infuse, le jeune syndicaliste aime se former au contact de l'action et des militants, en toute modestie. «Je viens de suivre un séminaire des représentants des travailleurs de Von Roll. Cela fait du bien d'être rappelé aux réalités quotidiennes. Si tu restes à ton bureau, tu risques de les perdre de vue.»

Pierre Noverraz

 

Edition n° 47/48 du 19 novembre 2008

 
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